L’auteur de La voyeuse interdite (prix du livre inter 1991), Mes mauvaises pensées (Prix Renaudot 2005) vient de publier un roman intitulé Beaux rivages[1]. C’est autour d’une rupture amoureuse que l’histoire est tissée. En guise de préface une phrase est écrite : « Quand il m’annonça qu’il avait rencontré une autre femme, je passai de la tristesse à la peur comme on alterne deux nuages, l’une sur le dos, l’autre sur le ventre, pour rejoindre la rive sans me noyer ».  Le sens de la tristesse est omniprésent : « Je n’ai rien contre la poésie, seulement je n’y crois plus depuis qu’Adrian m’a quittée »[2]. Tout au long du récit le lecteur est mis dans une ambiance, où les ressentis les plus enfouis sont mis à jour. Une femme vient d’être quittée pour une autre. Cette autre est désignée par un A majuscule, Autre. Alors que toute la sérénité et le sentiment de paix régnaient au sein du couple, Adrian a changé. Une nouvelle rencontre a fait basculer le cours des choses :

« -C’est sérieux ?

-De quoi tu parles ?

-D’elle

-Elle ?

-Oui, elle et toi, c’est sérieux ?

-Tu es sûre que c’est le moment ?

-Adrian, si on n’en parle pas maintenant, on n’en parlera jamais.

-Tu es sûre ?

-Et toi, tu es sûr de vouloir fuir encore longtemps ?

-Je ne fuis pas, tu le sais très bien »[3].

Ce qui a mené à penser que : « Personne n’est protégé contre la fin d’un amour »[4]. Bien que la femme qui a été quittée ait croisé un nouvel homme plus jeune : « Sacha a quinze ans de moins que moi et je ne suis pas attirée par sa jeunesse, je n’y vois que des désavantages »[5] elle ne cesse de remémorer les moments passés avec Adrian. Elle aboutit à une conclusion : « En perdant, j’ai appris à reconquérir, non l’autre, un autre, mais toutes les parts de mon cœur pulvérisé. Je peux regarder Adrian, je peux entendre Adrian, je pourrais consoler Adrian s’il avait un jour besoin d’être consolé. Je peux toucher Adrian, je peux embrasser Adrian, alors qu’il ne se tient près de moi : il me suffit de poser mes mains sur mes tempes pour sentir battre ses tempes. Il me suffit d’appuyer sur mon ventre pour sentir la force de son ventre. Il me suffit de fermer les yeux pour danser sous ses paupières[6].

Lamia Bereksi Meddahi

[1] Nina Bouraoui, Beaux rivages, Ed/ JC Lattès, 2016.

[2] Id, p. 13.

[3] Ibid, p. 135.

[4] Ibid, p. 95.

[5] Ibid, p. 215.

[6] Id, p. 245.

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