La professeure Raja Bahri Yassine, spécialiste en civilisation espagnole, entamera ce mardi 7 juillet ses fonctions de présidente de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts, Beït al-Hikma, pour un mandat de cinq ans. Membre de l’Académie depuis 2012, elle a été élue à ce poste par ses pairs en mars dernier et son décret de nomination vient de paraître au Journal officiel, le 1er juillet courant. Elle succède dans sa nouvelle charge au professeur Mahmoud Ben Romdhane (2019 – 2026) qui a su donner à l’Institution, sur le même élan imprimé par le professeur Abdelmajid Charfi (2016 – 2019), un éclat particulier.
La professeure Bahri Yassine, titulaire d’un doctorat de civilisation espagnole (1990), et d’une habilitation à diriger des recherches (2004), a été notamment directrice du département d’espagnol à la faculté des lettres, La Manouba (1995 – 2005).
Le Roi d’Espagne Juan Carlos I, lui a octroyé en 1986 la Médaille de « Lazo de Dama de la Orden del Mérito Civil », et elle a été désignée Membre Correspondant de l’Académie Royale d’Histoire de Madrid depuis 2005. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages publiés notamment en Espagne et en Tunisie.
Six axes de recherches à partir des archives espagnoles
L’ensemble des recherches de la professeure Bahri Yassine repose principalement sur l’exploitation des archives espagnoles, notamment celles de Simancas, de l’Archivo Histórico Nacional de Madrid, de la Bibliothèque nationale de Madrid, les Archives du Ministère des Affaires étrangères de Madrid, ainsi que des archives de l’Alhambra de Grenade et de la Mairie de Palma de Mallorque, parmi d’autres fonds documentaires espagnols.
Ses travaux portent sur les axes suivants :
– Diaspora morisque et héritage andalou : Cet axe s’intéresse à l’étude des migrations morisques consécutives aux expulsions d’Espagne entre 1609 et 1614 et à leur installation dans les différents espaces méditerranéens, notamment en Tunisie. Il vise à analyser les mécanismes d’intégration sociale, économique et culturelle des communautés morisques ainsi que leur contribution au développement urbain, agricole, artisanal et intellectuel de la Régence de Tunis. Une attention particulière est accordée à la transmission de la mémoire andalouse, à la préservation des identités culturelles et religieuses, ainsi qu’à l’influence durable du patrimoine andalou dans les pratiques sociales, les arts, l’architecture et les traditions populaires en Tunisie et dans l’ensemble du bassin méditerranéen.
– Inquisition espagnole : Cet axe explore les relations entre pouvoir politique, contrôle religieux et production intellectuelle dans l’Espagne des Temps modernes. Il s’intéresse aux mécanismes de l’Inquisition espagnole, à la persécution des minorités religieuses (juifs convertis, morisques, protestants) ainsi qu’aux débats théologiques et polémiques confessionnelles qui ont marqué cette période. Les recherches portent également sur les représentations de l’islam et du christianisme dans les textes polémiques, les stratégies discursives de conversion, ainsi que les interactions entre censure, savoir et pouvoir dans le contexte de la construction des identités religieuses méditerranéennes.
– Relations historiques et diplomatiques hispano-tunisiennes (XVIe–XVIIIe siècles) : Ce domaine de recherche examine les relations politiques, diplomatiques, commerciales et militaires entre la Régence de Tunis et les principales puissances européennes de l’époque moderne. À travers l’étude des traités, correspondances diplomatiques, missions consulaires et récits de voyage, il s’agit d’analyser les formes de négociation, les alliances, les conflits et les mécanismes de médiation qui ont structuré les échanges entre les deux rives de la Méditerranée. Cet axe contribue à une meilleure compréhension de la place de Tunis dans les réseaux diplomatiques internationaux et dans les équilibres géopolitiques méditerranéens.
– Esclavage et rachat des captifs en Méditerranée : Cet axe porte sur les phénomènes de captivité et d’esclavage qui ont marqué les relations entre les sociétés méditerranéennes du XVIe au XVIIIe siècle. Il s’intéresse aux trajectoires des captifs, aux conditions de leur détention, aux pratiques de conversion, aux mécanismes de rachat et aux réseaux institutionnels, religieux et diplomatiques mobilisés pour leur libération. L’objectif est également d’étudier les expériences humaines de la captivité à travers les récits autobiographiques, les archives consulaires et les documents administratifs, afin de mieux comprendre les dynamiques d’altérité, de coexistence et de conflit dans l’espace méditerranéen.
– Circulations culturelles en Méditerranée occidentale : Cet axe analyse les transferts et les échanges d’idées, de savoirs, de pratiques artistiques et de modèles culturels entre les différentes sociétés de la Méditerranée occidentale. Il met l’accent sur le rôle des marchands, diplomates, voyageurs, religieux, traducteurs et exilés dans la diffusion des connaissances et dans la construction d’espaces de dialogue interculturel.
– Polémique religieuse (XV-XVIIè siècles) en Espagne : Cet axe de recherche porte sur les controverses religieuses qui ont marqué l’Espagne du XVIe siècle, dans le contexte de la construction de la monarchie confessionnelle des Rois Catholiques puis des Habsbourg. Il s’intéresse aux débats théologiques, juridiques et politiques suscités par la coexistence, la conversion forcée et l’exclusion des minorités religieuses, en particulier des juifs convertis (conversos) et des musulmans convertis (morisques).
Auteur:
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.