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Je m’appelle Amira. Ce n’est pas mon vrai prénom. J’ai 28 ans, je suis originaire de Gafsa et je vis à Lausanne depuis plusieurs années.
Quand je regarde mon parcours aujourd’hui, beaucoup de personnes considèrent que j’ai réussi. Je comprends pourquoi : je travaille dans une entreprise suisse de technologies médicales, je gagne bien ma vie, je peux aider mes parents en Tunisie et je n’ai plus cette inquiétude permanente de la fin du mois qui accompagne tant de jeunes diplômés.
Pendant longtemps, j’ai cru que mon histoire confirmait une idée simple : lorsqu’on travaille dur, que l’on obtient un diplôme prestigieux et que l’on développe des compétences recherchées, les portes finissent par s’ouvrir.
Aujourd’hui, je ne suis plus aussi certaine. Non pas parce que ma vie est devenue difficile, au contraire, mais parce que je vois autour de moi des ingénieurs brillants, parfois plus talentueux que moi, repartir sans contrat, sans perspective claire, avec le sentiment injuste d’avoir échoué.
La Suisse a changé ma vie. Mais elle ne tient pas ses promesses à tout le monde.
Je suis arrivée à Lausanne avec une valise et beaucoup d’espoir
Quand j’ai quitté la Tunisie pour rejoindre l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne), j’avais l’impression de toucher un rêve que je poursuivais depuis plusieurs années. À Gafsa , cette école représentait l’excellence scientifique, l’ouverture internationale, la possibilité d’accéder à des laboratoires et à des entreprises dont les noms semblaient très loin de mon quotidien d’étudiante tunisienne.
Pour mes parents, mon admission était une immense fierté. Pour moi, c’était aussi une responsabilité. Partir en Suisse n’était pas un simple changement d’université : c’était un investissement financier important pour ma famille. Chaque billet d’avion, chaque mois de loyer, chaque dépense devait être justifié par une forme de réussite future.
Je me souviens de mon arrivée à Lausanne. Tout me semblait plus organisé, plus calme, plus beau aussi, entre le lac et les montagnes. Mais j’ai découvert très vite une autre réalité : ici, tout coûte cher, très cher, et la réussite académique ne suffit pas à elle seule. Il faut aussi apprendre à gérer un budget, à vivre loin des siens et à supporter cette solitude discrète que connaissent beaucoup d’étudiants étrangers.
Derrière les photos, il y avait aussi des moments de doute
Quand ma famille regardait les photos que j’envoyais, elle voyait une jeune étudiante heureuse devant le lac Léman ou dans les bâtiments modernes de l’EPFL. Ces photos n’étaient pas fausses, mais elles ne racontaient pas tout. Elles ne montraient pas les soirées passées à douter de moi-même, ni les nuits où je me demandais si j’étais réellement à ma place parmi des étudiants venus du monde entier.
À l’EPFL, le niveau est extrêmement élevé. En Tunisie, j’avais souvent été parmi les meilleures. À Lausanne, j’étais entourée de personnes qui avaient toutes été parmi les meilleures dans leur pays. Cette réalité oblige à devenir humble très rapidement.
Je travaillais énormément, non parce qu’on me l’imposait, mais parce que je savais ce que représentait cette opportunité. Je ne voulais pas décevoir mes parents. Je ne voulais pas non plus décevoir la jeune fille que j’étais quelques années plus tôt, celle qui rêvait de rejoindre cette école.
Le stage qui a changé ma vie
Avec le recul, je pense que mon avenir s’est joué pendant mon stage de fin d’études. J’ai intégré une entreprise spécialisée dans les technologies médicales, où je travaillais sur des solutions d’intelligence artificielle appliquées à l’analyse de données de santé. Pour la première fois, je voyais l’impact concret de ce que j’avais appris : je n’étais plus seulement dans les algorithmes ou les modèles mathématiques, je participais à des projets susceptibles d’aider des médecins et des patients.
Cette expérience m’a passionnée, mais elle m’a aussi terrorisée. Je voulais être à la hauteur, alors je préparais chaque réunion avec un sérieux presque excessif, relisant mes présentations, vérifiant mes résultats encore et encore. Je savais que ce stage pouvait devenir une porte d’entrée vers le marché suisse.
Quelques semaines avant la fin de mon master, cette porte s’est ouverte. L’entreprise m’a proposé un contrat. Je me souviens encore de l’appel à mes parents : ma mère a pleuré, mon père est resté silencieux quelques secondes avant de me dire que tous les sacrifices n’avaient pas été faits pour rien. Je crois que je n’oublierai jamais cette phrase.
Oui, je gagne très bien ma vie
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Auteur: balkis T
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