• La leçon numéro 1
C’est pour moi la leçon essentielle, car elle revêt un caractère existentiel et consacre une vérité universelle qui s’applique à tous, en tout lieu et à toute époque.
En effet, elle vient confirmer, une nouvelle fois, que ce qu’Abou El Kacem Chebbi appelle « la volonté de vivre » finit, toujours, par triompher. Et l’Iran, qui a fortement et fermement prouvé « sa volonté de vivre » face à l’injuste et l’illégale guerre que le duo israélo-américain a déclenché contre lui le 28 février 2026, a, de nouveau, démontré au monde entier que les peuples qui tiennent vigoureusement à leur dignité et à leur liberté, qui refusent catégoriquement de se soumettre et de se courber, et qui sont prêts à faire tous les sacrifices pour défendre et préserver leur souveraineté et leur indépendance, finiront, toujours, par repousser la force brute de leurs agresseurs.
Bien qu’il soit, depuis près de cinq décennies, soumis à l’un des blocus les plus durs et à des sanctions, sans cesse, étendues et accrues, l’Iran a fait montre de cette « volonté de vivre » aussi bien tout au long des quarante jours de la guerre, que tout au long des deux mois de négociations qui ont suivi le cessez-le-feu du 8 avril 2026.
C’est ainsi qu’il a fait preuve, tout d’abord sur le plan militaire, de sa capacité inattendue et surprenante de riposter, avec vigueur, à ses deux puissants agresseurs, et de les dissuader au moyen d’une stratégie efficace et d’armes redoutables produites par les propres mains et le génie du peuple iranien ; puis, sur le plan politique et diplomatique, de son talent de négociateur habile et coriace qui a su défendre, avec endurance, ses droits et rejeter les exigences excessives que le duo israélo-américain voulait et continue à vouloir lui imposer, relativement à son programme nucléaire, à ses missiles balistiques ainsi qu’à son soutien aux groupes régionaux de la résistance.
Ce faisant, il n’est pas étonnant que le régime iranien que les Israéliens et les Américains voulaient, en le décapitant et en détruisant ses infrastructures militaires et civiles, faire tomber soit sorti de la guerre plus fort et plus enhardi…
• La leçon numéro 2
Le heurt inattendu des forces armées israéliennes et américaines avec l’héroïque riposte de l’Iran a constitué un véritable choc pour Israël et les États-Unis.
Cette riposte n’est pas un simple fait du hasard. Selon nombre d’experts militaires, elle est le fruit de plusieurs années de préparation, de renseignements précis ainsi que d’une connaissance profonde de Téhéran des faiblesses de ses deux agresseurs.
Par le développement de systèmes de frappe de précision capables de neutraliser leurs défenses sophistiquées et grâce à une stratégie d’usure qui les a mis à rude épreuve, Téhéran a pu contraindre les Israéliens et les Américains à cesser leurs frappes, et à reconsidérer leur stratégie et l’ensemble des objectifs qu’ils cherchaient à mettre en œuvre en Iran et dans la région…
Parallèlement, et tout en intensifiant ses attaques de missiles et de drones contre les bases américaines dans la région, ainsi que contre des cibles militaires et civiles en Israël et des infrastructures pétrolières et gazières des pays voisins du Golfe, l’Iran a su, en procédant à la fermeture du détroit d’Ormuz, se doter d’un moyen de pression éminemment plus puissant et plus dissuasif qui a renforcé sa position stratégique et donné une dimension plus large à l’envergure de sa riposte à l’agression israélo-américaine
C’est pourquoi l’on peut dire, sans risque de se tromper, que la robustesse de la riposte iranienne marque le début de la fin du mythe de l’invincibilité de forces armées américaines et israéliennes.
A Israël et aux États-Unis, désormais, de tirer toutes les conséquences de leur guerre contre l’Iran qui, faut-il le rappeler, pose d’évidents problèmes au regard du droit international, d’autant plus qu’elle a été déclenchée, pour la seconde fois, au milieu d’un cycle de négociations, ce qui met à nu le discrédit américain et plus largement occidental bien que les alliés les plus proches de Washington, c’est-à-dire les pays européens, se soient, d’après leurs dires, abstenus de participer aux opérations et aient exclu tout déploiement militaire dans la région…
De même, Israël et les États-Unis doivent relire les nouveaux équilibres militaires dans le Golfe, au Moyen-Orient, et même ailleurs dans le monde, puisque le conflit a, semble-t-il, dangereusement épuisé l’arsenal américain.
