
Le cinéma algérien était à l’honneur ce mardi 7 avril, dans le cadre de la 42e édition du Festival international de cinéma Vues d’Afrique, à Montréal. L’espace Baobar et les salles de projection de la Cinémathèque québécoise ont accueilli une programmation riche, mettant en valeur un cinéma reconnu pour son engagement, né au cœur de l’une des grandes révolutions du XXe siècle, la guerre d’Algérie.
Après le mot d’accueil du corps diplomatique algérien, le public, venu nombreux, a assisté à un intermède intéressant consacré au travail militant de Frantz Fanon, présenté brillamment par l’éminent historien Frantz Voltaire, qui précise que la pensée de Fanon demeure toujours d’actualité pour comprendre les violences inouïes qui secouent le monde aujourd’hui.

À la marge de cette soirée dédiée au cinéma algérien, le public a été convié à découvrir l’exposition de Samia Henni qui s’intitule : Toxicité coloniale : architecture et paysage radioactifs français dans le Sahara. En collaboration avec le Centre de design de l’UQAM, cette exposition multimédia immersive retrace, dans treize assemblages, les impacts spatiaux, atmosphériques et géologiques des bombes nucléaires françaises dans le Sahara algérien.

Après ce prélude, place au grand écran avec la diffusion de quatre films algériens : le moyen métrage documentaire, Fenêtre, d’Abdelkader Guidoum ; les longs métrages documentaires, Le Serment d’Hippocrate, de Nadia Zouaoui, et Frantz Fanon, mémoire d’asile, de Bachir Ridouh et Abdenour Zahzah, ainsi que le film Fouroulou, d’Ali Berkennou.
Le documentaire d’Abdelkader Guidoum propose une immersion sensible dans l’état d’âme d’un jeune candidat à l’immigration, qui scrute, à travers sa fenêtre, un avenir qu’il imagine prometteur sur la rive nord de la Méditerranée. Visa en main, les derniers moments avant le départ sont chargés d’émotions, d’espoirs, mais aussi d’interrogations face à un ailleurs incertain.
Le Serment d’Hippocrate est un documentaire québécois de la réalisatrice algéro-canadienne Nadia Zouaoui, qui nous restitue les parcours de combattants de quatre médecins immigrants tentant, en vain, d’intégrer le système de santé québécois. Le film met en lumière le paradoxe d’un système qui entretient la rareté des médecins tout en préservant certains avantages professionnels, malgré des besoins criants en main-d’œuvre qui pourraient être en partie comblés par une intégration plus souple des médecins formés à l’étranger. La projection de ce documentaire a été suivie d’une discussion enrichissante avec la réalisatrice et Karim Laribi, médecin algérien ayant participé au film.
La projection de Frantz Fanon, mémoire d’asile, a constitué un moment fort de cette soirée. Le public y découvre, avec beaucoup d’émotion, la vie d’un médecin psychiatre, d’un écrivain et d’un penseur qui a marqué l’humanité par ses idées et son combat anticolonialiste. Le retour sur les lieux de mémoire et les témoignages saisissants de personnes ayant travaillé avec Frantz Fanon à l’hôpital psychiatrique de Blida, en Algérie, permettent de faire émerger la porterait d’un homme passionné et humaniste, pour nous offrir un moment intime avec lui. Ce travail de mémoire est enrichi par le témoignage de son éditeur, François Maspero, qui apporte un éclairage pertinent pour mieux comprendre le parcours et la pensée de Frantz Fanon.
Le long métrage, Fouroulou, rappelons-le, est une adaptation du roman, Le fils du pauvre, de Mouloud Feraoun, publié en 1950. Ce film nous renvoie dans une Kabyle rurale des années 1930, sous le joug colonial et à la merci de la misère pour suivre le rêve d’un enfant berger qui croyait en la vertu de l’école. Cette œuvre parvient avec brio à mettre en image le récit autobiographique de l’écrivain grâce à un décor authentique, un scénario remarquable en langue kabyle et une restitution fidèle des traditions et valeurs de la société kabyle de l’époque.

En fin de soirée, dans l’espace Baobar de la cinémathèque, un intermède musical algérien a été offert au public, animé par une troupe de l’école Ladjrafi de musique d’Algérie et d’arts.
Sofiane Idir
Photos D.R. (Sofiane Idir)
