Nucléaire civil : pourquoi la Tunisie ne peut plus se contenter du silenceNucléaire civil : pourquoi la Tunisie ne peut plus se contenter du silence
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La Tunisie n’a pas encore décidé de construire une centrale nucléaire. Elle n’a annoncé ni site, ni budget, ni technologie, ni partenaire industriel.

Mais le sujet n’est plus totalement théorique. Une Commission nationale de l’énergie nucléaire existe, un programme-cadre 2025-2029 a été adopté, et les usages pacifiques du nucléaire sont désormais évoqués autour de l’électricité, du dessalement, de la recherche, de la radioprotection et de la formation.

La vraie question n’est donc pas de savoir si la Tunisie doit construire une centrale demain matin. Elle est plus stratégique : le pays peut-il encore se permettre de ne pas étudier sérieusement l’option nucléaire civile, alors que sa dépendance énergétique s’aggrave, que son système électrique reste dominé par le gaz naturel et que le stress hydrique impose des solutions de dessalement de plus en plus énergivores ?

Le constat : une dépendance énergétique devenue structurelle

Le débat nucléaire ne peut pas être posé dans l’abstrait. Il doit partir d’un constat chiffré : la Tunisie est entrée dans une phase de dépendance énergétique structurelle.

En 2025, le déficit d’énergie primaire a atteint 6,3 millions de tonnes équivalent pétrole, soit une hausse de 18% par rapport à 2024, selon les données de l’Observatoire national de l’énergie et des mines reprises par La Presse. Le taux d’indépendance énergétique est tombé à 35%, contre 41% en 2024. Sans la redevance du gaz algérien, ce taux descendrait à 27%.

Le coût extérieur est tout aussi parlant. Le déficit de la balance commerciale énergétique s’est établi autour de 11 milliards de dinars en 2025, contre environ 10,7 à 10,9 milliards de dinars en 2024 selon les sources, avec un taux de couverture des importations par les exportations limité à 17%. Ces chiffres placent l’énergie au cœur des fragilités macroéconomiques du pays.

Indicateur cléNiveau récentLecture stratégique
Déficit d’énergie primaire6,3 Mtep en 2025Le pays consomme beaucoup plus d’énergie qu’il n’en produit
Hausse du déficit énergétique+18% par rapport à 2024La tendance s’aggrave
Taux d’indépendance énergétique35% en 2025La Tunisie dépend majoritairement de l’extérieur
Taux hors redevance gazière27%La vulnérabilité réelle est sérieuse
Déficit commercial énergétiqueEnviron 11 milliards de dinarsImpact direct sur la balance commerciale
Taux de couverture énergétique17%Les exportations couvrent une faible part des importations

Ces chiffres changent la nature du débat. Il ne s’agit pas de savoir si le nucléaire est séduisant sur le papier. Il s’agit de savoir si la Tunisie peut continuer à gérer son électricité, son eau et sa souveraineté énergétique avec un mix aussi dépendant des hydrocarbures importés.

Le verrou : un système électrique dominé par le gaz

Le problème tunisien est d’abord électrique. Le gaz naturel reste la base du système de production. En 2024, lors du débat parlementaire sur le projet Elmed, la ministre de l’Économie avait rappelé que le gaz naturel représentait 97% de la consommation dans le secteur de l’électricité, et que les ressources nationales en gaz ne couvraient qu’environ un tiers des besoins, le reste étant importé d’Algérie.

Le secteur électrique est donc le principal consommateur de gaz. En 2025, la demande totale de gaz naturel a atteint environ 4 886 ktep, en hausse de 10%, et la demande liée à la production d’électricité représentait près de 74% de la demande nationale en gaz naturel.

Réalité du système électriqueConséquence pour la Tunisie
Forte domination du gaz naturelDépendance aux approvisionnements extérieurs
Ressources nationales insuffisantesImportations structurelles, notamment depuis l’Algérie
Production électrique très concentréeVulnérabilité en cas de choc de prix ou de disponibilité
Renouvelables encore insuffisantsBesoin d’accélérer solaire, éolien, stockage et réseau
Demande électrique appelée à croîtrePression future liée à la climatisation, à l’industrie et au dessalement

Dans ce contexte, le nucléaire civil apparaît comme une option de long terme parce qu’il produit une électricité stable, pilotable et faiblement carbonée en phase d’exploitation.

