Dans un contexte mondial marqué par des incertitudes persistantes malgré les efforts d’adaptation suite à la hausse des droits de douane, les projections de croissance mondiale, selon le FMI (Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2025) anticipent un ralentissement modéré de la croissance pour 2026. La croissance mondiale devrait ralentir, de 3,2% en 2025 à 3,1% en 2026. Les économies avancées devraient connaître une croissance plus faible (environ 1,5%), tandis que les marchés émergents pourraient afficher une reprise plus forte (plus de 4%). L’inflation devrait continuer de reculer à l’échelle mondiale, tout en affichant des écarts selon les pays : elle demeurerait au-dessus des cibles aux États-Unis, avec des risques de hausse, tandis qu’elle resterait plus modérée dans les autres économies. Selon toujours les projections de l’institution de Bretton Woods, les perspectives pourraient être revues à la baisse en raison de l’incertitude persistante liée à la montée du protectionnisme et aux divers risques économiques et financiers. Dans un contexte économique qui demeure marqué par de nombreuses incertitudes, quelle trajectoire l’économie canadienne suivra-t-elle en 2025 ?

Un ralentissement de la croissance, mais loin d’une récession

Pour l’année 2026, l’économie canadienne devrait connaitre un ralentissement modéré en raison de plusieurs facteurs internes et externes. Plusieurs institutions et groupes d’analyse s’accordent sur un scénario de croissance nettement inférieure aux rythmes observés avant les perturbations liées aux droits de douane et aux tensions commerciales. La Banque du Canada dans son rapport sur la politique monétaire (octobre 2025) s’attend à ce que l’économie canadienne progresse de 1,4% en 2026. Cette trajectoire demeure toutefois loin d’une récession selon les perspectives économiques de BMO (décembre 2025), qui prévoie une croissance modérée sans contraction généralisée. Ce ralentissement s’explique principalement par les effets négatifs de droits de douane qui affectent à la fois les exportations de produits non énergétiques, notamment l’automobile, l’acier et l’aluminium, la demande intérieure et les investissements des entreprises.

Cependant, malgré l’évitement d’une récession nette, le marché de l’emploi demeure fragile avec un taux de chômage qui ne cesse d’augmenter ces derniers mois pour atteindre 6,5% (Statistique Canada). BMO s’attend à ce que le taux de chômage augmente légèrement au premier semestre de 2026 pour dépasser la barre des 7% avant de connaitre une baisse au deuxième semestre, sous l’effet d’une croissance économique plus vigoureuse. Dans une telle perspective, le déficit budgétaire, qui avoisine aujourd’hui près de 2,5% en raison des mesures prises tout au long de 2025 pour soutenir l’économie canadienne (soutien aux entreprises, infrastructures et défense) devrait progressivement baisser.

L’évolution de l’économie canadienne en 2026 sera marquée par des différences régionales notables. En effet, l’économie du pays ne progressera pas de manière uniforme. Selon le Conference Board, des provinces comme Terre-Neuve-et-Labrador et Saskatchewan devraient afficher une croissance supérieure à la moyenne nationale en 2026, grâce à une moindre exposition aux tarifs commerciaux et à des économies diversifiées. À l’inverse, des provinces comme le Québec et l’Ontario pourraient être plus lentement tirées vers le bas par des secteurs manufacturiers plus exposés aux tensions commerciales avec les États-Unis. Selon le Conference Board, l’économie québécoise devrait enregistrer la croissance la plus faible au Canada en 2026, avec une progression de 0,9%, en raison d’une forte baisse de ses exportations d’électricité vers les États-Unis. 

Sofiane Idir