
Sous l’égide de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) se tient la Réunion continentale sur le renforcement de l’action climatique de la société civile africaine en matière de systèmes alimentaires et d’agriculture en vue de la COP31 et COP32, du 7 au 9 septembre 2026, à Addis-Abeba, en Ethiopie. Objectif, adopter une position commune sur la prise des priorités et solutions africaines lors des prochaines négociations internationales sur le climat, à travers une présence forte et coordonnée.
Les organisations de la société civile africaine représentant les agriculteurs, les pêcheurs, les pasteurs, les peuples autochtones, les femmes, les jeunes veulent parler d’une seule voix pour lors des rencontres mondiales sur le climat. Conformément à cet objectif, à l’initiative de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), se tient la Réunion continentale sur le renforcement de l’action climatique de la société civile africaine en matière de systèmes alimentaires et d’agriculture en vue de la COP31 en Turquie et de la COP32 en Ethiopie, du 7 au 9 septembre 2026, à Addis-Abeba, en Ethiopie. Il s’agit durant ces 72 heures, à travers panels, sessions plénières, travaux en ateliers, d’œuvrer à améliorer la préparation et la coordination de l’engagement collectif de la société civile africaine pour une intégration des systèmes alimentaires et l’agriculture durables dans l’agenda climatique.
Dans ces remarques introductives, le Directeur exécutif de la Coordination nationale du Consortium « Population, Santé et Environnement » d’Éthiopie (PHEEC), Endashaw Mogessie, a indiqué que les négociateurs africains sur le climat doivent aller aux prochaines Conférences des Parties (COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) avec des priorités du continent clairement définies, bien coordonnées et fondées sur les expériences des communautés africaines. L’Afrique doit passer des voix fragmentées à des positions communes pour mieux influencer les négociations sur le climat.

Pour la représentante du Conseil d’administration de AFSA, Anne Maina, le continent africain ne doit pas aller à ces rencontres internationales en tant que victime du réchauffement climatique mais aussi en tant que région qui a son mot à dire, des solutions endogènes à mettre sur la table des négociations. Mieux, il ne peut y avoir de discussions sur une transition juste, le financement climatique, l’agriculture et les systèmes alimentaires sans la voix de la société civile, de ceux qui subissent au quotidien les effets du changement climatique, a-t-elle insisté.
« L’avenir climatique de l’Afrique est indissociable de son avenir alimentaire »

Selon le coordonnateur général de AFSA, Dr Million Belay, la COP 32 qui se tiendra en 2027 à Ethiopie constitue un moment pour l’Afrique de contribuer à façonner l’agenda mondial de l’alimentation et du climat depuis son propre territoire, en plaçant au centre des discussions les communautés, les savoirs et les solutions africains. Elle offre également une fenêtre d’opportunité politique pour la société civile de bâtir un mouvement continental autour d’une idée simple : l’avenir climatique de l’Afrique est indissociable de son avenir alimentaire.
Pour tirer le meilleur parti de cette opportunité, la société civile africaine devrait se concentrer sur cinq actions simples : coordonner autour d’un agenda commun, relier les luttes locales aux négociations continentales et mondiales, créer des espaces permettant aux communautés, en particulier aux femmes et aux jeunes, de s’exprimer, catalyser les politiques et les financements en faveur de solutions portées par les Africains et communiquer à partir d’un narratif africain. En vue de la COP32, la société civile doit revendiquer un ensemble de mesures politiques claires et ciblées à savoir des financements substantiels pour l’adaptation qui parviennent réellement aux communautés, des investissements publics dans l’agroécologie et la restauration des sols, la protection des systèmes semenciers gérés par les agriculteurs, une transition juste qui protège les moyens de subsistance, les droits et la dignité… « Nous avons donc besoin d’une autre voie.

L’agroécologie offre cette voie. C’est à la fois une science, une pratique et un mouvement. Elle régénère les sols, protège la biodiversité, renforce les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs, soutient les savoirs autochtones, favorise la diversité alimentaire et permet de conserver la valeur au plus près des communautés locales », a ajouté Dr Belay.
Tout en saluant l’initiative de cette rencontre, le président du groupe des négociateurs africains sur le climat, Dr. Antwi-Boasiako Amoah, a listé sept priorités pour le continent. Il s’agit de préserver l’équilibre de l’Accord de Paris, transformer l’Objectif mondial en matière d’adaptation en actions financées, obtenir des résultats significatifs en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire, mobiliser conséquemment des financements climatiques à la hauteur des besoins, rendre la transition juste compatible avec le développement de l’Afrique, renforcer l’action face aux pertes et préjudices, défendre une coopération équitable et une participation significative.
Une feuille de route forte et claire sur les priorités du continent
L’ancien vice-Premier ministre éthiopien, Demeke Mekonnen, a, pour sa part, indiqué que la nutrition, la santé et le climat sont étroitement liés. Car, lorsqu’une inondation ou une sécheresse affecte le champ du paysan, ce n’est pas seulement une perte agricole, il s’en suit une crise alimentaire, nutritionnelle et sanitaire. C’est pourquoi, il a appelé à faire de la nutrition un indicateur central des négociations climatique, à placer la question des populations affectées au centre de l’agenda, et à défendre une transition juste ancrée dans l’agroécologie.
La représentante du ministre éthiopien de la planification et du développement, Hanna Abebe, a souligné l’importance de la synergie entre société civile et acteurs publics sur l’action climat. Elle a invité les participants à sortir de ces trois jours avec une feuille de route forte et claire sur les priorités du continent pour les prochains rendez-vous mondiaux sur le climat.

Le Président de la Coordination Burkinabè des Organisations Paysannes (CBOP), Thiombiano Joseph, a salué la pertinence de cette réunion qui constitue un espace privilégié de dialogue, de partage d’expériences et surtout de construction d’une vision africaine commune face aux défis liés au changement climatique, à l’agriculture et à la transformation de nos systèmes alimentaires. « Les échanges me confortent dans une conviction profonde : l’Afrique doit plus que jamais unir ses voix et renforcer son pouvoir collectif dans les espaces de décision régionaux et internationaux. (…) Il ne suffit plus que l’Afrique soit présente dans les négociations internationales, elle doit y arriver avec une position commune, portée par ses propres réalités, ses connaissances, ses solutions et les aspirations de ses peuples », a confié M. Thiombiano.
Mahamadi SEBOGO
(Depuis Addis-Abeba, Ethiopie)
Auteur: BH SIDWAYA
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