• La leçon numéro 3
En riposte au crime de l’assassinat, par les États-Unis et Israël, de son guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei et d’un grand nombre de ses dirigeants politiques et militaires, ainsi qu’au crime de la destruction de ses infrastructures civiles et stratégiques, l’Iran a mis à exécution ses menaces de fermer le détroit d’Ormuz et de frapper l’ensemble des infrastructures d’Israël et des pays voisins de la région impliqués, directement ou indirectement, dans le conflit…
C’est ainsi que les pays du Golfe se sont vus confrontés à un pénible dilemme : d’un côté – et parce qu’ils sont les alliés des États-Unis et qu’ils abritent leurs bases-, ils se sont trouvés entraînés dans une guerre qui n’est pas la leur ; et de l’autre, ils ont constaté, avec désarroi, que leur allié américain avec qui ils ont signé des accords de défense s’est abstenu, par manque de volonté ou par incapacité, de leur apporter sa protection et d’assurer leur sécurité.
Face à ce constat, et dans la crainte d’une catastrophe économique si la guerre perdure et le blocage du détroit d’Ormuz se poursuit, les pays du Golfe ont «fait pression» sur les États-Unis pour qu’ils évitent l’escalade et mettent fin, le plus rapidement possible, au conflit.
Parallèlement, ils ont commencé à faire entendre qu’ils envisagent, sérieusement, de se distancier, autant que possible, des Etats-Unis, car il est désormais évident que leur dépendance de l’allié américain constitue pour eux un dangereux handicap.
Sur un autre plan, et considérant que l’Iran est sorti de la guerre « gagnant », du moins en influence, ils semblent réaliser qu’il leur sera nécessaire de composer avec Téhéran, et ce, en adoptant un ton conciliant, d’une part, et d’autre part en manifestant leur disposition à contribuer au fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l’Iran, à la création duquel les Etats-Unis et leurs partenaires régionaux se sont engagés, en cas d’aboutissement des négociations en cours, à un accord définitif…
Toutefois, il est à signaler que les pays du Golfe qui n’ont pas pu, au moment des hostilités, former un front commun pour faire face aux frappes iraniennes, continuent à être divisés sur la manière de traiter avec l’Iran, à l’avenir.
Le fossé qui se creusait depuis plusieurs années entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis risque de croître davantage puisque Riyad perçoit Israël comme une force perturbatrice et une menace nécessitant un contrepoids régional, tandis qu’Abou Dhabi le considère comme le partenaire de sécurité le plus compétent et le plus fiable de la région.
• La leçon numéro 4
A la lecture du « protocole d’accord » signé entre Washington et Téhéran, nombreux sont les observateurs qui estiment d’ores et déjà que l’Iran est sorti vainqueur de la guerre. Et bien que cet accord soulève beaucoup de points d’interrogation, surtout au sujet des chances de réussite des négociations qu’il a mises en route, ils considèrent que l’Iran, en prenant le contrôle du détroit d’Ormuz, a pu renforcer sa position géopolitique, se doter d’un atout de taille dans les négociations, surtout en ce qui concerne son programme nucléaire, et de disposer d’un levier solide pour éviter une nouvelle attaque de Washington.
En revanche, le « protocole d’accord » qui, faut-il le souligner, reporte le règlement des différends de fond qui opposent les deux pays signataires, prouve que l’administration de l’extravagant président américain Donald Trump n’a eu d’autre choix que de l’accepter pour pouvoir rouvrir le détroit d’Ormuz.
A leurs yeux, ceci constitue un signe avant-coureur d’un changement de l’échiquier géopolitique de la région. Lequel changement se traduit par une double distanciation qui est en train de s’établir : la première entre Washington et Tel-Aviv dont la stratégie maximaliste ne rassure personne, y compris l’administration américaine, et la seconde entre les Etats-Unis et plusieurs pays du Golfe et du Moyen Orient qui se défient, de plus en plus, des garanties et des promesses de leur allié américain qui les a déçus par son incapacité ou son manque de volonté de les protéger.
La récente tournée du secrétaire d’État Marco Rubio dans la région est venue pour rassurer les alliés des Américains dans le Golfe et leur assurer que tout accord avec l’Iran tiendrait compte de leurs intérêts.
Mais saura-t-elle dissiper leur crainte que la paix durable que Washington cherche à instaurer avec l’Iran, leur adversaire de longue date, ne se fasse aux dépens de leurs intérêts et de leur sécurité ?
Mohamed Ibrahim Hsairi
Ancien ambassadeur
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