D’origine algérienne, Djamel Ayache est un écrivain d’expression arabe qui vit à Montréal depuis 2003. Diplômé en tant qu’ingénieur en informatique, il a été enseignant en informatique dans une école secondaire à Dorval et il travaille aujourd’hui dans une importante compagnie de service en support technique. Marié et père de famille, il arrive à concilier sa vie de privée, son travail et sa passion pour l’écriture qu’il cultive à travers ses romans.

En 2002, Djamel Ayache a publié deux ouvrages : Hadîth As-Samt (La Voix du silence) et Al-Machâ’ir Al-Mouta’akhkhira (Les sentiments tardifs). Il a édité en 2009 aux éditions Mille-Feuilles Châti’ Al-Djamalayn (Plage  Deux-Chameaux). L’auteur qui travaille actuellement sur son dernier livre en cours d’édition Ouled Bab-El-Oued (Les enfants de Bab-El-Oued), a bien voulu répondre à quelques questions :

L’initiative : Comment arrives-tu à gérer cette envie d’écrire et le quotidien de la vie ?

Djamel Ayache : C’est un peu difficile parce que lorsqu’on a des enfants, on a une responsabilité et des priorités à gérer. D’ailleurs, parfois je comprends les raisons pour lesquelles de nombreux écrivains ne veulent pas se marier. Une fois marié, c’est un peu difficile de gérer son temps, parce que la vie familiale nécessite un sacrifice quotidien : comme entourer les enfants et les suivre pour leurs études et vivre avec eux. Surtout dans un pays comme le Canada où le mode de vie n’est pas le même sur le plan des traditions. Je me dois d’être toujours présent avec mes enfants et c’est ce qui m’importe. Mon temps est pour ma famille. Mais j’ai toujours envie d’écrire et je trouve le temps pour la rédaction le matin tôt avant que les enfants ne se réveillent, ou lorsqu’ils dorment le soir. L’envie d’écrire ne m’a jamais quitté…Elle vit en moi et elle est mon émoi. Écrire c’est aussi une raison de vivre.

Quels genres d’ouvrages aimes-tu lire ?

Je lis généralement les best-sellers. Je lis aussi bien les romans que les livres qui ne s’inscrivent pas dans ce registre tels que les essais et les travaux de recherches. La littérature touche tous les domaines que ce soit  la politique, la sociologie, la psychologie. D’ailleurs, un bon écrivain est un celui qui doit savoir comment utiliser tous ces éléments dans le travail qu’il veut transmettre à ses lecteurs.

Préfères-tu écrire en français ou en arabe ?

Je n’ai pas de problèmes à écrire dans les deux langues. Mais je préfère écrire en arabe, car c’est avant tout une question d’appartenance et je ne veux pas écrire dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle. Tous les grands écrivains  utilisent leur langue maternelle… Je cite Léon Tolstoï, Hemingway, Balzac et bien d’autres… C’est le secret de leur réussite. Je suis pour l’idée d’emprunter d’autres langues pour bien enrichir ma propre langue. Cela ne veut pas dire que je suis contre l’apprentissage des langues! D’ailleurs je lis beaucoup en français et cette langue compte parmi mes sources d’inspiration. Mais le sang qui coule dans mes veines d’écrivain doit être pur et original afin de produire quelque chose d’originale. Une prothèse reste toujours une prothèse même si on fait l’effort pour l’embellir. 

Quel message veux-tu transmettre à travers tes écrits ?

Lorsque j’écris je veux transmettre un message positif. L’objectif de mon écriture est de contribuer au développement de mon pays et de ma culture. Lorsque j’écris, je me concentre sur l’émotion de l’être humain, car celle-ci traduit tous nos actes dans la société. J’essaie toujours d’analyser l’être humain vis-à-vis de certaines situations telles que l’amour et la déception par exemple. J’essaie toujours d’introduire les événements qui peuvent se produire au fond de l’être humain. La raison est que l’être humain vit plus avec son for intérieur.

De quelle manière construis-tu les personnages dans les histoires que tu écris ?

J’écris des romans où je mêle le récit et l’émotion. J’aborde les dimensions politiques et la question sociale, mais je ne veux pas non plus changer de style littéraire. En fait, lorsque j’écris, je veux donner à mes personnages tous les éléments qui caractérisent les individus dans une société, que ce soit dans la société algérienne ou dans la société canadienne.

