Cacao: comment ZORA veut faire du Maroc une nouvelle terre du chocolat de spécialité africainCacao: comment ZORA veut faire du Maroc une nouvelle terre du chocolat de spécialité africain

Alors que le marché mondial du cacao traverse une période de fortes turbulences marquée par des prix records, certains acteurs choisissent de transformer cette contrainte en opportunité. C’est le pari de ZORA Chocolat, fondée par Fatima-Zohra Hakam, qui a lancé au Maroc le premier laboratoire bean-to-bar du pays. Entre valorisation des cacaos africains, transformation locale et ambition internationale, l’entreprise entend contribuer à l’émergence d’une nouvelle industrie du chocolat de spécialité. Explications.

A lors que le marché mondial du cacao traverse une période de fortes turbulences avec des prix historiques et des tensions sur l’approvisionnement, certains acteurs choisissent de transformer cette contrainte en opportunité. C’est le pari de ZORA Chocolat, marque fondée par Fatima-Zohra Hakam, qui a fait le choix d’implanter au Maroc le premier laboratoire bean-to-bar du pays. Entre valorisation des cacaos africains, transformation locale et ambition internationale, l’entreprise entend s’inscrire dans une nouvelle génération d’acteurs misant sur la qualité, la traçabilité et la création de valeur à l’origine.

Le marché mondial du cacao vit l’une des périodes les plus complexes de son histoire récente. Les cours ont atteint des niveaux records sous l’effet combiné des aléas climatiques, des maladies affectant les plantations en Afrique de l’Ouest et des tensions persistantes sur l’offre mondiale. Pour de nombreux industriels, cette flambée des prix remet en question les équilibres économiques traditionnels de la filière.

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Mais pour Fatima-Zohra Hakam, fondatrice de ZORA Chocolat, cette situation révèle surtout les limites d’un modèle fondé principalement sur les volumes et les matières premières standardisées. « Le contexte actuel met sous pression l’ensemble de l’industrie, mais il souligne aussi les limites d’un modèle fondé essentiellement sur le volume et les matières premières standardisées », explique-t-elle.

Cette évolution des attentes du marché a convaincu ZORA d’investir dans le premier laboratoire bean-to-bar du Maroc. Malgré un marché encore émergent, plusieurs signaux sont encourageants. « Les amateurs de chocolat marocains manifestent un intérêt croissant pour l’origine des produits qu’ils dégustent ainsi que pour les savoir-faire et les méthodes de fabrication qui les façonnent », observe-t-elle.

Pour la fondatrice, le Royaume bénéficie d’une clientèle locale et internationale déjà sensibilisée aux standards des marchés les plus avancés. « Nous constatons un réel intérêt pour des produits artisanaux, transparents et de qualité.» Elle estime également qu’il existe encore« un vide sur le segment du chocolat de spécialité transformé et produit localement», offrant ainsi une opportunité de structurer une nouvelle catégorie.

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L’un des principaux défis reste toutefois l’éducation du consommateur. « Pendant longtemps, le chocolat a été perçu essentiellement comme une confiserie », rappelle Fatima-Zohra Hakam. Le chocolat de spécialité invite au contraire à découvrir des terroirs, des origines et des méthodes de fabrication spécifiques.

Pour autant, elle constate une évolution des comportements. « Une part croissante du public marocain devient de plus en plus sensible à l’origine des produits, leur mode de fabrication et leur qualité intrinsèque. » Selon elle, la pédagogie joue un rôle clé : «Lorsque l’on donne les clés de compréhension, la qualité cesse d’être perçue comme un surcoût et devient un véritable critère de choix. »

Au-delà du marché marocain, ZORA porte également une ambition africaine. Le continent produit l’essentiel du cacao mondial mais demeure encore peu présent dans les segments à forte valeur ajoutée. «Historiquement, la chaîne de valeur du cacao a été construite autour de l’exportation de matières premières vers l’Europe et l’Amérique du Nord », rappelle-t-elle.

C’est ce constat qui a conduit à la création de ZORA en 2020. « Dès le départ, notre ambition était de célébrer les origines africaines du cacao et de contribuer à faire évoluer le regard porté sur le chocolat africain. » Pour l’entrepreneure, l’avenir du secteur passe autant par la transformation locale et le développement de marques fortes que par la production de cacao elle-même.

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Cette vision explique également son retour au Maroc après avoir développé la marque aux États-Unis, où ZORA était présente dans plus d’une cinquantaine de points de vente. « Les États-Unis ont été une étape déterminante dans mon parcours », confie-t-elle. Mais son ambition allait au-delà du lancement d’une marque.

