Titulaire d’une maîtrise et d’un DESS, Sadia Barèche consacre ses loisirs depuis vingt ans à la promotion des cultures du Maghreb. Avec un esprit vif, elle déploie toute son énergie pour donner une parole à la mémoire qui, parfois s’exprime timidement. Quand l’Histoire cherche des témoins pour se dire, elle trouve des écrits pour la révéler. C’est dans le cadre de cette idée que Les couplets subversifs[1] de Sadia Barèche sont formulés. En prenant comme point central le carnet de Said Ourabah écrit à Tizi Ouzou le 14 février 1945, l’auteure interroge le passé en ne lésinant pas sur les détails. Elle explique à la page 11 : « Ce corpus, qui rejoint les thèmes islamiques généraux présents dans le soufisme des origines, tels que je les ai découverts aux cours d’islamologie que j’ai longtemps fréquentés à l’Ecole pratique des hautes études, présente une autre facette, historique celle-là, puisque composé durant la période coloniale dont il décrit les faits. S’y ajoutent bien évidemment une poétique particulière et un vocabulaire propre à la poésie orale kabyle sur lesquels je ne m’attarderai pas, d’autres l’ayant fait bien avant moi et de façon magistrale ».  Ce qui est oral prouve la spontanéité et la sincérité d’un ressenti. En interrogeant l’auteure sur ses motivations quant à la rédaction de Les couplets subversifs, elle répond : « L’élément moteur qui a conduit à l’écriture c’est l’assassinat des moines de Thibhirines en 1996[2]. Cet événement qui va à l’encontre de la tolérance a incité l’auteure à démontrer que la religion est l’assise sur laquelle repose la connaissance de l’autre. Dans sa différence, elle invite à s’imprégner de ce qu’on ne connait pas tout en œuvrant à ne pas froisser les sensibilités.                 

  • L’enseignement et ses portées :

Sadia Barèche rappelle les propos d’Alfred Rambaud rédigés en 1897 : « La première conquête de l’Algérie a été accomplie par les armes et s’est terminées en 1871 par le désarmement de la Kabylie. La seconde conquête a consisté à faire accepter aux indigènes notre administration et notre justice. La troisième se fera par l’école »[3]. Si l’école est le moteur de l’apprentissage, la culture orale est une source d’où on peut tirer toutes les richesses. Comme l’a dit l’auteure lors de l’interview : « Le premier homme qui a transcrit l’oral vers l’écrit c’est Si Amar U Said Boulifa ». Dans l’esprit de la transmission le carnet de Said Ourabah, février 1945, est mis comme référence qui sert de pivot à la trame de Les couplets subversifs. Elle écrit : « Faire connaître ce corpus sans rien savoir de l’auteur si ce n’est son nom n’était possible qu’à travers le parcours de mon père qui fut le « translateur »- celui qui a accueilli et rédigé ces textes-, et celui de mon grand-père qui fut lui un fervent adepte de la Rahmanya, sans qui cet intérêt porté à des œuvres à la fois mystiques et en prise avec le réel n’aurait pas existé ». [4]

  • Aperçu du carnet :

En interrogeant l’auteure sur la composition du carnet :

On voit dans le corpus 10 couplets. Ensuite la traduction est répartie en six chants où figurent des couplets. Pouvez-vous expliquer le procédé du traducteur ? S’agit-il du même corpus ou y-a-t-il eu des rajouts ?

Elle répond :

En fait j’ai donné une photo du premier chant pour mettre en avant l’allure du cahier et la belle écriture de l’époque. Ensuite, j’ai redonné ce même premier chant en écriture kabyle de l’époque qui était phonétique. Et enfin l’ensemble des chants en écriture d’aujourd’hui, takbaylit, reconnue par le haut conseil à l’amazighité. En face, et sur la même page la traduction. Les couplets subversifs peuvent être considérés comme un appel à la mémoire pour que les générations à venir prennent conscience d’un vécu en mesure de servir leur avenir.

Lamia Bereksi Meddahi


[1] Ed/Casbah, 2018.

[2] Le 15/03/2019.

[3] Ibid, p. 68.

[4] Ibid, p. 11

By Lamia Bereksi Meddahi

Lamia Bereksi Meddahi est l’auteure de la première thèse de doctorat sur le dramaturge algérien Abdelkader Alloula. Elle a publié La famille disséminée, Ed/marsa, 2008, une pièce de théâtre Dialogues de sourds, Ed/L’harmattan, 2014. Elle enseigne à l’université Paris XII et se consacre à la littérature maghrébine ainsi que le théâtre dans le monde arabe. Depuis 2014, Lamia est membre de l’équipe éditoriale au journal L'initiative.

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