
Le Canada amorce la rentrée sociale de cette année sous une conjoncture économique prudente et contrastée. Une inflation en recule, mais persistante, un marché d’emploi montrant de signes d’essoufflement et une croissance revue à la baisse. L’évolution de ce tableau dépendra des prochaines décisions de la Banque du Canada et de désescalade tarifaire avec Washington.
Inflation : un recul en ralenti vers la cible
Selon Statistique Canada, l’Indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 1,7% d’une année à l’autre en juillet, en baisse par rapport à la hausse de 1,9% observée en juin. Ce ralentissement est attribué à la baisse des prix de l’énergie. Le prix de l’essence a reculé de 16,1% d’une année à l’autre en juillet après avoir diminué de 13,4% en juin. Sans l’essence l’inflation d’ensemble a enregistré une hausse de 2,5% en juillet, qui correspond à l’augmentation des prix du logement (+3%) et à la croissance des prix dans l’épicerie (+3,4%). Dans son rapport sur la politique monétaire (juillet 2025), la Banque du Canada a estimé que le retrait de la taxe sur le carbone a tiré vers le bas l’inflation globale, mais une gamme d’indicateurs portent à croire que l’inflation sous-jacente (inflation de base mesurant l’évolution des prix à long terme, excluant les éléments les plus volatils, comme l’énergie et l’épicerie) se situe autour de 2,5% ces derniers mois. Dans un tel contexte marqué également par l’incertitude liée à la politique commerciale des États-Unis, la Banque du Canada a opté pour le maintien de son taux directeur à 2,75%, après sept baisses consécutives. En surveillant l’évolution des prix et la conjoncture mondiale, l’institution monétaire d’Ottawa pourrait procéder à une nouvelle réduction le 17 septembre prochain.
Croissance : un repli dans un contexte instable
Dans un contexte commercial volatil, la Banque du Canada anticipe désormais une progression du PIB de 1,8% en 2025 et 2026, contre des prévisions initialement supérieures à 2%. Selon Perspectives économiques mondiales (Été 2025) de l’EDC (Exportation et développement Canada), dans un contexte de plus en plus marqué par la volatilité, qui complique la planification des activités pour les entreprises canadiennes et assombrit les perspectives pour l’investissement et l’emploi, cette institution anticipe un fléchissement de la croissance, qui chutera à 0,8% en 2025 et à 1,1% en 2026.
Marché du travail : essoufflement et vulnérabilité des jeunes
Le taux de chômage au Canada en juin 2025 se situait à 6,9% (Statistique Canada). Il s’agit de la première baisse depuis janvier. L’emploi a progressé de 83 000 (+0,4%) en juin. Il s’agissait de la première hausse depuis janvier, mais cette croissance s’est concentrée dans le travail à temps partiel (+70 000; +1,8%). Cette progression a ramené le taux de l’emploi (la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi) à 60,9%. La jeunesse demeure la catégorie la plus touchée par le chômage. Le taux de chômage des jeunes s’est maintenu à 14,2% en juin; il était en hausse de 0,7% par rapport à un an plus tôt. Il demeure largement supérieur à sa moyenne prépandémie de 10,8% enregistrée de 2017 à 2019. Le chômage de longue durée était en hausse en juin 2025. Plus de 1 chômeur sur 5 (21,8%) était à la recherche de travail depuis 27 semaines ou plus en juin, en hausse par rapport à 17,7% en juin 2024.
La rentrée 2025 pour l’économie du pays affiche, en somme, un tableau contrasté. Les prochaines décisions de la Banque du Canada et l’évolution des relations commerciales avec les États-Unis seront déterminantes pour la stabilité de l’économie au cours des prochains mois. Sur le front commercial avec Washington, le Canada a annoncé le 22 août qu’il a obtenu le meilleur accord commercial avec les É-U : désormais, 85% des exportations canadiennes couvertes par l’ACEUM (Accord Canada-États-Unis-Mexique) vers les États-Unis sont exemptes de droits de douane.
Sofiane Idir
