Plus de 600 artistes, travailleur·euse·s culturel·le·s et organismes culturels du Québec ont signé une déclaration commune appelant les membres du conseil municipal de la Ville de Montréal à voter en faveur de la motion de solidarité avec le peuple palestinien le 24 août 2026.
La déclaration est une initiative du Club anti-apartheid des artistes québécois, en réponse à l’appel du collectif Montréal Anti-Apartheid. Parmi les signataires figurent Xavier Dolan, NARCY, Luc Picard, Virginie Fortin, Florence Longpré, Philippe Falardeau, Safia Nolin, Anaïs Barbeau-Lavalette, Mani Soleymanlou, Miryam Charles, Raed Hammoud, Léane Labrèche-Dor, Julie Le Breton, Fanny Britt, Debbie Lynch-White, Catherine Brunet, Pier-Philippe Chevigny, Myriam Verreault, Charlie Khalil Prince, Sophie Dupuis, Tranna Wintour, Emna Achour, Phara Thibault et Xavier Watso, ainsi que des artistes et des travailleur·euse·s issu·e·s des milieux québécois du cinéma, de la télévision, du théâtre, de la musique, de la danse, de la littérature et des arts visuels.
Des organismes et collectifs culturels ont également appuyé la déclaration, dont Grande Mobilisation pour les Arts (GMAQ), Réalisatrices Équitables, les Éditions du remue-ménage, Funambules Médias, Suoni Per Il Popolo, Vidéographe, Teesri Duniya Theatre, le Festival Filministes, Plein(s) Écran(s) et Artistes pour la Paix.
« Les artistes ont la responsabilité de rester attentifs aux vies et aux récits que les gouvernements préféreraient nous empêcher de voir. Nous ne pouvons pas parler de dignité humaine dans notre travail et ensuite garder le silence lorsqu’un peuple entier se voit privé de cette dignité, avec la complicité de nos gouvernements », a déclaré Anaïs Barbeau-Lavalette, cinéaste et autrice.
La déclaration rappelle que Montréal a déjà pris position contre l’apartheid. En 1987, le maire Jean Doré a refusé d’accorder des contrats municipaux à des entreprises qui profitaient du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Quelques mois après sa libération, Nelson Mandela s’est rendu à Montréal et a souligné la contribution de la ville à la lutte internationale contre l’apartheid.
Les signataires demandent à Montréal d’honorer cet héritage en prenant clairement position face aux violations persistantes du droit international en Palestine et au Liban.
« Montréal a toujours été une ville qui ouvre la voie. Nous innovons, nous réinventons, nous pensons à l’avenir et nous coexistons dans la rue comme nulle part ailleurs au monde. En tant qu’artiste arabe et musulman profondément ancré dans cette ville, la violence infligée à la Palestine et partout dans notre région ne touche pas seulement mon esprit, elle touche mon corps, mon âme et ma communauté. C’est pourquoi, à ce moment charnière de l’histoire de l’humanité, nous avons le devoir de prendre position ensemble contre l’apartheid, comme un seul corps, un seul peuple. À chacun de tendre la main à l’autre.» NARCY, artiste multimédia et professeur», a déclaré NARCY, Artiste Multimédia et professeur
La motion demande à la Ville de Montréal de reconnaître et de dénoncer le régime d’apartheid imposé en Palestine et le génocide qui y est perpétré. Elle affirme également la solidarité de la Ville avec le peuple palestinien et l’ensemble des victimes civiles des hostilités dans la région.
Cette prise de position, soutiennent les signataires, doit reposer sur une application cohérente et universelle des droits de la personne.
« La solidarité ne peut pas être sélective. Nous ne pouvons pas demander aux gens de s’opposer à l’oppression lorsqu’elle touche nos propres communautés tout en gardant le silence lorsque les Palestiniens et Palestiniennes sont privés de liberté, de sécurité et de dignité. Montréal doit démontrer que son engagement envers les droits de la personne s’applique à tout le monde. » a déclaré Tranna Wintour, humoriste, autrice et artiste de la scène.
La motion demande également à Montréal de suspendre ses liens institutionnels avec l’actuel gouvernement israélien, ses institutions et ses municipalités jusqu’à ce qu’Israël retourne à ses frontières internationalement reconnues, cesse ses violations des droits du peuple palestinien et respecte le droit international.
Pour la cinéaste Pier-Philippe Chevigny, le vote du 24 août constituera un moment historique qui permettra de départager les prises de position concrètes des déclarations de neutralité.
