Lorsque l’on feuillette les premières pages de La Vallée des oubliées,[1] on constate que c’est une bande dessinée qui nous transporte dans une aventure unique, au cœur de l’Ouest sauvage, brisant au passage les mythes et les légendes qui magnifient le western classique.

Ayant déjà publié Laïyna, La légende du Changeling, Texas Jack, Les Sans-Visages et Encyclopédie de la féerie, le scénariste Dubois Pierre s’attarde sur un chapitre bien sombre de l’ouest américain, où la loi du plus fort faisait force de loi.

Pour réaliser cette œuvre picturale de plus de 140 pages, le dessinateur Alain Henriet qui a illustré auparavant Black squaw, Dent d’ours et Golden cup a eu l’autorisation de son éditeur de rallonger les scènes et de se faire plaisir afin de respecter à 100% le scénario de Pierre Dubois. Le résultat au niveau du graphisme est tout simplement magnifique puisque nous avons l’impression d’être en pleine projection d’un film qui débute par une vue d’ensemble sur des paysages grandioses. Puis, on aperçoit au loin un cavalier chevauchant sa monture qui se rapproche petit à petit.

Au fil des cases qui se succèdent, quelques phrases accompagnent la traversée de ce cowboy solitaire : « Quand à travers les vallées perdues, on voit au loin chevaucher deux cavaliers l’un derrière l’autre…on sait que l’un poursuit l’autre. À moins qu’il ne soit qu’une ombre, un fantôme que le premier veut fuir… ».

À son arrivée dans la ville de Sabbath City, Clark fait une halte pour prendre un verre au saloon du coin, avant que son regard ne se pose sur une vieille connaissance. La parole se libère. De ce bref échange tendu fusent des coups de feu entre Clark et ses anciens complices, à l’époque où il faisait partie des Bushwackers, des combattants pro-confédérés qui opéraient principalement pendant la guerre de Sécession (1861-1865). Clark est à la recherche de Winter, le chef de la bande, qui a ordonné d’abattre sa femme.

Aveuglé par le désir de vengeance, Clark est laissé pour mort au cœur d’une vallée, avant d’être recueilli par des femmes qui vivent dans une paix relative, derrière les fortifications de Ladies Valley. Chaque membre de cette communauté a une tâche bien précise sous la supervision de Ma Joe.

Or, l’ombre de Winter et de ses hommes est toujours présente. Elle plane désormais sur la quiétude de ce petit monde de femmes.

Une œuvre remarquable

À travers le récit de Pierre Dubois, les illustrations d’Alain Henriet et les couleurs de Patricia Tilkin alias Usagi, on découvre un éventail de personnages et un récit qui nous en apprend plus sur la conquête de l’Ouest. L’histoire met le doigt sur les enjeux économiques, égratignant au passage l’image caricaturale des amérindiens et des premières nations qui ont été présentés, pendant longtemps, comme des sauvages.

Cette œuvre prend aussi le temps de dépoussiérer le rôle des femmes telles qu’elles sont dépeintes dans les westerns classiques. Au-delà du rôle de mère de famille, de veuve, d’institutrice, ou de danseuse souvent doublée de prostituée, les femmes sont les grandes oubliées de cette époque.

Réda Benkoula

[1] La vallée des oubliées | Dubois Pierre (Scénario), Alain Henriet (Dessin), Usagi (Couleurs) | Le Lombard | 2025 | 148 pages

La vallée des oubliées en Noir et blanc