
Avec le coup d’envoi de la Coupe du monde de soccer 2026, pour de nombreux amateurs du ballon rond, Montréal possédait tous les atouts nécessaires pour être au rendez-vous du plus grand évènement sportif de la planète. Son absence parmi les villes hôtes canadiennes laisse un sentiment inachevé et nourrit encore aujourd’hui le regret d’avoir manqué un évènement qui aurait généré d’importantes retombées économiques pour la métropole francophone d’Amérique du Nord. La décision du gouvernement du Québec de renoncer à accueillir des matchs de cette compétition à Montréal, qui continue de susciter encore l’incompréhension, est-elle légitime ?
Montréal et le rendez-vous manqué de la Coupe du monde
Après l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde de football 2026 par le Canada, les États-Unis et le Mexique, plusieurs observateurs s’attendaient à voir Montréal parmi les villes hôtes de cette compétition, d’autant plus que la métropole présente des atouts solides pour accueillir un évènement d’une telle envergure. Montréal jouit d’un rayonnement international, une ville attractive qui s’est forgé une grande réputation en matière d’organisation d’évènements internationaux (Exposition universelle 1967, Jeux olympiques 1976, Coupe du monde féminine de football 2015, Grand Prix de formule 1 et nombreux festivals et congrès internationaux). La passion des Montréalais pour le football présente aussi un argument solide. Longtemps considéré comme un sport secondaire au pays du hockey, le soccer a connu une croissance fulgurante au cours des dernières décennies dans la métropole. Aussi, une Coupe du monde disputée sur une terre francophone avec une identité culturelle particulière aurait offert une expérience différente de celles proposées par les villes américaines et mexicaines. Avec autant d’arguments de poids, pourquoi alors Montréal a-t-elle renoncé à la Coupe du monde 2026?
La réponse à cette question est avant tout pécuniaire. Les coûts ayant trait à la modernisation des infrastructures, aux exigences de sécurité de la FIFA et à l’organisation des matchs présentaient une bagatelle somme de plus d’un milliard de dollars en fonds publics. Cette somme initiale a été revue à la hausse en raison de l’inflation et, selon l’enquête menée par Romain Schué, journaliste à Radio-Canada, les 13 matchs organisés au Canada auraient coûté entre un et deux milliards de dollars canadiens. De plus, la FIFA exigeait qu’aucun événement sportif ou culturel d’envergure ne se tienne pendant la compétition, tout en réquisitionnant des sites stratégiques comme le Vieux-Port et le parc Jean-Drapeau. Montréal aurait ainsi été contrainte de suspendre plusieurs manifestations emblématiques qui contribuent à son rayonnement international avec un important manque à gagner, notamment le Grand Prix de Formule 1, le Festival international de jazz et les Francos de Montréal. Par ailleurs, dans son enquête intitulée « FIFA : la machine à sous », le journaliste, Romain Schué, révèle que les retombées économiques exceptionnelles annoncées par la FIFA, évaluées à 3,8 milliards de dollars canadiens, reposent sur des projections jugées peu réalistes. Il souligne notamment que les revenus générés par la billetterie (déjà très onéreuse) et par la publicité sont encaissés exclusivement par la FIFA, laquelle exige en outre des gouvernements des pays hôtes des exemptions fiscales.
En somme, Montréal n’a pas été écarté de la Coupe du monde 2026, mais qu’elle a volontairement renoncé à sa candidature, le gouvernement de la province a jugé que les exigences de la FIFA et les coûts potentiels pour les finances publiques étaient trop élevés par rapport aux retombées directes et indirectes tant louées par la première instance du football mondial.
Sofiane Idir
