Artistes
Patrick Bérubé
Eveline Boulva
Kim Dorland
Jacinthe Loranger
Bettina Matzkuhn
Katherine Melançon
Héloïse Roueau
Heather Shillinglaw
Jason Sikoak
Jessica Slipp
Ningiukulu Teevee
Texte d’exposition (écrit par Bénédicte Ramade)
En cas de danger, cet espace permet de se mettre à l’abri. Souvent aveugle, il est destiné à un court séjour, le temps qu’intrus ou intempéries extrêmes s’éloignent. Une exposition peut-elle jouer le rôle d’une telle panic room où s’abriter d’une condition climatique invivable ou d’un danger imminent ?
Les artistes, comme les citoyen•nes qui viennent voir leurs œuvres, vivent différemment les émotions provoquées par l’Anthropocène, concept géologique discuté dans les milieux scientifiques et culturels qui désignerait à la suite de l’Holocène une ère marquée par l’influence structurelle de l’humanité. Stress, tristesse, colère, affliction, stupeur, découragement, tous participent de cette écolucidité qualifiée d’écoanxiété. Qu’il s’agisse de s’inventer des rituels pour échapper au réel, de représenter frontalement les flammes qui rongent, été après été, les forêts d’ici et d’ailleurs, d’aborder l’accélération de l’actualité environnementale par des pratiques lentes, toutes ces expressions offrent des modalités de canalisation émotionnelle qui échappent aux visualités habituelles des changements climatiques.
Il est devenu quasiment paradoxal de chercher à se rassurer tant les records de chaleur, de pluviométrie soudaine ou, a contrario, de sécheresse, alimentent nos fils informationnels quotidiens. Alors, plutôt que d’orchestrer de faux espoirs ou de donner des illusions de solutions, autant vivre ensemble pleinement cette peine et cette angoisse afin de les métaboliser et de les transformer en mode d’action.
En cela, écouter quelques chants d’oiseaux communs ou extraordinaires sur de vieux vinyles permettra peut-être de se poser un instant et de méditer sur ce qui se perd et se transforme – les technologies des connaissances comme les savoirs aviaires – et se surprendre à y trouver du réconfort.
Panic Room… Pièces de survie repose sur l’ambiguïté même de la fonction de cette réserve architecturale : une pièce qui protège en cas d’extrême danger, un espace secret à la sérénité absente pour mieux penser le monde du dehors en toute sécurité et ressortir l’affronter, rasséréné•es, une fois ses émotions vives mises en perspective grâce aux œuvres exposées ici.
Biographie Bénédicte Ramade
Bénédicte Ramade est une historienne de l’art, critique et commissaire d’exposition indépendante, spécialisée dans les enjeux environnementaux et écologiques artistiques, tant historiques que contemporains, depuis 25 ans, en France et au Canada, à travers la recherche, le commissariat et l’édition. Elle développe actuellement son expertise sur les perceptions végétales, ainsi que l’extinction du vivant par le prisme des visualités animales et des émotions liées aux changements climatiques. Elle a publié Vers un art anthropocène. L’art écologique américain pour prototype (Presses du réel) en 2022. Elle enseigne à l’UQAM et à l’Université de Montréal après une décennie de transmission à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
L’exposition souhaite offrir aux publics une traversée dans les réflexions qui ont mené à la création des cinq mosaïques qui composent l’œuvre de Manuel Mathieu Le Mont habité, qui sera inaugurée à l’automne 2025 à la station Édouard-Montpetit du REM. L’intention est de créer une archive ouverte qui sera composée de documents retraçant le processus de création des mosaïques en révélant les strates géologiques et poétiques qui les sous-tendent. Les éléments seront déployés de sorte que les visiteur•ses pourront découvrir l’exposition à leur rythme, sans avoir à se soumettre à un parcours chronologique ou thématique.
Texte d’exposition (écrit par Émilia Istead)
L’exposition propose une traversée au cœur des réflexions ayant mené à la création des cinq mosaïques qui composent l’œuvre de Manuel Mathieu Le Mont habité. Celle-ci sera intégrée à la station Édouard-Montpetit du Réseau express métropolitain (REM) au cours de l’automne 2025.
Creusée au cœur du mont Royal, la station laisse apparaître, dans son architecture, la roche excavée : le gabbro. Inspiré par la présence et la texture de la pierre, Manuel Mathieu élabore cinq environnements idylliques, où matière et imaginaire entrent en dialogue. Transposées en mosaïques, ces images deviennent un point de rencontre entre la mémoire du lieu, incarnée par le gabbro, et l’imaginaire de celleux qui le traversent. L’exposition explore le passage du monde matériel vers un endroit fictif où l’esprit s’immerge dans une expérience intérieure.
« Avoir la tête dans les nuages » signifie quitter doucement le monde tangible pour franchir les seuils de l’imaginaire. Du sol ancré dans la pierre jusqu’aux hauteurs où s’élève la conscience, l’exposition suit un mouvement ascendant. À la hauteur des yeux et plus bas, photographies, échantillons de mosaïques et fragments de gabbro deviennent les témoins tangibles du processus de création. Plus haut sur les murs, images picturales et œuvres élèvent progressivement notre regard et portent notre pensée vers une intériorité sensible.
Dans une visée d’archive ouverte, ces éléments n’imposent pas un récit unique. L’exposition invite à se laisser guider par ce que les objets éveillent en soi et par ce que les images ouvrent, au-delà d’elles-mêmes.
Biographie Manuel Mathieu
Manuel Mathieu est un artiste multidisciplinaire dont la pratique explore les violences historiques, l’effacement, la mémoire et la spiritualité. Né en Haïti après la chute de la dictature des Duvalier, puis immigré au Canada à 19 ans, il développe une œuvre marquée par la tension entre personnel et politique. À travers la peinture, la vidéo, la poésie ou l’installation, il cherche à révéler la fragilité des formes et à créer des expériences sensibles qui résonnent physiquement et émotionnellement. Diplômé en arts visuels à l’UQAM, puis en beaux-arts à Goldsmiths, University of London, il invite à repenser les liens entre histoire, corps et humanité.
Biographie Émilia Istead
Émilia Istead est candidate à la maîtrise en histoire de l’art à l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur les relations entre les biennales de résistance et le marché de l’art, en mettant l’accent sur le contexte montréalais et les dynamiques entre les biennales locales et les galeries commerciales. Elle poursuit aussi une pratique en commissariat et en médiation culturelle. Elle a été responsable du volet éducatif du centre d’art le Livart et a réalisé un stage en programmation éducative dans le cadre de la Bourse pour stage en milieu de pratique (BSMP) du FRQSC. Elle est actuellement commissaire adjointe à la médiation culturelle à la Galerie de l’UdeM, dans le cadre d’une initiative de mentorat professionnel.
Un projet de mentorat
Ce projet de commissariat est réalisé sous le mentorat du directeur de la Galerie, Laurent Vernet. À titre de titulaire du poste de commissaire adjointe à la médiation culturelle, Émilia Istead a la responsabilité de ce commissariat, en plus de concevoir et de mettre en œuvre des activités de médiation culturelle autour de cette exposition, qui seront offertes à divers publics. Ce projet est réalisé grâce aux sommes amassées lors de la campagne 2025 de la Galerie.
