Marie-Adélaide, personnage principal dans le roman  Sa mère[1] de Saphia Azzeddine, cherche sa mère biologique. Née sous X, elle déploie tout ce qui est en son pouvoir pour comprendre les raisons qui ont poussé sa mère Alix Canon Saint clair à l’abandonner. À la tête d’une grande entreprise de mode, elle faisait et défaisait les destins en un tour de main. Marie-Adélaide a chargé son ami Kader d’aller sur les traces de cette dame en surveillant les moindres gestes.

Elle a découvert que cette femme d’affaires partait se recueillir sur la tombe d’un certain Brahim. Il était un employé dans le magasin de chaussures appartenant à ses parents. Sa relation avec lui a donné naissance à Marie-Adélaide. Contrainte de l’abandonner Suite à la pression de son père, comme elle l’explique à sa fille : « Dépouillée face à mon père, baissant les yeux et acquiesçant sans résistance, je l’ai sacrifié pour un idéal familial vulgaire mais dont j’étais l’unique garante, me répétaient-ils en chœur : « Ton frère est mort, il n’y a plus que toi, tu ne peux pas nous faire ça » Et alors non, je ne leur ai pas fait. En dehors de ses bras, sa force me faisait défaut »[2].

L’héritage insoupçonné.

Suite à un concours de circonstance, les deux protagonistes se sont retrouvés à l’hôpital. Marie-Adélaide a fait don de son rein mais par mal chance, la mère biologique n’a pas survécu à un choc anaphylactique très grave dû à ses nombreuses allergies. Son décès a basculé sa fille dans une nouvelle vie. Héritière de dix millions d’euros, elle se retrouve à occuper le poste de sa mère. Elle dit : « J’ai fait plus que retrouver ma mère, j’ai trouvé mon point d’ancrage. Je ne suis plus une chrysalide, je suis un papillon. Ça ne m’empêche pas d’être triste. Je l’ai toujours été et le serai probablement encore longtemps. J’envisage tout comme une raison d’amplifier ce sentiment de désespoir contre lequel je lutte et qu’il m’arrive parfois de dépasser. Parfois seulement. La tristesse m’a non seulement vaincue, mais elle me signifie qu’elle gagnera sans cesse, car elle me prend par surprise. Elle sait s’immiscer dans les interstices de mon âme pour y saler mes souvenirs sucrés. Cette compagne du quotidien débarque avec les clés de mon cœur, elle l’envahit mais ne l’empêche plus »[3].

Les raisons qui conditionnent le comportement sont fréquemment négligées pour laisser place au jugement hâtif. Tout compte fait, Alix Canon Saint clair n’avait pas décidé délibérément de rejeter sa fille Marie-Adélaide. Ce roman à multiple facettes ouvre les voies à plusieurs pistes de réflexion relatives au lien « mère-fille ».

Lamia Bereksi Meddahi

[1] Ed/ Stock, 2017.

[2] Id, P. 207

[3] Ibid, p. 234.

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