Suite aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, arrêtées lors du dernier Conseil des ministres et portant création d’une Agence nationale de l’archéologie placée sous l’égide directe de la présidence de la République, le professeur en archéologie Abdelkader Dahdouh, du Centre universitaire de Tipasa, revient, dans un entretien accordé au Jeune Indépendant, sur cette réforme qu’il qualifie de tournant structurant, porteur d’un nouvel élan pour le patrimoine et la recherche archéologique en Algérie.
Le Jeune Indépendant : La création de l’Agence nationale de l’archéologie, désormais rattachée à la présidence de la République, constitue-t-elle un véritable tournant pour la gestion et la valorisation du patrimoine archéologique en Algérie ?
Le Pr Abdelkader Dahdouh : La création de cette Agence nationale de l’archéologie constitue bel et bien une décision historique, dans la mesure où la gestion du secteur archéologique en Algérie a connu, depuis l’indépendance, plusieurs réformes institutionnelles. Après avoir existé sous la forme d’un établissement public à caractère administratif, l’ancienne Agence nationale des antiquités et de l’archéologie (ANAA) (1987) a été transformée en Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (OGEBC) (2007), un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). D’autres structures ont ensuite vu le jour, notamment l’Agence nationale des secteurs sauvegardés (ANSS) (opérationnelle depuis mai 2013), les offices des parcs culturels, les musées, ainsi que deux centres de recherche spécialisés, à savoir le Centre national de recherches archéologiques (CNRA) et le Centre national de recherche en archéologie préhistorique, anthropologie et histoire (CNRPAH). L’ensemble de ces institutions relève de la tutelle du ministère de la Culture et des Arts.
Présentement, la création de cette nouvelle structure et son adossement à la présidence de la République ne semblent pas fortuits, mais plutôt le résultat d’une évaluation approfondie des performances des institutions existantes et de la réalité de la gestion du patrimoine archéologique dans le pays, particulièrement en matière de recherche, de fouilles, de protection et de sécurisation des sites et monuments, ainsi que de leur valorisation économique.
En quoi la création de cette nouvelle agence pourrait-elle changer concrètement la place des universitaires et chercheurs algériens dans les programmes de recherche et de fouilles archéologiques ?
La majorité des projets de recherche et de fouilles dans le secteur archéologique en Algérie reposent, à l’heure qu’il est, sur des initiatives bénévoles d’enseignants-chercheurs, sans financement dédié, contrairement aux projets de restauration ou d’aménagement. La création de cette agence et son rattachement à la présidence de la République devraient donner une forte impulsion à la recherche et aux fouilles archéologiques. Elle pourrait offrir aux chercheurs la possibilité de proposer et d’enregistrer de nouveaux projets, qui bénéficieront probablement d’un soutien financier de la part de la nouvelle structure.
Lors du dernier Conseil des ministres, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de munir cette agence d’un corps de police chargé de la protection et de la surveillance de l’ensemble du patrimoine archéologique. Quelle est votre appréciation de cette mesure ?
S’agissant de la police des antiquités, l’institution d’un corps spécialisé marque un tournant majeur dans la politique de préservation du patrimoine. Cette mesure devrait non seulement accroître l’efficacité des dispositifs de protection des monuments et des sites archéologiques sur l’ensemble du territoire national mais aussi renforcer l’action des services de sécurité déjà à pied d’œuvre, notamment la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale et les Douanes algériennes.
En réalité, les agents actuellement chargés de la surveillance du patrimoine souffrent d’un manque de qualification et leurs effectifs demeurent insuffisants. Dans ce contexte, la mise en place de ce corps spécialisé, placé sous l’autorité de l’Agence nationale de l’archéologie, apparaît comme une décision historique susceptible d’avoir un impact majeur sur le renforcement de la protection des monuments et des sites archéologiques, tout en leur conférant le prestige et la considération qu’ils méritent.
Il est prévu que l’Agence nationale de l’archéologie en question adopte un statut à caractère industriel et commercial. Que signifie concrètement ce statut et quels avantages pourrait-il offrir en matière de gestion et de financement ?
Au sujet de la valorisation économique, le choix de conférer à l’Agence nationale de l’archéologie le statut d’établissement public à caractère industriel et commercial apparaît tout aussi stratégique. En dépit du potentiel considérable que recèle le patrimoine archéologique national, sa mise en valeur économique demeuré à ce jour en deçà des attentes.
En effet, malgré l’existence de l’ancienne structure, les lourdeurs administratives et certaines insuffisances du cadre juridique ont freiné la concrétisation des ambitions nourries dans ce domaine, ce qui empêche indubitablement une exploitation optimale des richesses patrimoniales et de leurs retombées économiques potentielles.
A l’aune de ces éléments, dans quelle mesure l’arrimage à la présidence de la République pourrait-il s’avérer bénéfique ?
En érigeant le patrimoine archéologique au rang de priorité nationale, ce rattachement à la présidence de la République pourrait agir comme un catalyseur, susceptible de dissiper les pesanteurs bureaucratiques et les carences financières qui ont longtemps bridé son développement, ce qui ouvre ainsi la voie à une véritable renaissance de la recherche, des fouilles, de la restauration et de la mise en valeur des trésors archéologiques du pays.
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Auteur: Mounia Boudj
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