La pénurie d’enseignants. Quand l’abaissement des exigences universitaires met en jeu la qualité de l’éducation

Depuis quelques années, le Québec fait face à une pénurie d’enseignants sans précédent. Pour combler les besoins criants dans les écoles, les universités ont progressivement abaissé les seuils d’admission dans les programmes de baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire. Cette réalité soulève une question fondamentale : met-on en péril la qualité de l’enseignement offert à nos enfants?

Un accès élargi… parfois trop élargi

Traditionnellement, les programmes en enseignement exigeaient une cote R compétitive, un dossier scolaire solide et une motivation démontrée. Or, dans le contexte actuel, plusieurs universités ont réduit ces exigences afin d’augmenter le nombre d’étudiants admis. Certains établissements acceptent désormais des candidats avec des cotes R très basses, voire proches du seuil minimal d’admissibilité universitaire.

Ce phénomène entraîne une conséquence directe : des cohortes beaucoup plus hétérogènes, où se côtoient des étudiants passionnés et très compétents, mais aussi d’autres qui peinent à suivre le rythme académique.

Des diplômés « de peine et de misère »

Plusieurs professeurs rapportent que certains étudiants obtiennent leur diplôme « de peine et de misère », réussissant leurs cours avec des notes à la limite du seuil de passage. Dans certains programmes, la note de passage est un D, ce qui correspond à une maîtrise très minimale des compétences évaluées.

Cette situation signifie que des futurs enseignants pourraient parfois avoir une compréhension fragile des fondements pédagogiques ou éprouver des difficultés à planifier des séquences d’enseignement cohérentes. Certains peineraient aussi, à maîtriser les notions de base en français, en mathématiques ou en gestion de classe ou arriveraient au terme de leur formation sans avoir démontré une réelle aisance professionnelle.

Et pourtant, ces diplômés se retrouvent à la tête d’une classe, responsables de l’apprentissage de groupes d’élèves du primaire, une période cruciale pour le développement cognitif et socio-affectif.

Une pression sur les écoles… et sur les enfants

Les directions d’école, elles aussi confrontées à la pénurie, n’ont souvent d’autre choix que d’embaucher ces nouveaux enseignants, même lorsque leur formation semble insuffisante. Les conséquences se font sentir de différentes manières. Des enseignants moins préparés quittent plus rapidement la profession, entraînant des changements fréquents de titulaires. Il pourrait pareillement exister une certaine variabilité de la qualité de l’enseignement, puisque certains enseignants excellent, malgré un parcours académique difficile, tandis que d’autres éprouvent de grandes difficultés dès les premières semaines. De plus, on constate une charge accrue pour les enseignants expérimentés puisqu’ils doivent soutenir, encadrer et parfois rattraper les lacunes de leurs collègues novices. Finalement, des impacts directs sur les élèves pourraient se faire sentir et ce, dès les premières années du primaire, lesquelles sont déterminantes pour l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques. Une formation insuffisante pouvant entraîner des retards difficiles à rattraper.

Une question de responsabilité collective

La pénurie d’enseignants est réelle, complexe et multifactorielle. Mais la solution ne peut pas reposer uniquement sur l’abaissement des exigences universitaires. Former un enseignant compétent demande du temps, de la rigueur et un encadrement solide. En acceptant des candidats qui ne possèdent pas les prérequis nécessaires, on risque de fragiliser l’ensemble du système éducatif.

Il ne s’agit pas de blâmer les étudiants admis avec des notes plus faibles. Plusieurs d’entre eux deviennent d’excellents enseignants grâce à leur engagement, leur empathie et leur capacité d’adaptation. Le problème réside plutôt dans un système qui normalise l’entrée massive de candidats insuffisamment préparés, faute de mieux.

Met-on en péril la qualité de l’enseignement?

La réponse est nuancée, mais préoccupante : oui, dans certains cas, la qualité de l’enseignement est compromise. Lorsque des enseignants arrivent en classe sans maîtriser les bases de leur profession, ce sont les enfants qui en paient le prix. Aussi, pour préserver la qualité de l’éducation, il faudrait revaloriser la profession et améliorer les conditions de travail. Également, il importe de renforcer le soutien aux nouveaux enseignants et de revoir les stratégies d’admission pour assurer un équilibre entre accessibilité et compétence.

La pénurie est un défi réel, mais elle ne doit pas devenir un prétexte pour sacrifier l’excellence pédagogique.

Martine Dallaire, B.A.A.