Il fait partie de cette nouvelle vague de progressistes décomplexés qui assument publiquement leur opposition frontale aux compromissions de Washington avec les pires criminels de guerre du 21e siècle (Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu). Abdul El-Sayed, 42 ans, le sémillant et charismatique démocrate qui a fait sensation en s’imposant face au républicain Mike Rogers lors de l’élection sénatoriale dans le Michigan. Qu’est-ce que Trump n’a pas dit sur ses origines égyptiennes, sur sa religion ; il l’a même qualifié de dangereux extrémiste affilié aux Frères musulmans, il l’a accusé à demi-mot de terroriste, de djihadiste.
Le brillant médecin épidémiologiste – il est tout de même passé par Columbia et Oxford – s’est adressé à Trump et à son vice-président, le très veule et servile J.D. Vance, qui dit son désaccord sur tout (sur la guerre en Iran par exemple) mais finit toujours par se coucher. El-Sayed leur a dit ceci dans la nuit du 3 au 4 novembre 2026, lors de son allocution après son sacre électoral :
«J.D., habibi ! C’est quand même réjouissant que la Constitution t’oblige à me faire prêter serment en janvier (…) Je sais que vous [Donald Trump] avez du mal à prononcer mon nom. Alors, après que J.D. m’aura fait prêter serment en janvier, vous pourrez tout simplement m’appeler sénateur».
Et Vlan! Retour magistral à l’envoyeur. Le président savait que le couperet électoral allait s’abattre sur lui ; tous les sondages, même ceux de « sa chaîne », Fox News, prédisaient sa débâcle. Il a tenté de conjurer l’explosion de sa majorité à la Chambre des représentants et au Sénat en mouillant personnellement la chemise. Plus de 30 meetings en moins d’un mois tout de même, à 80 ans.
C’est sans doute l’erreur de trop, le républicain a sous-estimé la détestation de sa personne, à cause des milliards de dollars que lui et sa famille amassent alors que ses électeurs triment (c’est d’ailleurs le premier des griefs contre le président). Il a minoré la colère populaire à cause de cette guerre – en Iran – qu’il a imposée aux Américains et qui a fait flamber leur quotidien, alors qu’il avait promis tout le contraire avant sa réélection en novembre 2024.
Trump savait qu’il allait payer chèrement pour tous ces engagements qu’il n’a pas tenus et d’ailleurs il s’est adressé à la nation à deux reprises – chose rarissime – pour tenter d’éviter sa disgrâce. Cette jeunesse progressiste qui l’a sévèrement sanctionné est la même qui s’agitait dans les campus universitaires pour dénoncer le soutien aveugle de Washington aux tueries de masse à Gaza, des dizaines de milliers de morts…
Les voix qui l’ont fait perdre sont aussi celles des citoyens américains musulmans qui n’ont pas digéré les expulsions massives d’étudiants étrangers dont le seul tort est d’avoir exercé leur liberté d’expression, dans cette grande démocratie qu’étaient les Etats-Unis d’Amérique avant le retour de Trump à la Maison-Blanche. C’est cette vague qui a porté le sénateur El-Sayed, dans un Etat – le Michigan – qui pourtant ne compte que 2% de citoyens musulmans sur une population de 10 millions d’habitants.
La carte d’électeur sert à ça, elle sert à régler des problèmes quand le fait de battre le pavé ne suffit pas, quand le pouvoir en place use de la violence légale – je ne dis pas légitime – de la force publique pour faire taire les objecteurs de conscience. Trump a payé cher le 4 novembre 2026 et payera encore davantage, lui et tous ceux qui ont soutenu et financé ses ignominies.
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Auteur: Souleymane Loum
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