Sanlam-Allianz: quels défis pour la nouvelle alliance ?Sanlam-Allianz: quels défis pour la nouvelle alliance ?

Sanlam Maroc et Allianz Maroc achèvent leur rapprochement pour donner naissance à un nouvel acteur majeur de l’assurance dans le Royaume. La fusion fait émerger un leader de l’assurance Non-Vie, s’appuyant sur un portefeuille de près de 6 millions d’assurés. Une question demeure : quels sont les défis opérationnels ?

Le marché marocain de l’assurance entre dans une nouvelle dimension. Après plusieurs mois de préparation, Sanlam Maroc et Allianz Maroc ont officiellement achevé leur rapprochement, donnant naissance à un acteur de tout premier plan. Avec près de 6 millions d’assurés, 750 points de vente et une position de leader en assurance Non-Vie, le nouvel ensemble ambitionne de redessiner les équilibres d’un secteur en pleine mutation. Mais, la réussite d’une fusion ne se mesure pas uniquement à la taille du nouvel acteur.

L’intégration des cultures d’entreprise, l’harmonisation des systèmes d’information, la concrétisation des synergies attendues et la préservation de la qualité de service constitueront les véritables tests de ce rapprochement. Pour Sanlam Allianz, le défi est désormais de transformer cette puissance économique en un avantage compétitif durable.

Les défis en toile de fond….

Passons au cœur technique du dossier. L’ordre du jour évoque, un « apport en nature » consenti par Allianz Maroc au profit de Sanlam Maroc. En droit commun des sociétés, l’apport en nature désigne des biens : immeubles, titres, fonds de commerce. En assurance, il revêt une tout autre dimension. Ce que les actionnaires ont validé le 2 juillet, ce n’est pas un transfert de murs ou de bases de données, c’est un transfert de responsabilités juridiques à l’égard des milliers de souscripteurs d’Allianz Maroc. L’apport porte sur l’intégralité des engagements souscrits : contrats de personnes (prévoyance, épargne) et contrats de dommages (auto, habitation, entreprises). « En droit, un contrat d’assurance est une créance de garantie.

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En apportant ce portefeuille, Allianz Maroc transfère sa qualité de débiteur de la garantie à Sanlam Maroc. Mais ce transfert suppose que la valeur de l’apport soit rigoureusement adossée à la réalité des provisions techniques », insiste notre source. Et de soulever la question qui fâche : « Comment évalue-t-on cet apport ? Si les provisions pour sinistres à payer ou les provisions mathématiques sont sous-évaluées dans le traité d’apport, Sanlam Maroc, en acceptant l’apport en nature, absorbe un passif latent. » Rien dans le libellé de l’ordre du jour ne permet aux actionnaires d’accéder à ces rapports d’évaluation technique. Ils ont voté, mais ils ont voté à l’aveugle.

Par ailleurs, en coulisses, une autre bataille, moins spectaculaire mais tout aussi décisive, se profile : celle du réseau de distribution. Allianz Maroc s’appuie, comme la plupart des grands assureurs historiques, sur un réseau d’agents généraux, mandataires indépendants titulaires d’un mandat d’intérêt commun. La fusion par absorption et l’apport en nature modifient-ils la substance de ce mandat ? Notre source met en garde : « Contrairement à une idée reçue, l’absorption ne met pas fin automatiquement aux mandats des agents Allianz. Le droit des assurances dispose que les mandats continuent de produire effet en cas de fusion, à condition que l’assureur absorbant, en l’occurrence Sanlam, les reprenne formellement. Mais encore faut-il que Sanlam accepte de reprendre l’intégralité du réseau avec ses spécificités territoriales et ses carnets de clients. »

Il ajoute, avec un regard acéré : « Si Sanlam ne reprend pas les mandats dans les mêmes conditions économiques, ou si elle impose une restructuration des périmètres, elle s’expose à une avalanche de contentieux devant le tribunal de commerce pour rupture abusive de contrat. » Les agents généraux, ces commerçants de l’assurance, ne sont pas des employés dociles. Ils sont des partenaires, parfois réticents, toujours exigeants. Les actionnaires ont voté la fusion, mais les agents, eux, n’ont pas encore rendu leur verdict.

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Pour Hicham Alaoui, ex-DG d’Allianz Trade, les défis opérationnels sont de trois ordres: «D’abord, faire converger les différents intervenants (agents d’assurance, salariés, partenaires…) à une culture d’entreprise unique. Ensuite, il convient de continuer à analyser les éventuelles redondances, afin d’optimiser au mieux la structure. Enfin, il semble opportun de dévoiler la stratégie détaillée de développement, le cas échéant, dans d’autres segments (Vie notamment) ».

L’intégration des systèmes et des équipes

Au-delà des arcanes juridiques et des menaces contentieuses, l’opération soulève des défis opérationnels d’une tout autre nature, ceux qui touchent à la chair même de l’entreprise : les équipes et les systèmes. La fusion Sanlam-Allianz, c’est aussi la rencontre de deux cultures d’entreprise, de deux histoires, de deux façons de concevoir le métier d’assureur. Sanlam, acteur historique du marché marocain, a forgé son identité sur une proximité avec le tissu économique local et une capacité d’innovation reconnue. Allianz, fleuron de l’assurance allemande, apporte une rigueur technique et une puissance financière qui ont fait sa réputation. Mais ces deux mondes, aussi complémentaires soient-ils sur le papier, risquent de se heurter dans le quotidien des open spaces et des comités de direction.

L’intégration des systèmes d’information constitue le premier casse-tête opérationnel. Les assureurs fonctionnent sur des socles informatiques lourds, souvent historiques, où chaque contrat, chaque sinistre, chaque provision est enregistré dans des bases de données aux logiques parfois incompatibles. La fusion implique de faire dialoguer, puis de fusionner ces systèmes, sans perdre une miette des données clients, sans interrompre la gestion des sinistres, sans déstabiliser les processus de souscription.

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Un chantier titanesque, qui mobilise des équipes entières pendant des mois, parfois des années. Et pendant ce temps, les concurrents, eux, ne s’arrêtent pas. Ils guettent la moindre faiblesse, le moindre délai de traitement, la moindre erreur de facturation, pour ravir les clients que le nouveau géant peine à fidéliser.

La gestion des talents, ou l’art de retenir les meilleurs

Autre défi opérationnel, souvent sous-estimé dans les communiqués triomphants : la gestion des talents. «La fusion crée des doublons, des redondances. Les directions générales, les services supports, les équipes commerciales se retrouvent à deux pour un poste. Les rumeurs de restructuration, les plans de départ volontaire, les départs contraints alimentent l’angoisse dans les rangs », nous confie une source.

Les meilleurs éléments, ceux que les concurrents convoitent, sont les premiers à jeter un œil sur le marché du travail. Et ils ne manquent pas d’opportunités. La fusion, si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie RH fine et humaine, risque de se transformer en une saignée silencieuse de compétences.

Auteur: Ismail Saraoui
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