
La femme qui marque l’Histoire traverse le temps et continue à susciter de l’intérêt. Gisèle Halimi, de son vrai nom Zeiza Taieb, est née le 27 juillet 1927 et décédée le 28 juillet 2020. La bande dessinée qui lui est consacrée est formulée par Danièle Masse et Sylvain Dorange. De l’enfance à l’âge adulte, la vie de cette militante féministe est racontée avec minutie en mettant en lumière le refus de Gisèle d’avoir une vie similaire à celle de sa mère, Fritna. Vivant sous le joug d’un mari qui refuse l’ouverture sur le monde. Elle se soumet sans discuter. C’est dans ce climat qu’a vécu Gisèle Halimi. Elle a bien remarqué la différence de traitement consacrée à son frère. Bien que totalement dévoué à son frère, il n’empêche que ce dernier est loin d’être la hauteur. Nous lisons au niveau des phylactères le dialogue entre le père et la mère : « Ton fils a intercepté des colles auprès du facteur et les a retournées au lycée en imitant ta signature. » (P. 71). Le père le gifle et dit : « Salaud, gros patapouf, tous les sacrifices que je fais pour payer tes études… Allouche ! Gros mouton, ould tahan, fils de Mac, tu vas payer!! » (P. 72).
Rappelons que payer les études au fils n’était pas un problème pour le père contrairement à Gisèle. De son côté, elle excellait, voulait braver tous les interdits. Il était visible qu’elle était différente, dans sa manière de voir les choses. A 19 ans, elle se retrouve enceinte. Refusant radicalement d’avoir un enfant, elle avorte dans les pires conditions. Sonde, infection, hôpital, curetage à vif : « L’un de mes plus abominables souvenirs » (P. 72), écrit-elle. Après être allée en 1945 à Paris pour poursuivre ses études, elle regagne Tunis en 1948 avec un diplôme de droit en poche.

Son apport est considérable, Gisèle Halimi a non seulement marqué l’Histoire mais elle a ouvert la voie aux femmes qui refusent de rester victimes de leur sort.
La bande dessinée Gisèle Halimi une jeunesse tunisienne[1] de 130 pages est à lire, en accordant toute l’importance aux moindres détails. Les mêmes peines dont la femme a souffert, jadis, sont toujours d’actualité. Le combat de Gisèle Halimi est pour celles qui restent à venir.
Lamia Bereksi Meddahi
[1] Gisèle Halimi une jeunesse tunisienne | Danièle Masse (Scénario), Sylvain Dorange (Dessin) | Ed/ Delcourt- Encrages | 2024 | 136 page

