
Tant attendue, l’annonce de la date de réouverture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a été, enfin, dévoilée par ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec (MIFI). Le PEQ sera ouvert le 2 juillet pour une période de deux ans, à savoir jusqu’au 2 juillet 2028. Cette nouvelle est accueillie avec soulagement par de nombreux étudiants étrangers, travailleurs temporaires et employeurs, même si plusieurs zones d’ombres subsistent, regrettent des organisations étudiantes et syndicales.
Qui sont les candidats admissibles au PEQ ?
La réouverture du PEQ concernera ses deux volets, celui des diplômés du Québec et celui des travailleurs étrangers temporaires ayant acquis les qualifications requises (avoir obtenu l’un des diplômes québécois admissibles reconnus par le MIFI ou cumulé au moins deux années d’expérience de travail admissible) avant la suspension de ce programme, le 19 novembre 2025. Afin de respecter les cibles d’immigration fixées par le Québec (45 000 nouveaux résidants permanents pour la période de 2026-2029, dont 29 000 relevant de l’immigration économique), le gouvernement de Christine Fréchette a décidé de recevoir les demandes par périodes successives. Une première fenêtre de dépôt sera ouverte du 2 juillet au 31 octobre 2026 pour les deux volets du PEQ. Selon le nombre de demandes enregistrées à l’issue de cette période, de nouvelles périodes de réception pourraient être annoncées avant la fin du programme.
Contrairement à ce que craignaient plusieurs candidats, aucun plafond ne sera imposé pour cette première période. Toutes les demandes conformes aux critères établis seront traitées par le ministère de l’Immigration. Toutefois, le gouvernement a précisé que le délai de traitement de six mois, qui était autrefois respecté dans ce programme, ne sera pas rétabli.
La réouverture du PEQ : une bonne nouvelle et des interrogations
Pour les candidats admissibles au PEQ, cette nouvelle est avant tout un immense soulagement. Depuis la fermeture de ce programme, des milliers de travailleurs et diplômés étrangers vivaient dans l’angoisse de devoir quitter le Québec malgré des années d’études, et de travail et des efforts d’intégration. Certains avaient même laissé en rade des projets personnels ou professionnels dans l’attente d’une décision gouvernementale.
La réouverture du PEQ est saluée aussi par plusieurs acteurs économiques. Des entreprises, notamment en région, craignent de perdre une main-d’œuvre déjà formée, francophone et intégrée dans les communautés québécoises. Pour l’Union des municipalités du Québec (UMQ), la réouverture du PEQ arrive à point nommé pour l’ensemble du Québec et permet d’assurer une continuité essentielle et d’éviter le départ de travailleurs dont les régions ont un besoin impérieux. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) accueille également favorablement cette réouverture et demande au gouvernement fédéral la mise en place d’un mécanisme de renouvellement des permis de travail afin de permettre le traitement des demandes de PEQ et de prévenir la perte de ces candidats précieux pour le marché du travail. Selon les données de sondages de cette institution, 42 % des PME comptent sur l’immigration pour recruter, et le non-renouvellement de travailleurs étrangers temporaires place des entreprises à risque.
Le retour du PEQ représente donc « une voie supplémentaire », sans pour autant constituer une solution globale aux enjeux d’immigration économique. Après avoir fermé une porte qui semblait définitivement condamnée, le gouvernement rouvre aujourd’hui un chemin vers la résidence permanente pour des milliers de personnes qui avaient déjà choisi de faire du Québec leur terre d’accueil. Reste désormais à savoir si cette réouverture temporaire débouchera sur une solution durable ou si elle ne constitue qu’une parenthèse dans un débat qui continue de diviser la société québécoise. Cependant, des interrogations demeurent. Qu’en est-il des personnes ayant quitté le Québec après l’abolition du PEQ faute de perspective de régularisation ? Comment le gouvernement gérera-t-il l’afflux des demandes et les délais de traitement ? Enfin, la réouverture du programme pour seulement deux ans laisse planer une incertitude sur l’avenir de cette voie d’immigration qui, pendant plus d’une décennie, a constitué l’un des principaux outils d’attraction et de rétention des talents internationaux.
Sofiane Idir