Mais il ne peut pas être présenté comme une réponse immédiate. Même en cas de décision politique rapide, l’horizon réaliste serait très éloigné.

Le coût : l’argument qui change tout

Le nucléaire civil a un avantage majeur : il peut produire de grandes quantités d’électricité de manière continue. Contrairement au solaire et à l’éolien, il ne dépend pas directement de la météo. Il peut donc contribuer à sécuriser une base de production électrique stable.

Mais cet avantage a un prix. Une centrale nucléaire conventionnelle de l’ordre de 1 000 MW peut représenter aujourd’hui un investissement de plusieurs milliards de dollars. Les ordres de grandeur varient selon les pays, les technologies, les normes de sûreté, le financement et l’expérience industrielle.

Aux États-Unis, une analyse technique récente estime le coût des prochaines unités AP1000 dans une fourchette de 8 300 à 10 375 dollars par kW, ce qui place une unité d’environ 1 000 MW dans un ordre de grandeur proche de 8 à 10 milliards de dollars, hors risques spécifiques de dépassement.

La comparaison avec l’économie tunisienne est essentielle. Le PIB tunisien était d’environ 51,3 milliards de dollars en 2024, selon la Banque mondiale.

Une seule grande centrale pourrait donc représenter l’équivalent de 15 à 25% du PIB annuel, selon le coût final et le modèle de financement.

HypothèseOrdre de grandeurCe que cela signifie
Centrale conventionnelle d’environ 1 000 MW8 à 12 milliards de dollarsInvestissement colossal pour la Tunisie
PIB tunisien 202451,3 milliards de dollarsUne centrale pèserait lourd par rapport à l’économie
Déficit commercial énergétique 2025Environ 11 milliards de dinarsLe nucléaire doit être comparé au coût annuel de la dépendance
Horizon probable pour un premier projet tunisien2040-2045Aucun effet immédiat sur la crise actuelle

C’est pourquoi le nucléaire doit être étudié avec rigueur.

Mal préparé, il peut devenir un fardeau financier. Bien préparé, il peut devenir un outil de souveraineté énergétique.

La différence dépend de la qualité de la gouvernance, du financement, du choix technologique, du partenaire retenu et de la continuité de l’État.

Le précédent Barakah : une réussite arabe, mais dans des conditions exceptionnelles

Le cas des Émirats arabes unis mérite une attention particulière. Barakah est le premier grand programme nucléaire civil commercial du monde arabe. Le pays a choisi un consortium sud-coréen mené par KEPCO pour construire quatre réacteurs APR-1400, pour une capacité totale de 5,6 GW.

Le contrat initial, attribué en 2009, portait sur environ 20 milliards de dollars. Le coût total a ensuite été révisé, avec des estimations allant jusqu’à 32 milliards de dollars selon les sources spécialisées.

La centrale de Barakah est aujourd’hui pleinement opérationnelle. Les quatre réacteurs produisent environ 40 TWh par an, soit près de 25% des besoins électriques des Émirats arabes unis, selon l’Emirates Nuclear Energy Company. La quatrième unité est entrée en exploitation commerciale en septembre 2024, marquant l’achèvement du programme.

Barakah, Émirats arabes unisDonnée clé
Décision et contrat principal2009
Début de construction2012
Première unité en service commercial2021
Quatrième unité en service commercial2024
Capacité totale5,6 GW
Production annuelleEnviron 40 TWh
Part des besoins électriques du paysEnviron 25%
TechnologieAPR-1400 sud-coréen
Coût estimé20 à 32 milliards de dollars selon les phases et sources

La leçon de Barakah est double. D’un côté, un pays arabe primo-entrant peut réussir un programme nucléaire civil s’il dispose d’une vision de long terme, d’un financement solide, d’un partenaire industriel expérimenté et d’un dialogue étroit avec l’AIEA.

De l’autre, même dans un pays disposant de moyens financiers considérables, le programme a demandé environ quinze ans entre la décision initiale et la pleine exploitation commerciale.

Ce point est essentiel pour la Tunisie. Barakah a été réalisé dans des conditions exceptionnelles : moyens financiers très importants, stabilité politique, continuité stratégique de l’État, capacité à mobiliser des partenaires internationaux et à tenir un cap pendant plus d’une décennie.

