Après avoir publié le cycle L’Odyssée d’Hakim, qui portait sur l’histoire d’un réfugié syrien, Fabien Toulmé a publié en 2021 Suzette ou le grand amour, une œuvre où il soulignait l’importance d’aimer et d’être heureux à tout âge. Il abordait l’importance des relations que nous entretenons avec nos proches dans cette œuvre qui était publiée aux éditions Delcourt.

Dans ses romans graphiques, l’auteur est bédéiste français traite avec tendresse plusieurs sujets comme on le constate aussi dans Les Reflets du monde.

On retrouve cette sensibilité dans Ce n’est pas toi que j’attendais (2014), où il raconte la naissance et la petite enfance de sa fille Julia qui est porteuse de trisomie 21.

Une œuvre personnelle

C’est donc tout naturellement qu’il a voulu écrire une histoire autour du dispositif ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire), qui permet à certains élèves en difficulté de suivre des temps d’enseignement adaptés au sein des établissements ordinaires.

Comme l’explique Fabien Toulmé, il avait eu la sensation que les belles promesses de « l’école inclusive » n’étaient pas en adéquation avec la politique mise en place et les moyens alloués.

Voilà pourquoi, pour amorcer l’écriture de son projet, il a passé du temps au sein du dispositif ULIS du Collège Aliénor d’Aquitaine à Bordeaux. La démarche de l’auteur à travers l’observation participante, il y a un peu plus de cinq ans a fait mûrir son projet avec la publication du roman graphique Ulis[1] aux Éditions Delcourt. Élue « Prix NetGalley » de la rentrée littéraire Ulis est une Bande dessinée qui nous plonge dans un univers scolaire différent.

L’histoire

Le récit suit le parcours d’Ivan Faillez, qui tente de se reconstruire après une longue période de dépression. Après avoir perdu son emploi et un passage à vide, Ivan est nouvellement embauché au sein d’un établissement scolaire en tant qu’AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap) pour accompagner les élèves en difficultés.

La directrice de l’école est consciente que la mission d’un AESH ne fait pas rêver grand monde. Cependant le rôle d’Ivan sera d’un grand support pour l’enseignante et faire la différence auprès de : Bilal (14 ans), Emma (14 ans), Ines (11 ans), Goran (15 ans), Alonzo (12 ans), Rémi (12 ans), Irina (15 ans), Alice (14 ans), Valentine, Léa, Ayden ainsi que Matisse qui vient d’intégrer la classe de Madame Tramont.

Grandir ensemble

Cette incursion au sein de l’équipe AESH est une occasion pour Fabien Toulmé de mettre le doigt sur les défis du quotidien.

Au bout de quelques jours à l’école, Ivan est en panique devant le trop plein d’émotions et la lourdeur de la tâche qui lui incombe. Il se confie un son psychologue[2] :

  • J’ai commencé il y a trois semaines. Je suis chargé d’accompagner un enfant autiste (Matisse). Enfin, c’est ce que j’en ai compris. Et tout à l’heure, il a fait une grosse crise. Il s’est jeté au sol. Il a commencé à se taper. À crier. Et j’ai pas réussi à le calmer. C’est une collègue (Maryama) qui est intervenue. Ça s’est passé devant tout le monde, dans les couloirs. Il y avait plein d’élèves. Je…Je suis parti.
  • Vous êtes parti. C’est-à-dire ?
  • Ben…Je suis parti. Je me suis enfui. J’ai quitté le collège sans prévenir personne.
  • Vous pouvez appeler p…
  • Non! Non…J’ai pas l’intention d’y retourner. Ça faisait Des mois que je m’étais pas retrouvé dans cet état.
  • S’occuper d’un enfant autiste n’est pas facile, loin de là. Vous n’avez ni formation ni expérience et vous êtes encore dans un état de grande instabilité émotionnelle.
  • Comment je peux aider cet élève alors que je ne vais pas bien moi-même ?
  • Essayez de lâcher prise et de vous faire confiance. Même si je sais que vous êtes très exigeant avec vous-même, accordez-vous le droit d’hésiter. De vous tromper. De ne pas être parfait. Vous verrez dans quelques semaines si vous souhaitez toujours partir. Si c’est le cas, ce sera plus positif pour vous qu’un refus au premier obstacle.

Les difficultés que rencontre Ivan dans ce nouvel environnement de travail en tant qu’AESH, permet à l’auteur de mettre l’accent sur les défis éprouvés par les élèves dans leur quotidien.  En effet, le lendemain, Ivan a une sérieuse discussion avec Madame Tramont qui lui suggère de prendre une décision s’il souhaite continuer à répondre aux besoins des enfants[3] :

  • Tu peux m’expliquer ce qui s’est passé hier ?
  • Ben…Je me suis retrouvé dans le même état d’angoisse que quand j’ai fait mon burn-out. Et en plus avec mon mal de dos…Je sais que c’est pas correct ce que j’ai fait, mais…C’était plus fort que moi.
  • Écoute Ivan…On a tous nos problèmes. Et éventuellement nos excuses. Mais je ne vais pas tourner autour du pot. Si tu te sens pas en état de travailler, arrête! On finira bien par trouver quelqu’un d’autre. Par contre, ça demande juste à ce que tu sois honnête avec toi-même. Et, surtout, avec nous. Parce que s’il y en a un qui flanche, c’est les autres qui encaissent. Donc, si tu veux pas continuer, je veux que tu me le dises maintenant. Et que tu rentres chez toi.
  • Je sais pas.
  • Bon…En tout cas, ce serait bien que tu te décides vite parce que si on doit retrouver quelqu’un, ça peut prendre du temps. Ce serait vraiment dommage pour Matisse. Et sa mère.
  • Je vais aller prendre un café.
  • Au fait ! Même si tu ne l’as pas demandé, sache que la suite de la matinée avec Matisse s’est bien passée.
  • Ah! Ok…Bonne nouvelle!
  • Et il revient cet après-midi.

Des dessins expressifs

Le récit d’Ulis progresse de manière chronologique en quatre temps (automne, hiver, printemps, été).

À travers les traits simples et expressifs des personnages, Fabien Toulmé aborde avec empathie et naïveté un sujet de société qui est lourd pour certains et difficile pour d’autres. Pour ce faire, il utilise une palette de couleur distincte de renforcer les émotions des personnages en soulignant de manière positive les petits pas des uns et les efforts des autres, pour le bien des plus jeunes avec bienveillance.

Réda Benkoula

[1] Ulis | Fabien Toulmé (Scénariste, Illustrateur, Coloriste) | Delcourt, Collection (Mirages) | 2025 | 272 pages

[2] Pages 112 & 113

[3] Pages 116 & 117