
Très attendue après tant de pression de la part des étudiants étrangers et de travailleurs temporaires, la réouverture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a été annoncée le 21 avril 2026 par la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette. La nouvelle cheffe caquiste, qui a promis une approche plus humaine en matière d’immigration, a confié à M. François Bonnardel, nommé ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, la diligente tâche de réactiver le PEQ pour une période de deux ans.
Mis en place pour favoriser l’établissement durable des travailleurs temporaires et des étudiants internationaux diplômés au Québec, le PEQ était l’une des principales voies d’accès rapide à la résidence permanente. Sa fermeture officielle, le 19 novembre 2025, avait provoqué un fort tollé chez les personnes lésées, qui dénonçaient une injustice et une volte-face du gouvernement, remettant en cause leurs projets d’établissement.
Le retour du PEQ suscite des inquiétudes
Certes, la relance de ce programme a été largement accueillie par la population concernée et les acteurs du milieu de l’immigration, mais cet enthousiasme demeure marqué par des inquiétudes concernant les modalités concrètes de la relance de ce programme.
Concernant les critères d’admissibilité, le gouvernement évoque la possibilité d’une « clause de droits acquis », destinée à favoriser les personnes qui étaient admissibles avant la fermeture du programme. Mais cette démarche pourrait exclure certains candidats ayant acquis leur admissibilité après novembre 2025, créant ainsi de nouvelles inégalités.
Il faut le rappeler qu’à sa création, le PEQ comprenait deux volets : les étudiants internationaux diplômés du Québec et les travailleurs étrangers temporaires. Ces deux volets ont été suspendus avant d’être abolis. Or, le gouvernement n’a pas encore indiqué si ces deux volets seront rétablis ou si la reprise est seulement partielle.
Par ailleurs, le retour du PEQ soulève de nouveau la question des personnes qui étaient obligées de quitter le Québec faute de statut légal, à la suite de l’abolition de ce programme. En effet, rien ne garantit qu’elles puissent profiter de cette relance, ce qui nourrit un fort sentiment d’injustice chez les anciens candidats.
Sur le plan administratif, le défi demeure considérable. Le Québec maintient ses seuils d’immigration annuels, fixés à 45 000 nouveaux résidants permanents pour la période de 2026-2029, dont 29 000 relevant de l’immigration économique. Dans un tel contexte, la concurrence pour obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ) risque d’être forte, et les délais de traitement pourraient s’allonger, notamment en raison de la coexistence avec le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
En somme, même si le retour du PEQ constitue un signal positif pour des milliers de travailleurs temporaires et étudiants étrangers, mais sans balises claires, la relance de ce programme risque de reproduire les mêmes incertitudes de ces dernières années, alimentant les inquiétudes des candidats et des employeurs. En effet, la cohérence de la politique d’immigration reste en question. Entre la récente fermeture du PEQ, la mise en place du PSTQ, puis le retour partiel du programme, le système québécois donne une impression d’instabilité qui nuit à sa prévisibilité et à son attractivité à l’international.
Sofiane Idir