La Tunisie ne peut donc pas transposer mécaniquement le calendrier émirien. Pour un pays aux finances publiques plus contraintes et à l’instabilité institutionnelle plus marquée, un horizon de 18 à 22 ans paraît plus prudent qu’un scénario théorique de 14 ou 15 ans.

La taille du réseau : le chiffre qui complique les grands réacteurs

La question n’est pas seulement financière. Elle est aussi technique. Le réseau électrique tunisien est de taille moyenne. La STEG indique qu’une pointe maximale de 4 888 MW a été enregistrée le 14 août 2024 à 15h41.

Un seul réacteur de type APR-1400, comparable à ceux de Barakah, représente environ 1 400 MW. Cela équivaut à près de 29% de la pointe nationale tunisienne. Un tel poids dans le système électrique poserait des questions majeures de stabilité, de réserve, de flexibilité et de sécurité d’exploitation.

Cet élément renforce l’intérêt théorique des petits réacteurs modulaires, ou SMR, pour un pays comme la Tunisie. Une puissance plus faible serait plus facile à intégrer progressivement. Mais cet argument technique ne suffit pas : les SMR doivent encore démontrer leur viabilité économique et industrielle.

Les SMR : une piste intéressante, pas une baguette magique

Les petits réacteurs modulaires sont souvent présentés comme une solution plus adaptée aux pays dont les réseaux électriques sont de taille moyenne. En théorie, ils pourraient offrir plusieurs avantages : puissance plus faible, modularité, construction plus standardisée, intégration plus progressive au réseau, et possibilité d’alimenter des usages spécifiques comme le dessalement ou des zones industrielles.

Pour la Tunisie, cette piste mérite d’être étudiée. Une grande centrale classique pourrait poser des problèmes d’intégration si elle représente une part trop importante de la capacité électrique nationale. Un SMR, en revanche, pourrait sembler mieux dimensionné.

Mais la prudence est indispensable. Le projet phare de NuScale dans l’Idaho, aux États-Unis, a été annulé en novembre 2023 après la hausse des coûts et l’insuffisance des engagements d’achat d’électricité. World Nuclear News a rapporté que NuScale et UAMPS avaient mis fin au Carbon Free Power Project, qui devait initialement être mis en service vers 2029.

Selon l’IEEFA, les coûts du projet ont fortement augmenté, avec un prix cible de l’électricité relevé de 55 dollars/MWh à 89 dollars/MWh en janvier 2023. Cette expérience montre que les SMR ne sont pas encore une solution économique évidente.

Option technologiqueAvantage possiblePoint de vigilance
Grande centrale conventionnelleForte production stableCoût très élevé, délais longs, intégration au réseau
SMRTaille potentiellement plus adaptée, modularitéTechnologie encore immature commercialement, coûts incertains
Réacteur de rechercheFormation, recherche, applications médicales et industriellesNe produit pas d’électricité commerciale
Nucléaire couplé au dessalementRéponse croisée énergie-eauNécessite des études économiques et environnementales solides

Les SMR ne doivent donc pas être vendus comme une solution miracle. Ils peuvent devenir pertinents, mais ils doivent encore prouver leur viabilité économique à grande échelle.

La région avance : la Tunisie ne réfléchit pas dans le vide

La Tunisie ne réfléchit pas dans le vide. Autour d’elle, plusieurs pays arabes et africains ont déjà avancé dans le nucléaire civil, à des degrés très différents.

L’Égypte construit actuellement la centrale d’El Dabaa avec Rosatom. Le projet prévoit quatre réacteurs VVER-1200, pour une capacité totale de 4 800 MW. Il est généralement présenté comme le programme nucléaire civil le plus avancé d’Afrique du Nord.

L’Algérie dispose déjà de deux réacteurs de recherche, non destinés à produire de l’électricité commerciale, mais utiles pour la formation, la recherche et les applications scientifiques. L’Algérie a également signé en 2024 un mémorandum de coopération avec Rosatom dans le domaine des usages pacifiques de l’énergie nucléaire.

Le Maroc, de son côté, affiche un intérêt croissant pour l’atome civil, notamment pour les SMR et le dessalement. La question nucléaire y est encore exploratoire, mais elle est déjà articulée à une réflexion énergétique et hydrique.

