
À Montréal, le grand manitou Lamine Touré contribue depuis quatre décennies à faire connaitre la richesse des expressions artistiques africaines auprès d’un vaste public canadien. Anciens danseur et chorégraphe du Ballet national de Guinée, Lamine Touré est arrivé au Québec en 1974 et, dans son escarcelle, cette heureuse disposition pour faire connaitre les musiques africaines en terre d’Amérique du Nord. En 1985, avec Suzanne Rousseau, il lance le Balattou qui, au fil des années, est devenu une véritable institution pour les musiques du monde à Montréal. Toujours avec son compère, il fonde, en 1987, le Festival international Nuits d’Afrique, qui célèbre cette année ses 40 ans de musique de l’Afrique, des Caraïbes et de l’Amérique latine. Cet ambassadeur hors pair de la culture africaine est connu pour son engagement envers les artistes émergents et sa bosse de créer des passerelles entre les cultures et les peuples. Sa riche programmation a permis à de nombreux musiciens africains de se produire pour la première fois en Amérique du Nord.
La salle cabaret MTelus, au cœur du Quartier des spectacles, a vibré, samedi soir, au rythme des sonorités guinéennes à l’occasion d’une soirée hommage dédiée à Lamine Touré. Organisée sous le patronage du ministère guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, et par l’entremise du Fonds de Développement des Arts et de la Culture (FODAC), cette soirée a réuni plusieurs grandes figures de la musique guinéenne pour célébrer un homme qui, depuis plus de quarante ans, contribue au rayonnement des cultures africaines au Québec et en Amérique du Nord.
Dans son allocution, le directeur général du FODAC, Malick Kébé, présenté au public par l’animatrice de la soirée, l’artiste brésilienne Bïa Krieger, a souligné que cet hommage se veut une reconnaissance à l’égard : « d’un compatriote qui nous rend fier », et de sa contribution remarquable au rayonnement international de la culture guinéenne et africaine. Il a rappelé que le parcours de Lamine Touré illustre le rôle que peut jouer la culture comme vecteur de dialogue entre les peuples et comme levier de développement pour les artistes du continent africain.
Devant une galerie comble et conquise, les artistes Degg J, Sia Tolno, AK, Manamba Kanté et Soul Bang’s se sont succédé sur scène dans une ambiance festive et endiablée, offrant au public un voyage musical entre traditions mandingues, afro-pop, reggae, rap et musiques urbaines contemporaines. Chacun, à sa manière, a rendu un vibrant hommage à celui que plusieurs surnomment affectueusement « le baobab » de la culture africaine à Montréal. Aux côtés des artistes guinéens, la diva malienne Oumou Sangaré a également pris part à cette soirée hommage, dont la présence a ajouté un éclat particulier à cet évènement.
Sur scène, les artistes ont enchainé des prestations devant un public charmé, qui s’est ambiancé au rythme de chaque morceau. Sia Tolno, connue pour son engagement social et la puissance de sa voix, a offert une performance vibrante, alliant rythmes traditionnels et sonorités contemporaines. Le duo de charme formé par Soul Bang’s et Manamba Kanté, figures emblématiques de la scène musicale guinéenne, a enflammé MTelus avec plusieurs de leurs succès. De leur côté, les rappeurs Degg J et AK ont insufflé une énergie résolument urbaine et moderne à cette célébration de la musique guinéenne. L’émotion était palpable lorsque plusieurs artistes ont témoigné de l’influence qu’a exercée Lamine Touré sur leur parcours. Nombre d’entre eux ont rappelé que Nuits d’Afrique avait constitué leur première grande scène internationale, ouvrant la voie à une carrière au-delà des frontières africaines.
En célébrant Lamine Touré, la Guinée rend ainsi hommage à un homme dont l’œuvre dépasse largement le cadre d’un festival, c’est celle, en effet, d’un passeur culturel qui bâtit des ponts entre les peuples et transmet le patrimoine entre les générations. Cette soirée mémorable a une forte portée symbolique et témoigne de la reconnaissance d’un pays, voire d’un continent envers l’un de ses ambassadeurs culturels les plus influents à l’étranger.
Sofiane Idir
