La Cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, a prononcé, ce mardi, au Centre international de conférences Kenyatta, dans la capitale kényane Nairobi, l’allocution de la Tunisie lors de la séance plénière consacrée à la paix et à la sécurité, à l’occasion de l’ouverture des travaux du sommet Afrique-France « Africa Forward ».
Au début de son intervention, la Cheffe du gouvernement a transmis les salutations du président de la République tunisienne, Kaïs Saïed, au président de la République du Kenya, William Ruto, ainsi qu’au président de la République française, Emmanuel Macron, et ses vœux sincères de succès pour ce sommet, selon un communiqué de la Présidence du gouvernement.
Elle a affirmé que ce sommet se tient dans un contexte mondial d’une grande précision et complexité, marqué par l’enchevêtrement des crises, une escalade sans précédent des conflits armés, l’aggravation des crises humanitaires et la montée de l’instabilité et de l’incertitude, sur fond de bouleversements géopolitiques rapides et inédits, de profondes transformations dans les rapports de force internationaux et de l’émergence de tendances protectionnistes menaçant les fondements de la coopération internationale.
Elle a ajouté que l’élément le plus grave de ce contexte réside dans le recul de la confiance dans l’ordre international, en raison de la sélectivité croissante et du double standard dans l’application du droit international, ainsi que du silence de la communauté internationale face aux violations flagrantes de ce droit. « Alors que les souffrances des peuples s’aggravent en raison des violations graves du droit international humanitaire, la communauté internationale demeure incapable d’adopter des positions fermes pour mettre fin à ces tragédies, ce qui menace les fondements de la légitimité internationale et en sape la crédibilité », a-t-elle déclaré.
La Cheffe du gouvernement a souligné que la Tunisie reste attachée au respect du droit international et croit que la paix ne peut être bâtie sur des rapports de force déséquilibrés, ni sur une application sélective des dispositions du droit international, mais sur les principes de justice et d’équité, le respect de la souveraineté des États et de l’indépendance de leurs décisions, ainsi que la garantie des droits des peuples, au premier rang desquels figure le droit à l’autodétermination.
Dans cette perspective, elle a réaffirmé l’attachement de la Tunisie au rôle central de l’Organisation des Nations unies, aux principes et fondements sur lesquels elle a été créée, ainsi qu’aux principes de la Charte des Nations unies, cette organisation demeurant le refuge de la légitimité internationale et de la coexistence pacifique entre les peuples. Elle a, dans le même temps, souligné que la réforme du système multilatéral est devenue une nécessité urgente, imposée par l’ampleur des profondes mutations que connaît le monde.
La Cheffe du gouvernement a également réitéré l’appel de la Tunisie à accélérer la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, afin qu’il reflète les changements actuels de l’ordre international, ainsi qu’à restructurer le système financier mondial pour le rendre plus juste, plus équitable et plus inclusif, de manière à répondre aux besoins des pays en développement et à combler le déficit de financement du développement. Elle a insisté, à cet égard, sur le respect des engagements internationaux, notamment ceux issus de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement tenue à Séville en juillet 2025, ainsi que de la Conférence des Parties tripartite organisée à Belém en novembre 2025. Elle a aussi appelé au renforcement des mécanismes d’action internationale commune pour faire face aux crises émergentes, ainsi qu’à l’annulation, l’allègement ou le rééchelonnement des dettes des pays pauvres, compte tenu de la hausse excessive du service de la dette, comme l’avait appelé de ses vœux le président de la République, Kaïs Saïed, lors de sa participation au Sommet sur le financement des économies africaines, tenu à Paris en mai 2021.
La Cheffe du gouvernement a estimé qu’il n’est pas possible d’évoquer le financement du développement sans aborder la question de la restitution des avoirs spoliés, qui constitue un droit souverain des peuples auquel il ne saurait être renoncé. Elle a appelé à la mise en place d’un cadre international efficace et contraignant permettant d’accélérer la récupération de ces fonds, considérant qu’ils ne sont pas de simples chiffres inscrits sur des comptes bancaires, mais une garantie pour l’avenir des générations et pour leurs ressources nationales. Elle a souligné que toutes ces questions interdépendantes ne peuvent être dissociées de la réalisation de la paix, de la sécurité et de la stabilité.
Elle a réaffirmé l’attachement de la Tunisie au principe des « solutions africaines aux défis africains », à condition que celui-ci s’accompagne d’un soutien international réel et durable, notamment aux opérations de soutien à la paix conduites par l’Union africaine, afin d’en garantir l’efficacité et la continuité. Dans ce contexte, elle a ajouté que les défis auxquels l’Afrique est confrontée ne peuvent être réduits à leur seule dimension militaire ou sécuritaire, ni être traités indépendamment de leurs causes profondes, liées à la marginalisation, à la pauvreté et à la fragilité, qui engendrent des crises économiques et sociales ainsi que des phénomènes de violence, d’extrémisme, de terrorisme et de traite des êtres humains.