Mon objectif est donc d’expliquer comment garder l’être humain équilibré dans sa personnalité et de faire réagir mes personnages en fonction des situations tout en tenant compte de cet équilibre comme c’est le cas dans mon ouvrage Al-Machâ’ir Al-Mouta’akhkhira (les sentiments tardifs). Il y avait deux personnages dans le livre : le premier personnage vivait avec ses émotions. Il avait aimé une fille, mais sous l’emprise de ses émotions, il ne savait pas où aller avec elle. Le second personnage qui avait aimé la même fille était sous l’emprise de ses idées.

L’émotion est donc importante pour toi ?

L’écriture en tant que telle est une traduction d’émotions. Je pense aussi, qu’un être humain équilibré est celui qui a une force émotionnelle et une force mentale et qui arrive à équilibrer ces deux forces dans leur profondeur. Si quelqu’un élimine ses idées et reste avec ses émotions, il devient quelqu’un de rêveur et quelqu’un qui ne peut rien faire.

Je pense que les émotions sont identiques chez tous les êtres humains normaux. Quel que soit l’endroit ou le pays, l’être humain a des émotions d’amour, de haine, d’honneur, etc. Ce sont des sentiments universels. Je me souviens d’ailleurs que lorsque nous regardions les films américains en Algérie, nous étions touchés par l’histoire qui abordait des sujets universels. C’est pour cette raison d’ailleurs que je pense que les meilleurs écrivains sont ceux qui écrivent pour l’humanité et non pour une société donnée ou pour une idéologie.

De tous les personnages que tu as décrits dans tes livres, y a-t-il celui que tu affectionnes le plus ?

Un écrivain ne peut pas ne pas aimer ses personnages, car ils font partie de lui un peu comme un parent avec ses enfants. Même si mes personnages ne relatent pas totalement ma vie, ma personne pourrait transparaître dans mes textes. Les moments forts du texte reflètent à mon avis, mon subconscient en tant qu’auteur et c’est là où on trouve des traces de ma personnalité, voire de mes convictions.

Dans le livre Al-Machâ’ir Al-Mouta’akhkhira (les sentiments tardifs) publié en 1997, le personnage principal était un personnage rêveur et naïf dans ses sentiments amoureux. Existe-il ce genre de personnes dans l’Algérie d’aujourd’hui ?

Je pense que ça existe et ça existera toujours. Je sais que la société algérienne a beaucoup changé avec ce qui est véhiculé par la parabole, l’internet et les médias qui ont façonné notre mentalité et notre façon de voir les choses. Je crois que la révolution technologique pousse l’humain vers l’irréalisme. Je crois que le nombre des rêveurs a beaucoup augmenté ces dernières années aussi bien en Algérie que sous d’autres cieux. Les problèmes sociaux dans les pays du tiers-monde par exemple, conduisent les jeunes à rêver, à travers des écrans en imaginant un ailleurs qui leur paraitrait comme meilleur.

Y-aurait-il un livre que tu réécrirais avec du recul ?

Je n’ai jamais pensé réécrire mes livres. Je suis à l’image de l’artiste qui dessine un tableau. Il interprète certaines émotions et lorsque le tableau est fini, il est fini. C’est donc pareil en ce qui me concerne. Les critiques que je reçois, je les utilise pour les livres futurs. Je n’ai donc jamais pensé réécrire un livre. Par contre, lorsque je relis ce que j’ai écrit, je me dis que ce n’est pas ce que je voulais dire exactement. C’est normal  parce que l’être humain change avec le temps et je ne suis pas toujours satisfait de ce que j’ai écrit.

As-tu pensé traduire ou à faire traduire les livres que tu as déjà publiés ?

J’ai beaucoup d’amis journalistes qui m’ont proposé cette initiative et je ne suis pas contre cette idée qui reste à réaliser.

Les précédents romans parlent de l’Algérie. Y-a-t-il un projet de livre sur le Canada ?

Oui, je travaille sur les évènements de la mosquée du Québec. C’est un roman qui est en cours d’écriture et c’est un exemple qui explique cette interférence entre nos traditions et nos valeurs avec la société québécoise et toutes ses tendances.

Nous vivons à une époque où les gens manquent de temps et où la lecture prend d’autres formes et à travers de nouveaux médias. Quel est ton avis sur la question ?

Peu importe le moyen qu’on utilise, l’essentiel est de lire que ce soit sur papier, sur une tablette ou un ordinateur. Le principe reste le même. Pour l’ancienne génération, le livre en papier fait partie de notre nostalgie perdue.

Un dernier mot…

Je dirai à notre communauté de ne jamais oublier ses origines et ses traditions et de donner le bon exemple d’un citoyen civilisé cultivé et respectueux.

Propos recueillis par Réda Benkoula

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