Crédit: pourquoi les PME restent à la porte du financementCrédit: pourquoi les PME restent à la porte du financement

Malgré un système bancaire solide et bien capitalisé, le financement de l’économie marocaine reste profondément déséquilibré. Selon la Banque mondiale dans son récent rapport « Diagnostic du secteur privé au Maroc », les crédits profitent majoritairement aux grandes entreprises et aux secteurs jugés peu risqués, laissant les PME en marge. Avec moins de 15 % des prêts bancaires qui leur sont destinés, ces dernières peinent à jouer leur rôle de moteur de croissance et d’emploi.

Le Maroc dispose d’un secteur financier relativement développé, dominé par les banques commerciales qui concentrent plus de 85 % des actifs du système. Avec des actifs représentant près de 80% du PIB, le secteur bancaire constitue un pilier central de l’économie nationale.

Trois grandes banques concentrent à elles seules environ 60 % des actifs, illustrant une structure modérément concentrée mais stable. Malgré les turbulences liées à la pandémie, les établissements bancaires restent globalement bien capitalisés et ont retrouvé des niveaux de rentabilité satisfaisants.

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À première vue, tous les indicateurs semblent donc au vert. Pourtant, cette solidité masque une réalité plus contrastée : l’accès au crédit reste inégalement réparti.

Les PME, grandes oubliées du financement

Le constat est sans appel : les petites et moyennes entreprises peinent à accéder au crédit bancaire. Moins de 15 % des prêts leur sont destinés, un niveau particulièrement faible au regard de leur poids dans le tissu économique et leur rôle dans la création d’emplois.

Dans les faits, les banques privilégient les grandes entreprises et les secteurs considérés comme peu risqués. Une logique compréhensible d’un point de vue prudentiel, mais qui crée un déséquilibre structurel. Résultat : une large partie des entreprises marocaines se retrouve sous-financée, limitant leur capacité à investir, innover et se développer.

Pourquoi un tel déséquilibre? La réponse tient en grande partie à la perception du risque. Les PME présentent souvent des profils jugés plus incertains : taille réduite, gouvernance parfois fragile, manque de garanties, information financière limitée. Autant de facteurs qui incitent les banques à la prudence.

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À l’inverse, les grandes entreprises offrent des garanties solides, une meilleure visibilité financière et une capacité de remboursement plus prévisible. Elles captent ainsi l’essentiel des flux de crédit. Ce biais structurel oriente le financement vers des activités établies, au détriment de l’innovation et de la diversification économique.

Un marché des capitaux encore sous-exploité

Face à ces limites, le développement des marchés de capitaux pourrait constituer une alternative. Mais là encore, les marges de progression restent importantes. La Bourse de Casablanca affiche une capitalisation en hausse, passée de 41 % du PIB en 2022 à 48 % en 2024, avec 77 entreprises cotées. Un signe de dynamisme, mais qui reste insuffisant pour irriguer l’ensemble du tissu économique.

Surtout, le marché obligataire privé demeure peu développé. Les émissions d’obligations de sociétés restent limitées, et les investisseurs institutionnels – fonds de pension, assurances – adoptent une posture prudente. Cette configuration prive les entreprises, notamment les PME, de sources de financement alternatives au crédit bancaire. Ce déficit de financement a des conséquences directes sur l’investissement privé.

Faute d’accès au crédit, les PME limitent leurs projets, retardent leurs investissements et peinent à monter en gamme. Leur capacité à intégrer des chaînes de valeur, à exporter ou à innover s’en trouve réduite. Ce phénomène alimente un cercle vicieux : des entreprises peu financées restent peu productives, ce qui renforce leur perception de risque… et limite encore davantage leur accès au crédit.

Auteur: Adama Sylla
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