Elle a souligné, à cet égard, que la réalisation de la paix et de la sécurité internationales est étroitement liée à l’adoption d’une nouvelle approche globale, intégrée et multidimensionnelle, fondée sur l’élaboration de solutions innovantes qui dépassent les méthodes traditionnelles et s’attaquent aux causes de ces situations difficiles et anormales que connaissent les pays africains, malgré leurs importantes richesses et ressources naturelles. Ces solutions doivent renforcer les fondements de la stabilité et placer l’investissement dans l’être humain au cœur des processus de développement et de sécurité.
La Cheffe du gouvernement a considéré que les défis auxquels le monde fait face aujourd’hui dépassent, par leur nature, les frontières nationales, ce qui fait des partenariats internationaux une nécessité stratégique et non un choix tactique. Elle a insisté sur le fait que ces partenariats doivent reposer sur de nouvelles bases, capables de répondre aux mutations en cours et aux aspirations des peuples du continent africain à une croissance accompagnée d’une amélioration de la qualité de vie.
Elle a appelé à passer des modèles traditionnels de coopération à de véritables partenariats équilibrés, fondés sur l’égalité, le respect mutuel, la confiance, la responsabilité et les intérêts communs, en adéquation avec les transformations mondiales. Elle a ajouté qu’il n’est plus acceptable que l’Afrique demeure aujourd’hui un simple espace d’interventions ou un terrain de rivalités, mais qu’elle doit être un partenaire à part entière dans la définition des intérêts mutuels et la prise de décision, à travers la valorisation de ses capacités propres et le respect de l’indépendance de ses choix de développement. Ce sont là, a-t-elle rappelé, les principes exprimés par la Tunisie lors du sommet européen tenu à Luanda les 24 et 25 novembre 2025.
La Cheffe du gouvernement a affirmé que la Tunisie, fière de son appartenance africaine, arabe et méditerranéenne, croit en son rôle actif pour assurer la liaison entre les pays africains, les pays européens et le reste du monde. Elle a également souligné que la réalisation du développement au niveau national demeure liée à une solidarité internationale plus profonde, répondant aux exigences d’un progrès juste et équilibré.
Dans ce cadre, elle a insisté sur le fait que la Tunisie poursuit la construction de partenariats de long terme au cœur du continent africain, fondés sur l’investissement conjoint et le transfert d’expertises dans plusieurs secteurs, notamment le bâtiment et les travaux publics, ainsi que l’exportation de services à forte valeur ajoutée dans la santé, l’éducation et les technologies de l’information. Elle a relevé que la Tunisie dispose, dans ces domaines, de compétences qualifiées, capables de rivaliser à l’échelle mondiale et de créer de la valeur ajoutée, tout en ayant accumulé une expérience significative.
Dans ce contexte, la Cheffe du gouvernement a exprimé le souhait de la Tunisie de voir une participation dense et constructive au Forum de l’investissement en Tunisie, qui se tiendra les 25 et 26 juin 2026. Elle a souligné que la Tunisie constitue une destination de premier plan pour l’investissement aux niveaux africain et international, offrant un climat incitatif aux investisseurs locaux et étrangers. De grands projets dans des secteurs vitaux y seront présentés, notamment les énergies renouvelables, les technologies numériques, les industries mécaniques et électriques, ainsi que le bâtiment et les travaux publics. Elle a exprimé l’espoir de voir émerger, à cette occasion, des partenariats fructueux.
La Cheffe du gouvernement a estimé que le monde se trouve aujourd’hui à un véritable carrefour : soit il poursuit la logique de la sélectivité, de l’hégémonie et de l’indifférence à l’égard du droit international, ce qui conduira inévitablement au chaos et à l’effondrement ; soit il s’engage dans un processus de réforme sérieux, menant à un nouvel ordre international plus juste, plus équitable et plus équilibré, selon une approche nouvelle et innovante qui respecte la souveraineté nationale des États, leurs choix et la volonté de leurs peuples.
Elle a indiqué que c’est ce choix que défend la Tunisie, conformément aux orientations du président de la République, Kaïs Saïed, et qu’elle considère comme une condition fondamentale pour garantir la paix et la sécurité internationales. La situation internationale actuelle, a-t-elle ajouté, appelle à changer la méthodologie de l’action collective, en passant de la simple annonce de recommandations à la mise en œuvre de décisions exigeant des réformes profondes et audacieuses du modèle de partenariat entre les pays du Sud et du Nord, ainsi que du financement du développement, afin de consolider les bases de la stabilité, de la paix et de la sécurité en Afrique et dans le reste du monde. Elle a rappelé que la sécurité et le développement sont deux éléments indissociables et que la stabilité mondiale recherchée ne peut être réalisée tant que subsiste un déséquilibre en matière de justice et d’équité, et tant que des peuples restent privés des conditions les plus élémentaires d’une vie digne.
En conclusion, la Cheffe du gouvernement a exprimé l’espoir que les travaux de ce sommet aboutissent à des résultats concrets répondant aux aspirations des peuples du continent africain au progrès, à la prospérité et à la construction d’un avenir meilleur.
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Auteur: hamza ben khelifa
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