Un cul-de-sac sans issue ? La dynamique politique déclenchée dans le pays depuis l’historique journée du 22 février devant rapidement transformer le système de gouvernance rencontre un statu quo au sommet du pouvoir.

A mesure que le peuple de vendredi pousse vers le dépassement de la crise, les héritiers du régime de Bouteflika verrouillent le jeu à double tour. Alors que l’insurrection citoyenne traverse son quatrième mois sans perdre de sa vigueur, les signes d’un compromis historique paraissent encore loin. Le second discours du chef de l’Etat Abdelkader Bensalah – le deuxième depuis sa prise de fonction intérimaire – prononcé jeudi passé n’a pas montré la voie. Il n’a pas non plus levé le voile sur les intentions des décideurs sur la conduite à tenir après la confirmation de l’annulation de la présidentielle de 4 juillet.

Prolonger la période intérimaire de Bensalah sans appui constitutionnel étale au grand jour l’absence d’un scénario d’anticipation. Vague, confuse et sans agenda politique décliné, l’intervention du président par intérim, visiblement affaibli par la maladie, révèle si besoin est l’épais brouillard dans lequel s’enferme le régime. Une profession de foi qui a eu immédiatement un effet inverse en musclant la mobilisation populaire dans son 16e vendredi de soulèvement. Dépourvu de légitimité et adossé à une légalité de moins en moins solide, le chef de l’Etat, tout comme le gouvernement de Nouerddine Bedoui mis en quarantaine ne peuvent engager une démarche politique sérieuse en mesure de passer le cap. Encore moins d’entraîner les Algériens.

Ferme et intransigeant, le chef d’état-major Ahmed Gaid-Salah, véritable détenteur du pouvoir, quant à lui, s’accroche obstinément à une solution qui passerait par la Constitution qui manifestement n’offre pas beaucoup d’issues. D’évidence, il ne veut pas entendre parler de la transition comme option proposée et portée par une large majorité des manifestants appuyée par des acteurs politiques et ceux de la société civile.

En première ligne et sur plusieurs fronts, le patron de l’armée qui s’emploie à imposer son plan consistant à organiser l’élection présidentielle dans les plus brefs délais ne trouve pas d’écho dans l’opinion. Car il n’est pas en résonance avec les principales revendications exprimées dans les grandissantes mobilisations populaires. Mais aussi et surtout, c’est un plan qui ne trouve pas de preneur politique, y compris chez les partis de la défunte coalition présidentielle complètement disqualifiés.

Une situation qui met en confrontation des Algériens en mouvement exprimant une majorité politique face à un pouvoir mis en minorité mais qui garde jalousement entre les mains la clé qui ouvre la porte de sortie. Pour l’heure, ces deux approches sont irréconciliables. Mais la rupture n’est pas consommée. Si, en effet, le mouvement populaire n’arrive pas à se donner un prolongement politique malgré les multiples initiatives et les riches propositions, le pouvoir lui-même n’arrive pas non plus à matérialiser sa supposée «feuille de route».

Evidente équation. Seule l’expression d’une volonté politique d’en haut permettra l’émergence du projet construit d’en bas. Pour convaincre, Ahmed Gaïd Salah doit au minimum contraindre le gouvernement de Noureddine Bedoui de quitter la scène pour être remplacé par une équipe composée de personnalités crédibles et permettre la mise en place d’une instance d’organisation de l’élection présidentielle véritablement indépendante. C’est un préalable minimaliste. Même cette mesure qui pourrait constituer un signal – faible – pouvant séduire une partie de la classe politique ne semble pas être inscrit à l’ordre du jour du pouvoir.

Est-ce parce qu’il est difficile de trouver et de convaincre des figures devant composer cette «dream team» recherchée ?

Probablement. C’est dire toute la difficulté dans laquelle se trouvent les décideurs. Inconfortable situation. Reconduire le même agenda avec les mêmes équipes aux commandes, c’est réserver inéluctablement à cette nouvelle échéance le même sort que le scrutin annulé du 4 juillet. Il va sans dire que nul ne mise sur l’échec de la seconde révolution algérienne. C’est empêcher l’Algérie de rencontrer son destin. A cette sombre perspective, il faut tout faire pour rendre invincible le Printemps algérien.

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Auteur: Hicham Chouadria
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