Accident de la route : que faire lorsque la SAAQ refuse ou interrompt vos indemnités ?

Au Québec, toute personne blessée dans un accident de la route est indemnisée par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), sans égard à la responsabilité. Ce régime public présente un avantage considérable : la victime n’a pas à poursuivre le conducteur fautif. Il comporte toutefois une contrepartie souvent méconnue. La SAAQ décide seule de l’admissibilité, du montant et de la durée des indemnités, et ses décisions ne peuvent être contestées que dans un cadre strict. Cet article explique le fonctionnement du régime, les décisions les plus fréquemment contestées et les recours dont dispose une victime qui s’estime lésée.

Un régime sans égard à la faute, mais pas sans limites

Selon le bilan routier 2025 publié par la SAAQ, 30 018 personnes ont été blessées ou tuées sur les routes du Québec l’an dernier, dont 1 282 blessées gravement et 28 365 blessées légèrement. La région de Montréal compte à elle seule 6 181 personnes accidentées. Chacune de ces personnes relève du même régime : la Loi sur l’assurance automobile.

En vertu de cette loi, la victime est indemnisée par la SAAQ qu’elle soit responsable ou non de l’accident. En échange, elle renonce à toute poursuite civile contre le responsable pour ses blessures, sauf lorsque l’accident survient à l’extérieur du Québec. Le régime est donc avantageux au moment de la réclamation initiale, mais il concentre entre les mains d’un seul organisme la totalité des décisions qui touchent la victime.

C’est précisément à ce stade que l’accompagnement d’un professionnel prend son sens. Un avocat spécialisé en SAAQ intervient lorsque la décision rendue ne reflète pas la situation médicale réelle de la victime, qu’il s’agisse d’un refus de réclamation, d’une interruption d’indemnité ou d’une évaluation des séquelles jugée insuffisante.

La SAAQ fonde ses décisions sur le dossier médical qu’elle détient et sur l’avis de ses propres évaluateurs. Lorsque les rapports du médecin traitant sont incomplets, imprécis ou rédigés sans connaître les critères de l’organisme, la décision qui en découle peut sous-estimer la gravité des blessures. Un diagnostic non reconnu, un retour au travail jugé prématuré ou une fin d’indemnité fondée sur une consolidation discutable sont les situations les plus fréquentes.

Les indemnités prévues par la loi

La Loi sur l’assurance automobile prévoit plusieurs catégories d’indemnités. Les principales sont l’indemnité de remplacement du revenu (IRR), versée lorsque la victime est incapable d’exercer son emploi, et l’indemnité pour préjudice non pécuniaire, qui compense les séquelles permanentes, physiques ou psychiques. S’y ajoutent le remboursement de certains frais (soins, déplacements, aide personnelle, adaptation du domicile ou du véhicule) et, en cas de décès, des indemnités aux proches.

L’IRR correspond à un pourcentage du revenu net que la victime gagnait avant l’accident, jusqu’à un maximum assurable révisé chaque année. Son versement cesse lorsque la SAAQ estime que la victime est redevenue capable d’occuper son emploi ou un emploi qu’elle juge convenable. Cette détermination de « capacité » constitue l’un des motifs de contestation les plus courants, car elle repose sur une évaluation médicale et administrative que la victime ne contrôle pas.

L’évaluation des séquelles permanentes suit quant à elle un barème réglementaire. Les atteintes visibles, comme une fracture mal consolidée ou une amputation, sont généralement bien documentées. Les séquelles dites invisibles, telles qu’un traumatisme craniocérébral léger, une douleur chronique ou un trouble de stress post-traumatique, sont en revanche plus difficiles à faire reconnaître et exigent une preuve médicale rigoureuse.

Contester une décision de la SAAQ : la révision, puis le TAQ

Recevoir une décision défavorable ne clôt pas le dossier. La loi prévoit deux paliers de contestation, chacun assorti d’un délai.

La victime dispose d’abord de 60 jours à compter de la réception de la décision pour demander une révision. Il s’agit d’un réexamen interne par la SAAQ. Ce délai est strict : une demande déposée hors délai est en principe irrecevable, sauf motif raisonnable démontré. La demande doit être motivée et, idéalement, appuyée par des éléments médicaux nouveaux ou complémentaires.

Si la décision en révision demeure insatisfaisante, la victime peut saisir le Tribunal administratif du Québec (TAQ) dans un nouveau délai de 60 jours. Le TAQ est un tribunal indépendant de la SAAQ. Il entend la preuve, y compris les expertises médicales, et rend une décision finale et sans appel. La Cour supérieure conserve un pouvoir de surveillance, mais son intervention se limite à des circonstances exceptionnelles.

Le rôle de l’accompagnement juridique

L’intervention d’un avocat ne se limite pas à la plaidoirie. Elle commence idéalement dès la réclamation initiale, par la vérification des formulaires et des rapports médicaux. En cours de dossier, elle consiste à analyser les motifs de la décision, à identifier les lacunes de l’évaluation, à obtenir au besoin une expertise médicale indépendante et à préparer la demande de révision, puis le recours au TAQ. Certains cabinets, comme Bégin Avocat à Montréal, se consacrent exclusivement à ce type de dossiers devant la SAAQ, la CNESST et Retraite Québec depuis plus de 30 ans, ce qui leur confère une connaissance pratique des critères appliqués par ces organismes.

Il convient de préciser qu’aucun professionnel ne peut garantir l’issue d’une contestation. Les chances de succès dépendent de la preuve médicale, de la cohérence du dossier et de l’application de la loi aux faits. Ce qu’un avocat apporte, c’est une lecture éclairée de ces chances et la maîtrise d’une procédure dont les erreurs sont souvent irréversibles.