« Comme cinéaste politique, je pense qu’on ne peut sous-évaluer le poids historique du vote auquel les membres du conseil municipal seront soumis. Un jour, le gouvernement Netanyahu s’effondrera, c’est inévitable. À ce moment-là, comme à la fin du régime nazi, ceux qui se sont montrés complices, ceux qui ont présenté une neutralité de façade tout en soutenant le maintien des échanges économiques avec Israël devront faire face au tribunal de l’histoire. À ce moment-là, les cinéastes montréalais se souviendront du 24 août 2026. »
La motion réaffirme également l’importance de combattre toutes les formes de racisme, notamment l’antisémitisme et l’islamophobie. Elle précise que les personnes juives ne peuvent être tenues responsables des actions de l’État d’israélien du fait de leur identité juive.
La déclaration rassemble des artistes de différentes disciplines, générations et communautés, témoignant d’une volonté grandissante au sein du milieu culturel montréalais de voir la Ville poser des gestes concrets.
Charlie Khalil Prince, chorégraphe, relie et appel à la nécessité de s’opposer plus largement à la violence coloniale et à l’effacement des peuples palestinien et libanais:
“Alors que le génocide perpétré par le régime colonial sioniste en Palestine se poursuit, et que ce même régime cherche à déposséder le peuple libanais de ses terres, à annexer et à rendre inhabitable le Sud-Liban, nous avons l’obligation d’être solidaires des peuples palestinien et libanais. Nous devons rejeter le colonialisme, l’occupation, l’apartheid, la dépossession et la déshumanisation systématique des vies palestiniennes et libanaises. Nous devons également refuser la normalisation du génocide ainsi que l’effacement de nos histoires, de nos terres et de notre droit à l’autodétermination. Je crois que Montréal, en tant que ville qui a une histoire de lutte contre l’apartheid, a la responsabilité d’agir. En tant qu’artistes et travailleur·euse·s culturel·le·s, nous devons refuser de nous taire et nous opposer aux systèmes de violence coloniale, partout où ils sévissent. Palestine libre. Liban libre.”
Au-delà d’une déclaration symbolique, les signataires demandent à la ville d’examiner ses propres liens avec des entreprises et des institutions qui contribuent aux actions du gouvernement israélien. Ils considèrent que le silence municipal face à ces activités engage également la responsabilité de Montréal.
“L’inaction de la Ville de Montréal face aux abjections commises à l’endroit du peuple palestinien est honteuse. En ne dénonçant pas le génocide en cours à Gaza et la colonisation illégale des territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, Montréal nous rend ses citoyens complices de son silence. Complice, la ville l’est aussi en laissant des entreprises basées sur son territoire produire et vendre des marchandises militaires au gouvernement israélien. C’est pour briser ce silence que nous prenons la parole aujourd’hui, afin de défendre l’idée d’une ville où le respect du droit humain, de la paix et du droit international sont des valeurs indiscutables, et où toutes les formes de racisme ou de discrimination sont impossibles” a déclaré Laura-Ève Lambert, autrice.
Cette demande d’action ne découle pas d’un rejet de Montréal, mais d’un attachement à la ville et aux valeurs qu’elle affirme défendre. Les signataires souhaitent pouvoir être fiers de voir Montréal jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre l’apartheid et les violations des droits de la personne.
« Je suis une artiste profondément amoureuse de ma ville et je refuse qu’elle soit complice de crimes contre l’humanité dont le peuple palestinien est victime. Ce serait une grande fierté que Montréal ait une position ferme contre l’apartheid et qu’elle mène le combat pour que cesse les atrocités en Palestine, comme au Liban. » a déclaré Coralie Laperrière, autrice et humoriste.
Cette mobilisation témoigne enfin d’une volonté grandissante au sein du milieu culturel québécois d’utiliser la création et la visibilité publique des artistes pour amplifier les voix trop souvent ignorées.
« Mon rôle en tant qu’artiste n’est pas simplement de faire le pitre et de divertir. L’autrice-compositrice-interprète Nina Simone disait que c’était notre « duty to reflect the times ». Impossible de réfléter notre époque, d’écrire, de jouer, de créer, sans lutter pour le respect de la dignité humaine, et donc sans exiger de nos gouvernements qu’ils prennent position clairement contre le génocide en cours en Palestine. Mon rôle est et sera toujours d’utiliser ma voix pour amplifier celles qu’on ne daigne pas écouter. En tant que personnalités publiques, nous jouissons d’une énorme tribune – disproportionnée par rapport à notre pertinence, parfois – et c’est le temps de l’utiliser à bon escient. » a déclaré Emna Achour, chroniqueuse et humoriste.
La motion sera soumise au vote du conseil municipal de Montréal le 24 août 2026.
La déclaration complète et la liste des signataires sont disponibles ici : mtlantiapartheid.ca/club-a-a-a
À propos du Club anti-apartheid des artistes québécois
Le Club anti-apartheid des artistes québécois a été fondé en juin 2026 par des artistes et des travailleur·euse·s culturel·le·s qui se sont rassemblé·e·s afin d’appuyer le travail de Montréal Anti-Apartheid en mobilisant le milieu culturel québécois.
