Par : Dr. Badr Smaoui, expert en Protection Sociale
Les augmentations des salaires et des pensions dans les secteurs public et privé telles que prévues dans la loi des finances de l’année 2026 et attendues depuis quatre mois ont été enfin publiées au Journal Officiel de la République Tunisienne dans son numéro 44 du 30 avril 2026. Il s’agit de 7 décrets dont 3 concernent le secteur public et 4 le secteur privé se rapportant aux années 2026, 2027 et 2028, et ayant pour date d’effet le 1 er janvier de chaque année..
Fonction Publique
Les montants des augmentations mensuelles pour les agents de l’État, des collectivités locales et des établissements publics à caractère administratif ont été fixés en fonction des catégories professionnelles. Une augmentation de 120 dinars a été approuvée au profit des sous-catégories A1 et A 2 (respectivement 100 et 90 dinars dinars lors des augmentations de septembre de 2022), tandis que l’augmentation varie entre 100 et 105 dinars pour la catégorie A 3 et la catégorie B (respectivement 73 et 70 dinars en 2022) et 90 dinars pour les autres catégories C et D ( 65 dinars précédemment).
Il est important de préciser qu’on est passé de 5 groupes d’agents lors des augmentations de 2022 à 3 groupes seulement cette fois. Cette révision de répartition vise à réduire les écarts salariaux et à renforcer la justice sociale, à l’instar de la révision du barème de l’impôt sur le revenu (Loi de Finances 2025).
Entreprises et Établissements Publics
Les agents régis par des statuts particuliers ou des conventions collectives ont bénéficié d’augmentations similaires à celles de la fonction publique réparties par catégories, les cadres bénéficiant ainsi d’une augmentation mensuelle de 120 dinars, les agents de gestion d’une augmentation mensuelle qui varie entre 100 et 105 dinars et pour les agents d’exécution de 90 dinars sur les trois années précitées. Ces augmentations sont versées sur 12 mois et n’incluent pas les primes telles que le 13ème mois, la prime de production ou de productivité. Le législateur a tenu à etre clair dans ce dernier point étant donné le malentendu survenu lors de l’accord signé entre le gouvernement et l’UGTT et qui a nécessité une circulaire de la cheffe du gouvernement ultérieurement. Aussi il n’est pas pratique de faire une comparaison avec les augmentations de 2022 car les augmentations des trois dernières années ont été fixées d’une autre manière, soit par un taux (5% chaque année).
Magistrats
Il a été décrété une augmentation des rémunérations des magistrats de l’ordre judiciaire, des juges de la cour administrative et ceux de la cour des comptes par le biais d’une augmentation de la prime judicaire mensuelle de 120 dinars chaque année (contre 100 dinars en 2023 et 90 dinars en 2019).
SMAG
Le Salaire Minimum Agricole Garanti passera de 20,320 dinars par jour à :
• 21,336 dinars au 1er janvier 2026.
• 22,400 dinars au 1er janvier 2027.
• 23,520 dinars au 1er janvier 2028.
soit une augmentation de 5 % par an. La prime technique pour les ouvriers qualifiés augmente dans les mêmes proportions.
Les augmentations par jour s’élèvent respectivement à 1,016 dinars, 1,064 dinars et 1,120 dinars
SMIG
le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (régime de 48 heures) mensuel passera de 528,320 DT à :
• 554,736 dinars en 2026.
• 582,400 dinars en 2027.
• 611,520 dinars en 2028.
D’où les augmentations mensuelles s’élèvent respectivement à 26,416 dinars, 27,664 dinars et 29,120 dinars
le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (régime de 40 heures) mensuel passera de 448,238 à :
• 470,251 dinars en 2026.
• 493,304 dinars en 2027.
• 517,571 dinars en 2028
D’où les augmentations mensuelles s’élèvent respectivement à 22,013 dinars, 23,053 dinars et 24,267 dinars
Ainsi le taux de l’augmentation s’élève à 5 % par an soit pour le smig soit pour le smag.
A ajouter l’indemnité de transport qui s’élève à 36,251 D par mois et l’indemnité de présence d’un montant de 2,080 D par mois, ces deux indemnités sont restés sans changement.
