Dans le domaine de l’administration des affaires et de la gestion des ressources humaines au Québec, le dossier de l’employé est un document officiel rigoureusement encadré par la loi. Loin d’être un espace de commentaires discrétionnaires pour la direction, il doit refléter des faits vérifiables, objectifs et mesurables. Pourtant, l’inscription de motifs infondés ou mensongers par un supérieur immédiat constitue une faute juridique grave, qui engage la responsabilité de l’organisation et outrepasse les limites légales du droit de direction. 

Le cadre légal et les droits fondamentaux du travailleur

Sur le plan légal, ce type d’agissement contrevient directement aux obligations fondamentales de loyauté et de bonne foi dictées par les articles 1457 et 2087 du Code civil du Québec. De plus, l’article 4 de la Charte des droits et libertés de la personne garantit à chaque travailleur le droit à la dignité et à la sauvegarde de sa réputation. Modifier ou noircir arbitrairement le profil d’un employé dans le but de bloquer sa progression de carrière interne transforme l’évaluation de performance en un acte de harcèlement psychologique au sens de la Loi sur les normes du travail. 

Un frein illégal à la progression de carrière interne

Les répercussions de cette dérive managériale se manifestent concrètement lors des processus de dotation. Lorsqu’un employé qualifié se voit injustement écarté d’une promotion au profit d’un candidat externe, les clauses de mouvements de personnel et de priorité d’emploi protégées par la convention collective sont violées. L’utilisation de notes discrétionnaires et biaisées pour justifier un refus de poste constitue un détournement de pouvoir que le cadre réglementaire québécois condamne fermement.

Le mécanisme du grief et les pouvoirs de réparation

Face à ces abus, le milieu syndiqué offre des remparts juridiques robustes par le mécanisme exclusif du grief. Les arbitres de relations de travail possèdent des pouvoirs de réparation étendus pour rétablir l’équité. Ils peuvent ordonner le nettoyage complet et définitif du dossier, imposer l’octroi du poste refusé avec pleine rétroactivité salariale, et condamner l’employeur au versement de dommages-intérêts moraux et punitifs. Si la toxicité du climat de travail pousse le salarié à la démission, la jurisprudence qualifie cette rupture forcée de congédiement déguisé, entraînant des sanctions financières encore plus lourdes pour l’entreprise.

Des conséquences graves sur la santé organisationnelle

Au-delà de l’aspect juridique, cette problématique engendre des conséquences systémiques sur la santé organisationnelle et humaine. Évoluer dans un environnement où les données de performance sont falsifiées génère une détresse psychologique documentée, menant fréquemment à l’épuisement professionnel ou à des lésions professionnelles reconnues par la CNESST.

En somme, la saine gouvernance des entreprises exige une transparence absolue et une rigueur éthique. Les gestionnaires doivent assimiler que le dossier du personnel est un outil de conformité administrative, et non un mécanisme de représailles. La falsification morale d’un historique professionnel représente une rupture de confiance organisationnelle et une violation des lois québécoises que les tribunaux ne tolèrent pas

Martine Dallaire, B.A.A.