À l’approche des législatives, la participation des hommes d’affaires au scrutin s’invite dans le débat. Notre dossier et notre enquête sur ces candidats atypiques.
Pour beaucoup de patrons, c’est le moment idéal, le timing parfait pour accorder les violons de la politique avec ceux de l’économie. Certains sont connus comme Karim Zidane, Hicham Aït Menna, Lahcen Essaadi ou encore Anass El Ansari, et d’autres le sont beaucoup moins, mais tous ont décidé de s’engager en politique en s’investissant dans la course aux législatives de 2026. Certains ont déjà officialisé leur candidature, d’autres ménagent l’effet de surprise pour faire le tour de la question avant de lever le voile sur leurs intentions et leurs ambitions futures. Sans oublier ceux qui font durer le suspense avec un plan qui consiste à occuper le terrain dans d’autres domaines et à surgir au dernier moment comme le dernier recours salvateur.
Effet Aziz Akhannouch ou conviction que les hommes d’affaires feraient mieux ? Il y a peut-être de cela, mais la réalité est beaucoup plus complexe qu’un simple effet de mimétisme. En effet, qui peut encore nier que la faiblesse du politique a ouvert la porte à une nouvelle espèce de candidats venus du monde des affaires qui espèrent, en prenant les électeurs à témoin, faire bouger les choses ? Et, par effet de levier, prendre les décisions de réforme d’ampleur. À charge pour eux d’en finir avec un débat politique qui n’est pas en phase avec les réalités, alors que les chefs d’entreprise ont une vision et savent où ils veulent aller.
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Peut-on défendre l’investissement en politique des hommes d’affaires sans tomber dans la flagornerie ? En réalité, l’expérience a bien montré que les «professionnels de la politique», que sont les hommes politiques, sont très vite dépassés dès que les problèmes de leurs ouailles deviennent un peu plus complexes et, au-delà du discours moral, ils n’ont pas grand-chose à proposer : des actions ou des textes législatifs censés régler des problématiques sociales ou économiques urgentes. Alors que le chef d’entreprise est patiné par l’expérience, car il a l’obligation de régler chaque affaire dans les délais et avec la rentabilité prévue.
Ce qu’on appelle communément l’éthos des affaires exige des engagements vis-à-vis d’opérateurs divers tels que les associés, les banquiers, les salariés, les fournisseurs, les clients et les administrations publiques. Dans cette configuration, le temps est primordial au vu des échéances à tenir, des emprunts à rembourser, des impôts et des taxes à payer, des salaires à virer. Entretenir le vivre-ensemble exige une capacité à légiférer de façon plus efficace et plus efficiente, une performance que maîtrise bien plus d’un homme d’affaires ! Quand les politiques sont obnubilés par le pouvoir, l’emprise et la démagogie, les entrepreneurs, eux, pensent plutôt efficacité, négociation et transaction.
En tout cas, c’est bien un vent nouveau qui souffle sur les législatives. Quelle que soit leur étiquette politique, de nouveaux profils, PDG, directeurs marketing, directeurs juridiques ou DRH, émettent désormais leur désir de se porter candidats, persuadés que leur expérience peut éclairer le Parlement. Chez tous ceux que nous avons interrogés, en quête d’un engagement, prédomine l’idée que l’entreprise est une bonne école puisqu’à l’échelle d’une société, le PDG mène une véritable politique basée sur la création de valeur, qui exige de savoir résister aux pressions quelles qu’elles soient. Ils estiment avoir une capacité à gérer les crises qui fait souvent défaut au monde politique. À charge pour eux de s’extraire du jeu des partis et des idéologies et de s’affranchir du carriérisme.
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Et beaucoup de chefs d’entreprise veulent bien s’inscrire dans ce vent de changement qui souffle sur le pays. Si les prochaines élections législatives seront marquées (23 septembre 2026) par un nouveau code électoral visant à renforcer l’intégrité du processus électoral, cette échéance politique majeure ne pourra pas faire l’impasse sur les enjeux multiples et urgents qui attendent le nouvel exécutif.
Faiblesse des politiques de soutien, explosion des coûts énergétiques, déficit d’investissements, excès de contraintes réglementaires qui paralysent les entreprises les plus performantes: les dossiers qui attendent le Parlement dans sa version 2026 sont également d’ordre économique. Du pain bénit pour ces futurs députés dont la force de frappe financière leur permet d’ores et déjà de délaisser la télévision pour mener la bataille sur la place publique ou sur les réseaux sociaux, avec des moyens technologiques sophistiqués. Comme il reste certain que, pour les entreprises, la campagne pour les législatives laisse entrevoir de nombreux duels entre le clan des conservateurs et celui des modernistes. Avec, à l’issue, une majorité à l’Assemblée nationale potentiellement porteuse d’un programme aux conséquences forcément majeures sur le monde des affaires.
Enfin, et au-delà des objectifs partisans, le scrutin devrait mettre au premier plan les grandes préoccupations des citoyens qui sont aussi celles du patronat : l’emploi, le pouvoir d’achat, le développement régional, des services publics efficients et le retour de la confiance dans les institutions. Les patrons questionnés le savent bien : les deux mois qui viennent seront décisifs. Non seulement ils vont devoir convaincre les chefs de partis de s’arrimer à eux, mais ils veulent aussi se présenter comme une alternative crédible aux yeux de l’électorat populaire et surtout des jeunes appelés à se rendre aux urnes en masse pour peser sur l’issue du scrutin.
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En somme, c’est dans un climat où plane l’incertitude d’une faible participation que va débuter la campagne des législatives. Mais si l’entrée en force des patrons dans l’arène a au moins un effet positif, ce sera celui de rompre avec la démagogie des professionnels de la politique, armés de remèdes miracles, même si ce sont les mêmes qui ont un bilan économique et social indéfendable.
En somme, des patrons qui briguent un mandat politique, au-delà de l’effet de mode, pourraient bien faire les affaires d’un pays qui a tout à gagner de l’expérience de ces hommes, à condition, bien entendu, de garder en tête ces paroles lourdes de sens de Victor Hugo: « C’est du droit de tous les faibles que se compose le devoir de tous les forts. » Reste à trouver le maillage territorial et les militants qui feront la promotion du candidat ; quant au bagage financier, ce n’est pas ce qui manque pour mener campagne.
Auteur: Abdelaziz Bouabid
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