Le monde des vivants à plumes : les oiseaux. Il y a ceux que l’on voit et ceux que l’on entend ; il y a ceux qu’on caresse des yeux pour leurs plumages chatoyants et ceux qui nous enivrent l’âme à travers leurs notes particulières, voire mélancoliques.

Ces dernières années, on a constaté que les oiseaux chantaient un peu plus tôt et un peu plus longtemps que d’habitude. La réalité est là, et ce n’est point une impression : des chercheurs ont récemment confirmé que la pollution lumineuse modifie profondément le comportement des oiseaux diurnes. En examinant des millions d’heures de gazouillis, ils ont découvert que l’éclairage artificiel influence le début et la fin du chant, avec des conséquences potentielles sur la santé et la reproduction des espèces concernées.

En effet, l’impact des lumières artificielles humaines sur le chant des oiseaux est bien réel. Dans les zones où la pollution lumineuse est la plus forte, ces animaux chantent plus longtemps qu’ailleurs.

Au total, cela représente près d’une heure de chant supplémentaire par jour. Ces modifications sont particulièrement visibles chez les espèces aux grands yeux, aux nids ouverts et aux aires de répartition étendues, et elles sont accentuées pendant la période de reproduction, lorsque la dépense énergétique est déjà élevée.

L’effet de la lumière sur les rythmes biologiques

Il est pour l’instant impossible de savoir si cette modification du rythme est bénéfique, neutre ou néfaste aux oiseaux. « D’un côté, cela peut représenter une perte substantielle de temps de repos, surtout pendant la saison de reproduction », notent les chercheurs. « Mais les oiseaux peuvent aussi se reposer durant la journée, dormir plus intensément. Ces changements pourraient même provoquer des effets positifs s’ils facilitent la recherche de nourriture ou la reproduction. »

La pollution lumineuse, ou « skyglow », touche environ 80 % de la vie terrestre, perturbant les cycles naturels de nombreuses espèces. Chez les oiseaux, elle peut influencer la recherche de nourriture, la défense du territoire et les interactions sociales. D’autres animaux sont également affectés : les oiseaux migrateurs nocturnes se désorientent, les tortues marines nouveau-nées s’éloignent de la mer à cause des lumières artificielles et certains insectes meurent percutés par les lampes. Les rythmes hormonaux saisonniers et la reproduction de nombreuses espèces peuvent ainsi être altérés, révélant l’étendue des conséquences écologiques de l’éclairage artificiel.

Pour les oiseaux, l’effet peut être double. D’un côté, un chant prolongé peut réduire le temps de repos et générer du stress, surtout pendant la reproduction. D’un autre côté, ce temps supplémentaire pourrait leur permettre d’augmenter la recherche de nourriture ou de renforcer leurs interactions sociales, avec un impact positif sur leur condition physique.

Vers des solutions pour préserver la nuit

L’étude souligne l’urgence de mieux réguler l’éclairage nocturne. Comprendre comment la lumière artificielle impacte la faune est essentiel pour élaborer des stratégies de conservation adaptées. Cela pourrait inclure l’optimisation de l’éclairage urbain, la création de zones protégées où la nuit est préservée ou l’adoption de technologies qui réduisent le rayonnement lumineux inutile. Selon les chercheurs, une approche coordonnée au niveau international pourrait être nécessaire, à l’image des politiques de lutte contre le changement climatique, afin de protéger l’équilibre naturel des écosystèmes nocturnes.

Cette découverte offre également un aperçu fascinant sur la manière dont les animaux perçoivent et s’adaptent à un monde de plus en plus artificiel. La prolongation du chant des oiseaux n’est pas seulement un phénomène poétique : c’est un indicateur tangible des perturbations causées par l’homme sur la biodiversité. Et si la solution passait par un retour à l’obscurité naturelle de nos nuits, non seulement pour le bien des oiseaux, mais pour l’ensemble de la vie sur Terre ?

 Mohand Lyazid Chibout (Iris)

By Mohand-Lyazid Chibout

Mohand Lyazid Chibout (nom de plume Iris), né à Ait Soula, dans la commune de Chemini à Béjaïa en Algérie, est un écrivain, poète, correcteur (édition, presse) et chroniqueur algérien kabyle d'expression française. Il a publié : Traduire un silence (2010), Amoureux-nés (2010), La Finitude (La haine de soi) (2014), Les Saisons mortes (2018), Les Lumières de l'ombre, recueil de réflexions et aphorismes (2023)