Une nouvelle étude menée par L’observatoire des inégalités raciales au Québec (OIRQ) sera lancée officiellement demain. Elle démontre comment le projet de loi 94, présenté par le gouvernement du Québec comme un renforcement de la laïcité dans les écoles, prolonge une tendance de longue date à utiliser ce principe non pas pour protéger la neutralité de l’État, mais pour redéfinir les frontières de l’appartenance nationale.

« Avec le dépôt du projet de loi 94, qui renforce les restrictions liées à la laïcité dans les écoles, on assiste à une étape charnière dans ce débat de société », explique Fella Hadj Kaddour, chercheuse à l’OIRQ. « Cette réforme s’inscrit dans la lignée de la Loi 21 et continue à instaurer une citoyenneté à deux vitesses, où certains groupes n’obtiennent qu’un statut limité, conditionné à l’effacement de leurs particularités religieuses et culturelles.»

De l’affaire Bedford à une “crise” de la laïcité
Le gouvernement justifie cette réforme en invoquant l’affaire Bedford, où des allégations ont circulé contre des enseignants accusés d’imposer des normes religieuses. Pourtant les enquêtes officielles ne démontrent aucune atteinte systémique à la laïcité dans cette affaire. Les problèmes identifiés relèvent de la gouvernance interne et non d’un enjeu religieux.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a d’ailleurs mis en garde contre les risques de violations des droits fondamentaux de ce projet de loi. Malgré ces avertissements, le gouvernement a choisi d’aller de l’avant en invoquant même la clause dérogatoire.

Un glissement sémantique significatif
L’analyse de plus de 1 700 articles écrits publiés entre octobre 2024 et avril 2025 sur l’affaire Bedford révèle un changement notable : alors que l’enjeu local portait sur le climat de travail et la gouvernance, le vocabulaire médiatique s’est déplacé vers une “crise de la laïcité”. Les mentions de problèmes internes ont diminué, tandis que le mot “laïcité” est devenu central.
« Ce glissement transforme un enjeu local en crise identitaire nationale, masquant les véritables enjeux, manque de ressources, tensions internes qui continuent de miner les écoles », observe Geneviève Vande Wiele Nobert, chercheuse à l’OIRQ.

Une transformation du sens de la laïcité
L’étude montre que la laïcité, quasi absente du débat public avant les années 1990, est devenue un enjeu identitaire dans les années 2000, souvent lié à l’immigration et à la peur de l’islam. Ce basculement, que les auteurs qualifient de « laïcité narrative », transforme un principe juridique en récit national opposant un « nous » à un « eux » souvent associé aux musulmans.

Pour une laïcité inclusive
« Repenser la laïcité, ce n’est pas y renoncer », conclut Geneviève Vande Wiele Nobert, chercheuse à l’OIRQ. « C’est refuser qu’elle soit utilisée comme outil d’exclusion et construire une école fondée sur l’inclusion, la justice et l’égalité. »

Lancement d’une nouvelle recherche de l’OIRQ;
Laïcité au Québec: à qui profite le débat ?
Une socio-histoire de la construction d’un problème public
Tiohtià:ke/Montréal, Le 17 septembre 2025
Quand ; le jeudi 18 septembre à 18h
Où ; Café les Oubliettes, 6201 Rue de Saint-Vallier, Montréal, QC H2S 2P6

À propos de l’OIRQ
L’Observatoire des inégalités raciales au Québec, c’est un groupe de réflexion, d’action de production du savoir. Il a pour mission et mandat de veiller au suivi des enjeux sous-jacents au phénomène du racisme au Québec en vue de faire avancer la lutte contre le racisme systémique.