
La célébrité sur les réseaux sociaux est aujourd’hui un signe de succès, mais que reste-t-il d’une telle popularité quand les signes de reconnaissance virtuels ne suffisent plus à donner un sens à une vie ? C’est le point de départ de ce court métrage de Kristina Wagenbauer, présenté en première mondiale au Festival du nouveau cinéma (FNC) de Montréal, dans la compétition nationale, qui explore la crise existentielle d’une jeune musicienne, devenue célèbre sur TikTok. Derrière l’image publique et la validation numérique se dessine une quête impérieuse : trouver quelque chose de vrai, loin des compteurs de vues. Pour répondre à ce besoin d’authenticité, le personnage se tourne vers une figure littéraire et artistique majeure au Canada : Leonard Cohen. L’idée de mettre en lumière l’héritage de ce polymathe montréalais lui est venue alors qu’elle contemplait la métropole depuis le belvédère du mont Royal, a confié la cinéaste lors de l’échange avec le public qui a suivi la projection. Son regard s’est alors arrêté sur la murale monumentale consacrée à l’artiste, qui orne la façade de l’édifice du 1420, rue Crescent, dans l’arrondissement de Ville-Marie. Montréal devient alors bien plus qu’un décor, la ville se transforme en territoire de recherche, un espace où les traces laissées par le poète et musicien permettent de réfléchir, de créer un sens et de renouer avec les vraies choses de la vie!
La cinéaste mène cette exploration par un retour sur les lieux de mémoire pour rendre le passé présent et charrier l’esprit de Leonard Cohen à travers l’évocation de ses œuvres. La maison de son enfance à Westmount, les lieux qu’il fréquentait au Plateau-Mont-Royal, les paysages du Vieux-Port qui lui inspiraient sa célèbre chanson « Suzanne » et son portrait monumental sur un immeuble du centre-ville composent les étapes de ce périple en quête de sens. Ce devoir de mémoire est enrichi par des images d’Archives extraites du film documentaire Ladies and Gentlemen… Mr. Leonard Cohen (1965), réalisé par l’Office national du film du Canada (ONF). Ces images s’intercalent entre les séquences du récit pour faire planer l’esprit de Leonard Cohen.
Le choix du tournage en 16 mm confère à cette fiction une identité particulière. Ce format argentique, par sa matérialité imparfaite et sa touche chaleureuse, entre en résonance avec les traces du passé, la mémoire, et tout simplement, les chose à l’état brut. Face à l’immédiateté des contenus numériques, il invite à ralentir le regard et à accorder davantage de place à l’authenticité.
Porté à l’écran par Emilie Bierre et Jackson Kelly et, Leo on the wire propose, â travers le Montréal de Leonard Cohen, une réflexion sur la quête de soi et la célébrité virale générée par un algorithme. La rencontre entre une personnalité façonnée par les réseaux sociaux et un artiste dont l’œuvre s’est construite dans la poésie, l’écriture et la musique oppose moins deux époques qu’il ne met en tension deux façons d’exister publiquement.
Sofiane Idir