«Je voulais également introduire au Maroc un concept qui n’existait pas encore, avec une maîtrise complète de la fabrication, de la fève à la tablette.» Un choix qu’elle considère naturel : «C’est mon pays, c’est mon continent, et nous vivons aujourd’hui une période de transformation et de croissance extraordinaires.»

À terme, la fondatrice ambitionne d’exporter à nouveau vers les États-Unis, mais cette fois depuis le Maroc. « Mon ambition est d’exporter aux États-Unis avec la marque ZORA, mais cette fois avec un chocolat fièrement conçu et fabriqué au Maroc à partir de cacaos africains. »

Une vision résumée par ce qu’elle considère comme la mission de l’entreprise : « L’idée a toujours été de construire un pont entre l’Afrique productrice de cacao et les marchés internationaux. » Une ambition qui illustre l’émergence d’une nouvelle génération d’entreprises africaines cherchant à capter davantage de valeur sur leurs propres ressources.

Entretien // Fatima-Zohra Hakam,Fondatrice ZORA Chocolat

Challenge : Quels sont selon vous les principaux défis et opportunités pour faire émerger une véritable culture du chocolat de spécialité au Maroc ?  
Fatima-Zohra Hakam : Le principal défi est sans doute l’éducation du consommateur. Pendant longtemps, le chocolat a été perçu essentiellement comme une confiserie ou un produit de consommation courante. Le chocolat de spécialité invite à une approche différente : découvrir des terroirs, des origines, des méthodes de fermentation ou de fabrication. L’opportunité est justement là. Le Maroc possède une scène gastronomique extrêmement dynamique, avec des chefs, des hôtels et des amateurs de chocolat qui recherchent de nouvelles expériences. Nous avons l’occasion de construire une véritable culture du goût autour du chocolat et de faire découvrir qu’une tablette peut exprimer une origine avec autant de richesse qu’un grand cru. 

Challenge : A contre-courant d’une logique de volume, de plus en plus d’acteurs misent sur la qualité, la traçabilité et les origines. Pensez-vous que les marocains sont aujourd’hui prêts à accorder davantage de valeur à ces critères ? 
Je pense que cette évolution est déjà en cours. Bien sûr, le prix reste un facteur important. Mais nous constatons qu’une part croissante du public marocain devient de plus en plus sensible à l’origine des produits, leur mode de fabrication et leur qualité intrinsèque. Lorsqu’on explique l’origine du cacao, les pratiques agricoles ou encore le travail de transformation, la conversation change complètement. Le chocolat n’échappe pas à la règle. Plus les amateurs de chocolat découvrent la diversité des origines et la richesse aromatique du cacao, plus ils sont enclins à reconnaître la valeur d’un produit artisanal, traçable et fabriqué avec exigence. L’enjeu est donc autant pédagogique que commercial : lorsque l’on donne les clés de compréhension, la qualité cesse d’être perçue comme un surcoût et devient un véritable critère de choix. 

Challenge : Vous aviez réussi à développer ZORA – d’abord aux États-Unis – avec plus d’une cinquantaine de points de vente. Pourquoi avoir fait le choix de revenir au Maroc et d’y investir dans un projet aussi ambitieux que le premier laboratoire bean-to-bar du pays ? 
Les États-Unis ont été une étape déterminante dans mon parcours. C’est là que j’ai commencé ma carrière dans le chocolat, que j’ai énormément appris sur le métier et que j’ai lancé la marque ZORA. Mais mon ambition a toujours dépassé celle de lancer une marque. Je voulais contribuer à faire évoluer l’industrie en mettant davantage en lumière les origines africaines, qui restent encore largement sous-représentées dans les récits et les marques bean to bar. Je voulais également introduire au Maroc un concept qui n’existait pas encore, avec une maîtrise complète de la fabrication, de la fève à la tablette. Revenir au Maroc était donc une évidence. C’est mon pays, c’est mon continent, et nous vivons aujourd’hui une période de transformation et de croissance extraordinaires. Je voulais participer à cette dynamique, investir localement et contribuer, à ma manière, à bâtir quelque chose de nouveau dans un secteur encore émergent. À terme, mon ambition est d’exporter aux États-Unis avec la marque ZORA, mais cette fois avec un chocolat fièrement conçu et fabriqué au Maroc à partir de cacaos africains. L’idée a toujours été de construire un pont entre l’Afrique productrice de cacao et les marchés internationaux. Si un jour une tablette ZORA portant la mention “Made in Morocco” et “Sourced from Africa”, j’aurai le sentiment d’avoir accompli quelque chose qui dépasse largement le cadre d’une simple entreprise.

Auteur: Wafaa Mellouk
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