PaysNiveau d’avancementConstation
Émirats arabes unisCentrale Barakah pleinement opérationnelleCas arabe le plus abouti
ÉgypteCentrale El Dabaa en construction avec RosatomPassage à l’échelle industrielle
AlgérieDeux réacteurs de recherche et coopération avec RosatomBase scientifique déjà existante
MarocIntérêt croissant pour l’atome civil et les SMRRéflexion stratégique en cours
TunisieCommission nationale et programme-cadre 2025-2029Phase préparatoire, sans projet industriel annoncé

Ce contexte régional est important. La Tunisie n’est pas en avance. Elle se situe plutôt dans une phase de réflexion institutionnelle.

Cela ne veut pas dire qu’elle doit se précipiter. Mais cela signifie qu’elle ne peut pas se contenter d’un débat intermittent, discret ou purement technique.

L’eau : deuxième raison de poser le débat

L’intérêt du nucléaire pour la Tunisie ne se limite pas à l’électricité. Il touche aussi à l’eau. Le pays fait face à un stress hydrique durable.

Les ressources renouvelables sont estimées autour de 400 m³ par habitant et par an, très loin du seuil de stress hydrique de 1 000 m³. La disponibilité pourrait encore reculer dans les prochaines décennies.

Le dessalement devient donc une composante stratégique de la sécurité nationale. Mais dessaler l’eau de mer demande beaucoup d’énergie.

C’est ici que le nucléaire peut être étudié, non comme unique réponse, mais comme une option possible pour alimenter à long terme de grandes infrastructures énergivores.

Enjeu hydriqueLien avec l’énergie
Stress hydrique durableBesoin de nouvelles ressources non conventionnelles
Dessalement de l’eau de merForte consommation électrique
Croissance des besoins urbains et touristiquesBesoin d’une production stable
Stations de dessalement existantes et nouvellesNécessité de sécuriser l’approvisionnement électrique
Électricité bas carboneRéduction de la pression sur le gaz naturel

Pour la Tunisie, le nucléaire civil doit donc être pensé dans un triangle stratégique : électricité, eau, souveraineté.

Les options : nucléaire, renouvelables, stockage et Elmed

Le débat doit éviter une fausse opposition : nucléaire contre solaire. Pour la Tunisie, la priorité immédiate reste l’accélération des renouvelables, l’efficacité énergétique, le stockage, l’interconnexion électrique et la modernisation du réseau.

Dans cette perspective, le projet Elmed mérite une place centrale. Cette interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie doit relier les deux réseaux par un câble sous-marin à courant continu de 600 MW sur environ 200 km. La Banque mondiale a approuvé en 2023 un financement de 268,4 millions de dollars pour soutenir ce projet, présenté comme un moyen de connecter la Tunisie au marché européen de l’électricité et d’accélérer l’intégration des renouvelables.

Elmed ne remplace pas le nucléaire. Mais il constitue une alternative partielle pour renforcer la stabilité du réseau, diversifier les échanges, valoriser l’électricité renouvelable et intégrer la Tunisie dans un espace énergétique euro-méditerranéen. L’omettre du débat énergétique serait une erreur.

Priorité énergétiqueHorizonRôle stratégique
Solaire et éolienCourt et moyen termeRéduire rapidement la consommation de gaz
Efficacité énergétiqueCourt termeDiminuer la demande et les pertes
Modernisation du réseauCourt et moyen termeIntégrer davantage de renouvelables
StockageMoyen termeStabiliser le système électrique
ElmedMoyen termeConnecter la Tunisie au réseau européen et renforcer les échanges
Nucléaire civilLong termeProduire une électricité stable et pilotable
Dessalement bas carboneMoyen et long termeRépondre au stress hydrique

La Tunisie n’a donc pas besoin de choisir entre renouvelables, interconnexion et nucléaire. Elle doit d’abord construire une stratégie énergétique cohérente, hiérarchisée et réaliste.

Les obstacles : géopolitique, financement et continuité institutionnelle

Le nucléaire civil n’est jamais un simple achat industriel. Choisir un partenaire nucléaire, c’est entrer dans une relation de plusieurs décennies.

Le fournisseur ne vend pas seulement un réacteur. Il apporte une technologie, un modèle de financement, du combustible, de la maintenance, de la formation, des normes de sûreté et parfois une relation diplomatique de long terme.

