Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, a affirmé que le mémorandum d’entente signé avec les États-Unis constitue un « document inédit », conclu après plusieurs rounds de discussions.
Dans un entretien accordé à l’émission « Al-Muqabala », le responsable iranien a indiqué que la prochaine étape sera marquée par des négociations intensives, avec pour objectif, selon lui, de parvenir à une stabilité durable dans la région, à condition que toutes les parties respectent les dispositions prévues par le texte.
Saïd Khatibzadeh, également président de l’Institut d’études politiques et internationales relevant du ministère iranien des Affaires étrangères, a livré l’une des premières lectures officielles de Téhéran sur les conséquences de cet accord avec Washington.
Il a expliqué que l’Iran ne considère pas cette démarche comme le résultat d’une confiance accordée aux États-Unis, mais plutôt comme le produit d’un « équilibre » imposé par l’évolution de la guerre et par ce qu’il a qualifié de « bataille de survie » pour son pays.
Des conditions avant les négociations
Selon Khatibzadeh, les négociations ne se limitent pas à des rencontres politiques ou à un échange de messages, mais s’inscrivent dans un processus lié à l’exécution de clauses précises avant le passage aux étapes effectives.
Il a précisé que l’article 13 du mémorandum prévoit la réalisation, ou la reprise de l’exécution, de cinq points essentiels avant le début des négociations. Ces points concernent notamment le détroit d’Ormuz, le blocus, les fonds iraniens gelés, ainsi que la fin de la guerre sur plusieurs fronts, y compris au Liban.
Le responsable iranien a décrit la récente guerre comme une « bataille de survie » du point de vue de Téhéran. Il a accusé les États-Unis et Israël d’avoir engagé la confrontation dans le but de changer le système politique iranien et d’affaiblir les structures internes du pays.
Il a estimé que l’échec de ces objectifs a permis à l’Iran de remporter ce qu’il a appelé une « victoire stratégique », dans la mesure où Téhéran aurait empêché ses adversaires d’atteindre leurs buts.
« Aucune confiance en Washington »
Interrogé sur les raisons qui ont poussé l’Iran à négocier avec Donald Trump, malgré l’expérience du retrait américain de l’accord nucléaire précédent, Khatibzadeh a répondu que la question ne relevait pas de la confiance, mais de garanties objectives et de nouveaux rapports de force.
Il a affirmé que l’Iran est entré dans les discussions tout en restant prêt à faire face à toute escalade éventuelle. Selon lui, la restauration de la dissuasion est devenue un élément central des calculs iraniens.
Le responsable a également soutenu que la guerre récente avait démontré, selon Téhéran, que les analyses évoquant une faiblesse de l’Iran ou un effondrement imminent étaient erronées.
Israël et l’avenir de l’accord
Au sujet du rejet israélien du mémorandum d’entente, Saïd Khatibzadeh a affirmé que l’Iran considère les États-Unis et Israël comme deux partenaires dans la guerre. Il a ajouté que Washington devait assumer la responsabilité de garantir le respect de tout accord par Israël.
Il a accusé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, de chercher à faire échouer tout processus susceptible de conduire à une stabilité régionale, en recourant, selon lui, à l’escalade militaire pour empêcher les perspectives de paix.
Khatibzadeh a insisté sur le fait que l’Iran souhaite constater la capacité réelle des États-Unis à mettre en œuvre les engagements pris, et pas seulement à signer des documents. La prochaine phase constituera, selon lui, un test de la sincérité de Washington.
Un débat interne en Iran
Concernant l’existence de réserves au sein de l’Iran, notamment de la part de l’institution militaire, le vice-ministre a reconnu l’existence de débats internes et de courants différents. Il a toutefois assuré que les décisions liées à la sécurité nationale sont prises à travers les institutions de l’État.
Il a cité, à ce titre, le gouvernement, le Parlement et le Conseil suprême de sécurité nationale, soulignant que les différentes institutions politiques, militaires et économiques participent aux discussions avant toute prise de décision.
Selon lui, la diversité des opinions ne traduit pas une division, mais reflète le fonctionnement du système politique iranien et ses mécanismes institutionnels.
Les sanctions au cœur du dossier
Revenant sur la différence entre le mémorandum actuel et l’accord nucléaire de 2015, Khatibzadeh a estimé que l’expérience précédente avait montré à Téhéran que la levée des sanctions n’avait pas été mise en œuvre comme prévu.