Secteur Privé
Pour les secteurs soumis au code du travail et régis par des conventions collectives sectorielles, les salaires de base ainsi que les primes augmentent de 5 % par an. Si un employeur a versé au cours de l’année 2026 des augmentations inférieurs, il doit compléter la différence. Si par contre les augmentations déjà versées sont égales ou supérieures l’employeur n’est pas tenu d’appliquer le décret et il lui est interdit de revenir sur les avantages déjà acquis.
Il convient de noter que contrairement aux agents de la fonction publique et ceux des entreprises et établissements publics les salariés du secteur privé n’ont pas bénéficié tous d’augmentations au titre de l’année 2025 vu qu’il n’y pas eu de négociations sociales entre les organisations syndicales représentant les employeurs et celles représentant les salariés. Toutefois les salariés de certaines entreprises ont vu leur salaires augmenter en 2025 suite à des initiatives des employeurs.
Autres
Pour les secteurs non agricoles soumis au code du travail non couverts par des conventions collectives ou des statuts particuliers, l’augmentation est également de 5 %. Il s’agit par exemple des salariés travaillant chez les professions libérales (avocats, médecins etc).
Les augmentations diffèrent selon le nombre d’heures par semaine. On va se contenter du régime de 48 heures :
• Agents d’exécution : de 36,192 dinars à 46,592 DT en 2026, de 38,064 dinars à 48,880 dinars en 2027, de 39,936 dinars à 51,376 dinars en 2028
• Agents de gestion: 53,248 dinars en 2026, 55,952 dinars en 2027, 58,656 dinars en 2028
• Cadres : 69,680 dinars en 2026, 73,216 dinars en 2027, 76,960 dinars en 2028
Pensions de retraite
Les pensions de la CNRPS feront l’objet d’une augmentation en application de la loi n° 85-12 du 5 mars 1985, portant régime des pensions civiles et militaires de retraite et des survivants dans le secteur public (Article 37) qui stipule que la péréquation de la pension est effectuée lors de toute augmentation de l’un quelconque des éléments permanents de la rémunération correspondante au grade ou à la fonction sur la base de laquelle a été liquidée la pension. Le même principe s’applique aux pensions de retraites des magistrats
Quant aux pensions de la CNSS elles feront l’objet d’une augmentation en application du décret n° 74-499 du 27 avril 1974, relatif au régime de vieillesse, d’invalidité et de survivants dans le secteur non agricole (article 53) qui stipule que le montant des pensions au cours de paiement est revalorisé automatiquement à chaque augmentation du SMIG.
Observations finales
Les montants annoncés dans les décrets sont bruts et non nets. Il s’agit d’une pratique standard. Le salaire net dépend de la situation personnelle de chaque salarié. Deux salariés ayant eu la même augmentation brute peuvent avoir des augmentations nettes différentes.
Il est aussi important de signaler que les augmentations du SMIG ne se répercutent pas uniquement sur les pensions de retraite de la CNSS mais sur plusieurs autres prestations qui sont indexées sur le smig et servies par la CNRPS, la CNSS et la CNAM telles que les rentes d’accidents du travail et des maladies professionnelles, les pensions minimales de retraite, les indemnités de maladie et de maternité, le montant minimum de l’indemnité journalière suite à un accident de travail ou à une maladie professionnelle etc
D’autre part les cotisations de certains régimes de sécurité sociale gérées par la CNSS vont augmenter du même taux de l’augmentation du smig et du smag , soit de 5 %. Il s’agit de régime des travailleurs non-salariés dans les secteurs agricoles et non agricoles, du régime des travailleurs tunisiens à l’étranger, du régime de sécurité sociale des artistes, des créateurs et des intellectuels, et du régime de sécurité sociale de certaines catégories de travailleurs.
Enfin les décrets relatifs aux augmentations dans le secteur privé ont mentionné que les contrevenants à l’application des dispositions promulguées sont exposés aux sanctions prévues par le Code du Travail ( article 3) qui stipule qu’il est strictement interdit le paiement de salaires inférieurs aux minima fixés par les lois, règlements, conventions collectives ou sentences arbitrales obligatoires.
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Auteur: Tunisie Numérique
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