Nicolas Juncker est un auteur et dessinateur de bande dessinée qui a écrit plusieurs scénarios sur des thèmes en lien avec l’histoire tels que : Seules à Berlin, D’Artagnan, journal d’un cadet, Un jour sans Jésus, Les mémoires du Dragon Dragon ou encore Un Général, des généraux, qui dit-il lui a permis d’être vacciné contre les critiques : « C’est à ce moment-là que j’ai vraiment eu des craintes, car beaucoup de gens étaient susceptibles de me tomber dessus de tous les côtés ».

Avec Trous de mémoires[1], l’auteur français évoque avec beaucoup d’humour la guerre d’Algérie. Il cite : « Je ne fais pas de blagues sur la guerre d’Algérie en elle-même, mais sur sa perception aujourd’hui ». Cette mise au point est importante afin de saisir que Nicolas Juncker essaie de trouver un moyen de faire bouger les choses « par optimisme béat ».

En publiant cette bande dessinée frontale, il aborde la question de l’héritage mémoriel. Sujet sensible de parts et d’autres de la Méditerranée, la guerre d’Algérie cristallise les débats au point où des initiatives ambitieuses pour la création de musées ont été abandonnées tels que : le Musée de la France et de l’Algérie à Montpellier en 2014 ou de l’exposition Camus à Aix en 2012.

Qu’à cela ne tienne, si de véritables projets n’ont pas pu aboutir, alors pourquoi ne pas en concrétiser un dans une BD ?

Comme on peut le lire dans le résumé : À Maquerol, petite ville de Province en France, en 2022, suite au décès du célèbre photographe Gérard Poaillat, le ministre de la culture a l’idée de créer un musée en l’honneur de cet artiste qui est né en Algérie.

L’idée est ambitieuse d’autant que ce musée sera un mémorial dédié à toutes les victimes de la guerre d’Algérie.

Nicolas Juncker illustre trois logiques qui s’affrontent dans leur approche :

  • Celle du ministre qui est à la veille des élections et qui en profite pour porter le projet en son nom.
  • Celle de l’historienne Stéphanie Delbeille-Violette qui une approche basée sur la méthode et les faits historiques pour organiser le musée.
  • Enfin, il y a le plasticien de renommée internationale Jean-Claude Wollaert qui souhaite apporter sa touche artistique au futur musée.

Ajouter à cela, qu’une partie des habitants de Maquerol s’oppose au projet. En sommes, tous les ingrédients sont réunis pour transformer cette initiative en véritable cauchemar.

C’est sur un fond d’humour que Trous de mémoires pousse à la réflexion en abordant le projet de musée sur différents angles. On prend conscience de la dimension humaine du projet au regard des divergences de points vues.

L’auteur met en avant les antagonismes des personnages et imagine des situations qui peuvent paraître absurdes, mais qui illustrent en même temps le climat politique et social qui règne en France lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets liés à la mémoire. Il met le doigt sur différentes enjeux tels que les calculs politiques des uns et la bonne volonté des autres sur un projet qui est censé rassembler tout le monde.

Au niveau graphique, Nicolas Juncker a choisi de dessiner des personnages typés qui ont des sueurs froides face aux situations extrêmes qu’ils rencontrent.

Enfin, on soulignera que l’œuvre nous interpelle avec une première de couverture « créative » qui présente des trous, qui sont un clin d’œil au titre l’album.

Publié aux éditions Le Lombard, Trous de mémoires est disponible depuis le mois de mai au Québec.

Réda Benkoula

[1] Trous de mémoires | Nicolas Juncker (Dessin, Scénario) | Le Lombard | 2025 | 156 pages