Au cours des dernières semaines, l’attention des consommateurs a été portée vers les prêts sans enquête de crédit, lesquels ont fait l’objet de quelques reportages télévisés. S’ils semblent constituer une alternative salvatrice pour certains consommateurs, en raison du fait qu’ils ne requièrent aucun antécédent de crédit, il faut savoir que très souvent, ils appauvriront davantage ceux qui en font la demande.

Prenons un exemple fictif, une dame prénommée Jeannette, salariée dans la quarantaine, qui doit payer des frais d’orthodontie pour son adolescent, mais qui ne possède pas d’assurance dentaire. Elle n’était vraiment prête à faire face à cette situation. Son budget état très serré, elle ne dispose pas de la somme totale pour payer ladite facture. Elle se tourne donc vers un prêteur sans enquête de crédit et au bout de quelques heures, ayant fourni ses renseignements bancaires et personnels demandés, se retrouve avec la somme requise dans son compte bancaire, sous forme d’un prêt de 3500$, remboursable sur quatre ans, à raison de 186$ par mois.

Ignorant quelques principes fondamentaux de la finance, Jeannette vient de commettre une grave erreur en contractant un prêt qui risque de l’entraîner dans les dédales du surendettement. Mais quelle est donc cette erreur? La quadragénaire a paraphé ce qu’on appeler un «contrat de prêt d’argent». En examinant méticuleusement celui-ci, on se rend compte que les frais de crédit à l’échéance auront été une fois et demie supérieurs au montant emprunté! En effet, ledit contrat stipule que le «total des frais de crédit pour toute la durée du prêt» atteindra 5 445$ alors que le capital emprunté est de 3 500$. Ceci représente presque 2 000$ en frais d’intérêts. Si on s’attarde à ce que cette somme représente comme taux de crédit, on constate que celui-ci atteint 57% annuellement. Un tel taux se rapproche grandement du taux usuraire fixé par le Code criminel, lequel est de 60%.

Comment le créancier de Jeannette peut-il lui imposer un taux de crédit si près du taux usuraire en toute légalité? Non seulement, lui prête-t-il à un taux d’intérêt élevé, mais il lui offre aussi plusieurs assurances (invalidité, vie et perte d’emploi), en plus de lui imposer des frais de courtage et d’ouverture de dossier. La consommatrice, maîtrisant peu le langage financier, tombe dans le panneau et achète trois assurances, pour une prime totalisant 1 358$, qui s’ajoute aux frais de crédit et, répartie comme suit : une assurance vie de 203$, une assurance invalidité de 701$ et  une assurance perte d’emploi involontaire de 454$.

Au coût de cette prime d’assurances-prêt de 1 358$ s’ajoutent les frais d’intérêt de 33,99% sur l’assurance, soit une somme de 1 142$ pour la période de quatre ans. Ces primes représentent à elles seules, un taux d’intérêt de 33,99% sur le capital emprunté de 3 500$. Décompte final des frais de crédit exigés à notre consommatrice : 5 445$ (répartis comme suit: 2 945$ en intérêts, 1 358$ en primes d’assurance et 1 142$ en intérêts sur les primes d’assurance. Il est à noter qu’en vertu de la loi sur la protection du consommateur, un client n’a aucune obligation légale de souscrire à une assurance sur un contrat de prêt.

Comme on peut le constater, il aurait été préférable pour Jeannette de contracter un prêt personnel régulier et de trouver un endosseur, si sa capacité d’emprunt est limitée, ou tout simplement prendre une entente de paiement avec son orthodontiste.

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