En juin 2026, 87 % des prêts signés étaient non concessionnels, c’est-à-dire contractés à des conditions proches de celles du marché, avec des taux d’intérêt plus élevés et des échéances moins favorables.
Avec un encours de dette publique de 15 607 milliards de Fcfa au 30 juin 2026, le Cameroun reste classé parmi les pays présentant un risque élevé de surendettement extérieur, selon la dernière note de conjoncture publiée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Si le pays a été reclassé dans la catégorie des États à « capacité de remboursement moyenne », cette amélioration ne modifie pas le diagnostic de fond : la structure des nouveaux emprunts. En juin 2026, 87 % des nouveaux prêts signés étaient non concessionnels, c’est-à-dire contractés à des conditions proches de celles du marché, avec des taux d’intérêt plus élevés et des échéances moins favorables. À l’inverse, les financements concessionnels, habituellement privilégiés pour leur faible coût, deviennent plus difficiles d’accès.
Cette évolution se traduit déjà sur les marchés internationaux. L’euro-obligation émise par le Cameroun en janvier 2026 a été placée avec un coupon de 8,875 %, un niveau qui reflète la prime de risque exigée par les investisseurs. Plus la perception du risque souverain augmente, plus les prêteurs réclament une rémunération élevée, renchérissant mécaniquement le coût de la dette.
Pour l’économiste Louis-Marie Kakdeu, cette situation traduit une « fenêtre de vulnérabilité » si les tendances actuelles ne sont pas corrigées. Il relève notamment la progression des emprunts non concessionnels, l’augmentation des restes à payer et l’existence de passifs publics encore insuffisamment intégrés dans les statistiques officielles. Les chiffres de la CAA montrent également que le poids du remboursement demeure important. Au premier semestre 2026, 85,8 % du service de la dette ont été consacrés au remboursement du principal, réduisant les marges budgétaires de l’État. Dans le même temps, le taux d’exécution des décaissements extérieurs n’atteignait que 36,2 % des prévisions de la loi de finances.Selon Louis-Marie Kakdeu, la conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international constitue désormais un enjeu stratégique. Au-delà des financements directs, le FMI joue un rôle de « sceau de qualité » auprès des investisseurs et des autres bailleurs internationaux. L’absence d’accord pourrait entraîner une hausse supplémentaire des coûts d’emprunt, une raréfaction des financements concessionnels et une dépendance accrue aux marchés financiers.Pour les finances publiques, chaque hausse des taux d’intérêt accroît les charges financières de l’État, réduit les ressources disponibles pour l’investissement public et limite les capacités de financement de l’économie. Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, la maîtrise du coût de l’endettement est l’un des principaux défis macroéconomiques du Cameroun pour les prochaines années.
Benjamin AVA
Auteur: Diapason Media Group Diapason Media Group
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