Après le succès mondial de Les yeux de Mona vendu à plus d’un million d’exemplaires, Thomas Shlesser invite le lecteur à explorer l’univers des poètes dans Le chat du jardinier[1]. Directeur de la Fondation Hartung-Bergman et professeur d’histoire de l’art à l’École polytechnique, il a obtenu le prix de « l’Auteur de l’année » et a été élu « Book of the year » aux Etats-Unis par Barnes & Noble en 2025.

Les mots à la rescousse des maux

Louis qui s’avère être un jardinier d’une extrême sensibilité n’arrive pas à rebondir suite à la tempête qui vient de ravager l’arrière-pays provençal : « Toute la campagne priait en secret pour que cesse cette frénésie insensée de l’air et de la pluie qui, sous l’effet des bourrasques, tombait à l’oblique. Et ce n’étaient ni les lances du mistral ni les colères familières de l’orage ou de la foudre, si fréquentes sur les côtes méditerranéennes, qui faisaient ce soir-là claquer les volets et sursauter les enfants, mais un tumulte d’une violence inconnue, presque surnaturelle. » (P. 12)

Ce qui particularise le jardinier c’est son chat. Il est tout le temps avec lui. Non nommé, cet animal de compagnie représente tout ce dont a besoin un être humain, affection, attention voire même soins quand la maladie se révèle. Dans ce lien étroit entre le jardiner et le chat apparaît Thalie, professeure de français nouvellement retraitée. L’échange entre eux se fait d’emblée. D’un côté, il s’occupe de son domaine et de l’autre côté elle chatouille sa sensibilité grâce à la poésie. Ce monde des mots où le détail compte est traversé par des poètes qui ont marqué l’Histoire. En effet, Louise Ackermann, Guillaume Apollinaire Louis Aragon, Antonin Artaud, Thérèse d’Avila, Brbara, Charles Baudelaire, William Blake, Alexandre Blok, Nicolas Boileau, Jorge Luis Borges, Georges Brassens, Jacques Brel, Emily Brontê, Michel-Ange Buonarroti, Aimé Césaire, Réné Char, Danté, Marceline Desbordes-Valmore, Robert Denos, Emily Dickinson, Birago Diop, T.S Eliot, Paul Eluard, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Federico Garcia Lorca, Johann Wolfgang Von Goethe, William Ernest Henley, José Maria de Heredia, Friedrich Hôlderlin, Homère, Victor Hugo, Rudyard Kipling, Ivan Andreîevitch Krylov, Louise Labé, Jean de la Fontaine, Alphonse de Lamartine, Nicolaus Lenau, Giacomo Leopardi, Vladimir Maîakovski, François de Malherbe, Stéphane Mqllqrmé, Ossip Mandelstam, Marie de France, Filippo Tommasso Marinetti, John Milton, Pablo Neruda, Gérard de Nerval, Anna de Noailles, Ovide, Cesare Pavese, Fernando Pessoa, Edgard Allan Poe, Alexandre Pouchkine, Jacques Prévert, Marcel Proust Raymond Queneau, Rainer Maria Rilke, Arthur Rimbaud, Maurice Rollinat, Pierre de Ronsard, Jacques Roubaud, Claude Roy, Sappho, Léopold Sédar Senghor, Gaspara Stampa, Anna Sylvestre, Torquato Tasso, Georg Trakl, Marina Tsvetaîeva, Jacint Verdaguer, Paul Verlaine, François Villon, Virgile, Roger Waters, Phillis Wheatley, Walt Whitman, Mary Wroth, sont cités pour expliquer au jardinier que si l’être humain ne prend pas le temps de prendre conscience de ce qui l’entoure il ne peut en aucune manière donner un sens à sa vie. C’est bien grâce à la poésie que le quotidien n’est pas un simple recommencement des gestes mais une cadence, un mouvement qui cherche une symphonie pour assurer le rythme.

Le chat du jardinier un roman formulé à l’image d’un cours accordé aux étudiants, rappelle tous ceux qui ont marqué l’Histoire. En prenant comme personnages principaux Thalie et Louis, Thomas Shlesser réussit à soigner les blessures d’un lecteur susceptible d’être dans un état de souffrance. Le chat, animal ne pouvant prononcer des mots, est pris dans un état où il est suivi par une vétérinaire. La maladie grave se confirme et Louis se retrouve désemparé. L’auteur, par son habileté, arrive à faire valser les sentiments, souvent en continuel changement.

Thomas Shlesser ne se contente pas de narrer mais suscite la curiosité de celui qui lit pour explorer ce qui se cache derrière tous les poèmes qui ont été écrits jadis.

Lamia Bereksi Meddahi

[1] Thomas Shlesser. Le chat du jardinier. Ed/Albin Michel. 2026. 381 pages

By Lamia Bereksi Meddahi

Lamia Bereksi Meddahi est l’auteure de la première thèse de doctorat sur le dramaturge algérien Abdelkader Alloula. Elle a publié La famille disséminée, Ed/marsa, 2008, une pièce de théâtre Dialogues de sourds, Ed/L’harmattan, 2014. Elle enseigne à l’université Paris XII et se consacre à la littérature maghrébine ainsi que le théâtre dans le monde arabe. Depuis 2014, Lamia est membre de l’équipe éditoriale au journal L'initiative.