Par Hédi Abdel-Jaouad – Fatma Kilani mérite largement les éloges que lui ont adressés les internautes — et bien davantage encore.
J’en suis à ma troisième édition du festival Gabès Cinéma Fen, et la magie opère toujours. Voir converger vers Gabès des artistes venus des quatre coins du monde, des noms de renommée internationale (Oliver Laxe, Nicolas Wadimoff et bien d’autres du même calibre) côtoyant la scène tunisienne (Kaouther Ben Hnia, Hend Sabri, Dhafer Abdine et d’autres), voir ma ville natale — celle que je crois connaître mieux que quiconque — se transformer en cette scène vivante et cosmopolite, tient du prodige. Ce rêve est devenu réalité grâce aux frères Lassâad et Rafik Kilani, enfants de la ville, dont l’engagement fondateur est indissociable de l’aventure. Mais le festival doit aussi une part essentielle de son éclat à une femme qui a fait de Gabès sa ville d’adoption: Fatma Kilani.
C’est presque un miracle — et elle en est le cœur. Source de beauté, de générosité et d’inspiration, elle a fait de Gabès un événement dont tout le monde parle. Je ne connais personne d’autre qui ait suscité un tel retentissement dans cette ville, pas même — et c’est tout dire — le légendaire passage du Cirque Amar, dont j’entendais parler enfant sans que personne ne puisse confirmer avec certitude s’il avait vraiment eu lieu ou non.
Voir Gabès vibrer au rythme des sons et des images, sur plusieurs scènes simultanées et dans des formes artistiques multiples — car c’est là la singularité et la force de ce festival, qui dépasse largement le seul cinéma pour embrasser d’autres expressions artistiques — est une expérience à la fois bouleversante et inédite. Conduire avec habileté et discernement un festival international dans le sud tunisien et dans une ville sinistrée, et le renouveler chaque année avec succès, est un pari risqué que certains qualifieraient d’inconscient. Fatma Kilani le relève pourtant à chaque édition — la huitième vient de s’achever.
Ce qui la distingue tient à une conjonction rare de qualités. Son sens aigu de la beauté et de l’esthétique, reconnu et admiré par tous les artistes qui la côtoient, nourrit chacun de ses choix de programmation. Passionnée d’art, elle dirige La Boîte, qu’elle a fondée en 2007: un espace dédié à l’innovation artistique, à la recherche et à l’expérimentation. Elle assure également la direction de la galerie La Chapelle sur le campus de l’HEC. À cette sensibilité artistique s’ajoute une remarquable capacité d’organisation et de management, forgée au fil d’une longue carrière d’enseignante-chercheuse en marketing à l’IHEC Carthage.
Elle possède en outre ce don rare de l’ubiquité : présente à toutes les manifestations du matin jusqu’au soir, animant un débat ici, participant à une réunion là, toujours avec le sourire, la politesse et cette élégance naturelle qui la définissent. Fatma Kilani est de ces personnes rares qui donnent vie aux choses — et qui font renaître les villes.
Avec ce festival, Gabès connaît un véritable renouveau. On espère que d’autres, et surtout les jeunes, sauront s’inspirer de son exemple et poursuivre cette œuvre, nous rendant la conviction que Gabès peut connaître de meilleurs jours.
De tout cœur: bravo et merci, Fatma Kilani.
Hédi Abdel-Jaouad
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