Le livre d’Yvo Jacquier La géométrie avec les yeux , fruit d’une longue collaboration avec l’IREM, notamment Jean-Paul Guichard, s’intéresse à l’alliance entre l’art et les mathématiques. La réalisation d’une œuvre semble très simple pourtant tout un travail est fait en amont pour aboutir à la dernière version. L’artiste peintre Yvo Jacquier, avec qui nous avons eu le plaisir de participer à un colloque à Meknès en 2016, maîtrise brillamment son domaine. Nous avons tenu à nous entretenir avec lui afin qu’il nous éclaire sur le sujet développé.

L’initiative : Est-ce que tu peux expliquer en quelques mots dans quelle mesure ce livre peut aider les chercheurs ?
Yvo Jacquier : Ce livre apporte plusieurs contributions. Nous croyons que les Grecs ont inventé les mathématiques alors que la géométrie a existé bien avant Euclide. Ce livre montre qu’elle n’était pas empirique, les démonstrations existent et se passent du calcul. Cela surprend. Les peintres ont perpétué la pratique de la géométrie avec les yeux car elle est faite pour ça. On ne dessine pas avec des calculs, même s’ils peuvent traduire le trait ou résoudre des problèmes mécaniques par exemple en architecture. Ce savoir s’est développé plus de cinq millénaires jusqu’à son apothéose : la Renaissance. Depuis, ce savoir s’est perdu. Au-delà de son intérêt historique, cette reconstitution offre aux artistes l’occasion de progresser. Les musiciens apprennent l’harmonie, de même les peintres peuvent apprendre la géométrie. Je m’intéresse particulièrement à l’aspect humaniste de cette aventure. Des cultures différentes gagnent à se fréquenter, à s’apprécier et à échanger. J’ai trouvé la trace des échanges entre le monde chrétien et le monde musulman au XVe siècle. Pendant que les chefs se faisaient la guerre, les artistes partageaient leurs idées. L’art musulman est tout de géométrie, et l’on retrouve dans les céramiques des schémas des écoles italiennes de l’époque par exemple les développements du pentagramme. Ces mêmes schémas entreront dans les travaux de Kepler quand il créera la physique moderne.

Comment as-tu eu l’idée de travailler sur ce sujet ?
C’était une nécessité. On croyait que la perspective était le seul système de composition, alors que c’est faux. Il fallait démontrer que la géométrie qui a précédé était tout aussi sérieuse. Le fait qu’elle soit sacrée ne la rend pas douteuse ou approximative. La question du début de cette recherche s’efface devant celle de sa continuation. Le résultat qui est dans ce livre a pris quinze ans parce qu’il n’y avait aucune publication sur ce sujet. Les propriétés fantastiques de la géométrie avec les yeux étaient inconnues ; par exemple les quatre manifestations du nombre d’or dans le triangle 3-4-5.

Penses-tu que ce livre est accessible aux non spécialistes ?
Tout à fait. Cette géométrie a le niveau du certificat d’études de nos grand- pères (ils le passaient à l’âge de 14 ans). Tous auraient compris l’essentiel des démonstrations. C’est un livre sur l’art et son histoire autant que sur les mathématiques. Ces formes géométriques entrent dans la composition des chefs-d’œuvres d’art et d’architecture jusqu’à la Renaissance. Au-delà de la technique, ces mathématiques ont un sens. Cela intéresse beaucoup de monde. On apprécie d’autant plus ce que l’on comprend. Le travail que nous avons partagé avec Guillaume Salvan sur Melencolia de Dürer est un bel exemple. Guillaume est définitivement littéraire et nos différences se sont multipliées dans l’action. Nous entreprenons d’autres peintres : Botticelli, Brueghel l’Ancien, et nous gardons un pied dans la « contemporanéïté ».

Le livre La géométrie avec les yeux ouvre la voie à la recherche dans des domaines qui semblent différents mais finalement complémentaires.

Lamia Bereksi Meddahi

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