Il a rappelé que l’accord nucléaire reposait sur deux volets : la non-prolifération nucléaire, d’une part, et la levée des sanctions, d’autre part. Selon lui, l’Iran a respecté le premier volet, tandis que le second n’a pas été appliqué conformément aux attentes iraniennes.
Le responsable a indiqué que la phase actuelle se distingue par l’accent mis sur des garanties pratiques, ainsi que par le rôle régional joué par des pays comme le Qatar, le Pakistan et Oman dans l’aboutissement du mémorandum, contrairement au rôle européen qui avait marqué l’accord de 2015.
Liban, Gaza et détroit d’Ormuz
Interrogé sur la mention du Liban dans le texte et l’absence de référence directe à Gaza, Khatibzadeh a affirmé que le mémorandum évoque la fin de la guerre sur tous les fronts, ce qui inclut, selon lui, la Palestine.
Il a expliqué que le Liban avait été cité directement en raison de son lien avec les développements de la guerre récente, tout en assurant que l’absence du nom de Gaza ne signifie pas son exclusion du contenu de l’accord.
Concernant le détroit d’Ormuz, il a rappelé que l’Iran et Oman supervisent leurs eaux territoriales respectives et que Téhéran garantira la poursuite du passage sécurisé des navires.
Il a précisé que le mémorandum prévoit que l’Iran prenne en charge les coûts des services de passage pendant une période de 60 jours, tout en laissant ouverte la possibilité de négocier ultérieurement de nouveaux protocoles relatifs à la gestion du détroit.
Le responsable iranien a rejeté l’idée d’une fermeture du passage ou de l’imposition de droits de transit, affirmant que les discussions portent sur des services et des protocoles liés à la navigation.
Relations avec le Golfe et médiations régionales
En réponse aux critiques selon lesquelles l’Iran aurait sanctionné les pays du Golfe en raison de son différend avec les États-Unis, Khatibzadeh a assuré que son pays ne visait pas les États arabes, mais les bases américaines.
Il a estimé que la présence militaire américaine dans la région constitue une source d’inquiétude stratégique pour Téhéran, appelant à passer d’une logique de sécurité d’un camp contre un autre à une approche de « sécurité globale pour tous ».
Le vice-ministre a salué les rôles joués par le Qatar, Oman et le Pakistan dans l’élaboration du mémorandum d’entente, considérant que leur participation reflète une évolution dans la nature des relations régionales.
Il a particulièrement mis en avant le rôle du Qatar dans la facilitation du processus de négociation, tout en soulignant la nécessité de reconstruire la confiance avec les pays du Golfe.
Fonds gelés, reconstruction et partenaires internationaux
Sur le plan économique, Khatibzadeh a affirmé que la levée des sanctions constitue un pilier central de tout accord durable. Il a insisté sur la nécessité d’un équilibre entre les restrictions liées au programme nucléaire iranien et la levée effective des sanctions.
Au sujet des fonds iraniens gelés, il a déclaré qu’il s’agit de l’argent du peuple iranien et non d’aides, ajoutant que Téhéran cherche à obtenir le dégel de l’ensemble de ses avoirs.
Quant à l’idée d’un fonds de 300 milliards de dollars destiné à la reconstruction de l’Iran, il a précisé qu’elle figure parmi les questions qui devront être négociées lors de la prochaine phase, sans que ses détails n’aient encore été tranchés.
Le responsable iranien a également évoqué les relations de son pays avec la Turquie, qu’il a qualifiées d’excellentes, ainsi qu’avec la Chine et la Russie, présentées comme des partenaires comprenant la nature de la confrontation stratégique entre Téhéran et Washington.
Le Hezbollah, un dossier « libanais »
Enfin, Saïd Khatibzadeh a abordé la question du Hezbollah, qu’il a décrit comme un mouvement politique et de résistance libanais. Il a affirmé que l’avenir du parti relève des Libanais eux-mêmes.
Il a ajouté que l’Iran considère nécessaire de mettre fin à l’occupation et de respecter les frontières internationales, estimant que la stabilité régionale dépend du respect du droit international par toutes les parties.
À travers ces déclarations, Téhéran cherche à présenter le mémorandum d’entente avec Washington comme une étape encadrée par des garanties, des équilibres régionaux et des conditions préalables, plutôt que comme un simple retour à la table des négociations.
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Auteur: Yassine Atoui
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