Fournisseur potentielActeurs principauxForce principaleRisque ou limite
RussieRosatomOffre intégrée, financement, expérience exportDépendance géopolitique forte
ChineCNNC, CGNCapacité industrielle, coûts, financementDépendance stratégique et modèle export à évaluer
États-UnisWestinghouse, GE Hitachi, NuScale, HoltecTechnologie, sûreté, SMRCoûts, complexité politique et réglementaire
FranceEDF, Framatome, OranoExpertise historique, cycle du combustible, sûretéDélais et coûts des grands projets
Corée du SudKHNP, KEPCOExécution industrielle, expérience BarakahOffre moins intégrée que celle de Rosatom

Pour la Tunisie, le bon choix ne serait pas nécessairement le moins cher. Il devrait être celui qui minimise la dépendance, garantit la sûreté, assure le transfert de compétences, protège les finances publiques et respecte les intérêts diplomatiques du pays.

Mais l’obstacle le plus sensible est peut-être institutionnel. Un programme nucléaire ne se pilote pas sur cinq ans. Il engage l’État sur 30 à 40 ans, parfois davantage. Il exige une continuité administrative, réglementaire, budgétaire et diplomatique.

La décision : ouvrir le débat sans vendre l’illusion

L’Agence internationale de l’énergie atomique rappelle qu’un pays qui envisage sa première centrale nucléaire doit passer par une approche progressive en plusieurs étapes : étude de l’option, préparation des infrastructures, cadre réglementaire, sûreté, ressources humaines, financement, site, construction et exploitation. Même dans les scénarios les plus favorables, un pays primo-entrant a besoin de nombreuses années avant d’exploiter sa première centrale.

Pour la Tunisie, un calendrier réaliste doit être plus prudent qu’un simple copier-coller du précédent émirien. Si le débat était ouvert sérieusement en 2026, une première exploitation commerciale avant 2040 serait déjà ambitieuse.

Un horizon 2040-2045 paraît plus crédible si l’on tient compte des contraintes financières, institutionnelles et techniques du pays.

ÉtapePériode possible si la décision est prise maintenantCommentaire
Débat national et position officielle2026-2028Dire clairement si le nucléaire entre dans la stratégie énergétique
Études préliminaires2027-2029Besoins électriques, réseau, eau, sécurité, coûts
Cadre légal et autorité de sûreté2028-2031Étape indispensable
Choix de site et études environnementales2029-2032Sismicité, eau, réseau, acceptabilité
Choix du partenaire2031-2033Décision technique, financière et géopolitique
Contrat et financement2033-2035Engagement lourd pour l’État
Construction2035-2042Scénario maîtrisé, sans retard majeur
Mise en service2040-2045Horizon plus prudent pour un premier projet tunisien

La Tunisie n’a donc pas encore de projet nucléaire industriel. Elle a un cadre institutionnel, des compétences scientifiques, des coopérations internationales et un besoin stratégique croissant. C’est suffisant pour ouvrir le débat, mais insuffisant pour vendre une illusion.

Le pays doit poser les vraies questions : combien cela coûterait-il ? Qui financerait ? Quelle technologie choisir ? Quel partenaire retenir ? Quel site serait possible ? Quelle autorité de sûreté ? Quelle gestion des déchets ? Quelle place pour la STEG ? Quelle compatibilité avec le réseau ? Quelle articulation avec le solaire, l’éolien, Elmed, le stockage et le dessalement ? Quelle continuité de l’État sur plusieurs décennies ?

Le nucléaire civil ne mérite ni rejet réflexe, ni enthousiasme naïf. Il mérite une discussion nationale sérieuse. Dans un pays où le déficit énergétique dépasse 6 Mtep, où la facture commerciale énergétique tourne autour de 11 milliards de dinars, où le système électrique reste massivement dépendant du gaz et où l’eau devient un enjeu vital, le silence n’est plus une stratégie.

La Tunisie n’a pas à décider demain de construire une centrale. Mais elle doit décider si elle veut rester spectatrice d’un débat qui avance ailleurs, ou si elle veut préparer, avec lucidité, l’une des options possibles de sa souveraineté énergétique à l’horizon 2040-2045.

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Auteur: balkis T
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